ECONOMIE / Le prince Albert a annoncé le 29 mars une extension sur la mer du territoire monégasque, de 5 à 6 hectares, au Portier.
Entre le Portier et le Grimaldi Forum. C’est là que sera construite une extension sur la mer de 5 à 6 hectares. C’est ce qu’a annoncé le prince Albert le 29 mars dans une interview à Monaco Matin. Une annonce qui met fin à une réflexion débutée en 2006. C’est donc un retour à la case départ, dans la mesure où, dès 2006, le prince Albert avait envisagé une extension sur la mer de 15 hectares pour 5 à 10 milliards d’euros au Larvotto. Un chantier qui prévoyait la construction de 250 000 m2 d’appartements privés avec une hauteur maximum de 38 mètres. De plus, 30 % de la surface devait être réservée aux commerces, aux infrastructures touristiques et aux locaux d’activités tertiaires.
Crise
Mais en décembre 2008, la crise met un terme à ce dossier. « Dans les conditions actuelles, il ne serait pas responsable de lancer un projet de cette envergure », expliquait alors le prince, en expliquant que ni les garanties financières, ni les garanties écologiques n’étaient réunies : « La crise internationale nous oblige à demander plus de garanties de financement, plus de sécurité. Je veux par ailleurs m’assurer que les conséquences au niveau de l’environnement soient les plus minimes possible. […] Les projets présentés ne répondaient pas tout à fait à nos espérances, pas tout à fait à notre cahier des charges. » A l’époque, les 5 finalistes sélectionnés étaient représentés par des groupes internationaux ainsi que par des groupements monégasques. A savoir : Vinci/Solidere, Monte-Carlo Sea Land (Marzocco/Segond), Monte-Carlo Development Company (Michel Pastor/Gérard Brianti), Foncière maritime (Patrice Pastor/Groupe Caroli) et Barwa.
« Modeste »
Puis, en novembre 2009, le projet d’extension refait surface, mais du côté de Fontvieille cette fois. Le prince évoque alors « l’hypothèse d’une extension mesurée, en continuité de Fontvieille, qui pourrait être dans un premier temps d’au moins 5 hectares. » Objectif : bâtir environ 300 000 m2, « avec une grande mixité de logements haut de gamme, logements domaniaux et espaces économiques. »
Après avoir lancé des études de faisabilité, cette piste a donc finalement été écartée.
Pas vraiment une surprise dans la mesure où, interrogé par L’Obs’, Albert II émettait déjà quelques sérieuses réserves dès juin 2012 : « Techniquement, c’est difficile puisque, très vite, il y a des fonds marins qui vont au delà de 40 mètres. Du coup, il faut utiliser des techniques particulières et coûteuses. La fin d’étude de faisabilité est prévue pour fin 2012, début 2013. » Avant d’ajouter : « On réfléchit aussi à une autre possibilité d’extension au Larvotto, à peu près sur le lieu où était envisagé le tout premier projet. Un projet beaucoup plus modeste en taille. Pas plus de 5 hectares. Tout en respectant les normes environnementales. »
Désaffectation
Cette fois, le suspens est terminé. C’est donc au Portier, dans le secteur du Larvotto, que cette construction sur la mer sera réalisée. Si le détail de ce projet n’a pas été donné, le prince a tout de même précisé que « les constructions ne seront pas hautes » et que « des espaces verts devront être aménagés. » Donc pas question de chercher à construire avec pour seule logique la création du maximum de m2 possibles. Autre point confirmé dans ce dossier : le respect des contraintes environnementales pendant et après le chantier. Si le coût de ce chantier n’a pas été révélé, son financement est décidé : « Un avis sera publié dans les semaines à venir, invitant les groupements susceptibles de réaliser et de financer de tels ouvrages maritimes à faire part de leur intérêt », a indiqué Albert II. Fidèle à sa logique, l’Etat ne devrait donc pas injecter d’argent dans cet énorme projet. En tout cas, le gouvernement passera par des lois de désaffectation pour les zones concernés par ces futurs travaux, comme l’article 33 de la Constitution monégasque l’exige. Du coup, pour cette extension sur la mer, il faudra passer par la case conseil national. Les 24 élus devront en effet voter une loi de désaffectation du domaine public maritime.
2014
« L’appel à candidatures sera lancé avant mai », a indiqué le ministre d’Etat, Michel Roger à Monaco Hebdo début avril, en expliquant que les entreprises locales ou extérieures à la principauté pourraient se porter candidates. L’appel à candidatures permettra ensuite de « vérifier leurs compétences et leurs qualités pour la prise en charge d’un tel projet. » Ce qui permettra de faire une première sélection d’ici fin 2014 parmi les groupements en course, qui seront ensuite auditionnés sur leur « savoir-faire et leur capacité à conduire et financer un tel projet. » Le groupement vainqueur de cette consultation décrochera cet énorme chantier après être passé par « une phase de négociation exclusive avec l’Etat d’une durée de 12 mois. »
Coût
Reste à savoir de quelle manière les entrepreneurs privés pourront rentabiliser leur investissement. Car une hauteur de bâtiments limitée implique aussi une surface totale moins grande. Et donc une rentabilité moins évidente à trouver pour les acteurs privés appelés à financer en totalité cette gigantesque opération sur la mer.
Alors que L’Obs’ était en bouclage le 18 avril, l’estimation du coût total de ce chantier n’avait pas été révélée. Mais il devrait se chiffrer en milliards d’euros. Le mode de financement restait aussi à définir. On peut penser que des m2 de cette extension sur la mer seraient donnés aux investisseurs privés par l’Etat monégasque en échange de la construction de ce projet maritime. Seule certitude : comme le souhaite le prince Albert, des entreprises locales de BTP ainsi que des promoteurs monégasques devraient s’impliquer dans ce dossier qui intéressera aussi de grands groupes internationaux privés.
« Recettes »
Reste à savoir comment réagiront les acteurs potentiels de ce dossier dans un contexte économique et financier encore délicat. En France, le marché va mal. Ce qui pousse les promoteurs immobiliers à travailler davantage à l’étranger. Exemple : BNP Paribas Real Estate réalise déjà 40 % de son chiffre d’affaires en dehors de la France et travaille dans 16 pays en Europe. « D’ici deux à trois ans, nous prévoyons d’accroître notre présence à l’étranger et de faire passer ce chiffre à 50 %, sans pour autant réduire l’activité en France », explique aux Echos Philippe Zivkovic, président du directoire BNP Paribas Real Estate. Même logique chez Bouygues Immobilier qui s’est lancé à l’étranger depuis une quinzaine d’années où il réalise 10 % de son chiffre d’affaires, dont un tiers en immobilier d’entreprise. En tout cas, le prince reste confiant : « Ces nouvelles surfaces généreront des recettes importantes pour le budget de l’État ainsi qu’une activité soutenue pour nos entreprises du bâtiment. » Un budget de l’Etat qui vient d’enregistrer des recettes 2012 exceptionnelles, à +7 % par rapport au budget primitif.
Avenir
Avec ce nouveau projet confirmé, la superficie de la principauté continue d’augmenter. « Nos besoins c’est 300 000 à 350 000 m2 à chaque décennie pour nous permettre de répondre à la demande », avait indiqué Albert II à L’Obs’ en juin 2012. Depuis le prince Rainier, surnommé « le prince bâtisseur », Monaco grandit. D’ailleurs, depuis les années 1950, en construisant sur la mer, Monaco a gagné environ 20 % de territoire supplémentaire. Soit 35 hectares bâtis sur la mer en 50 ans. Exemple : le quartier de Fontvieille, créé en 1971 sur un terre-plein de 22 hectares, avec un port de 5,5 hectares. Après Fontvieille, c’est donc au Larvotto que Monaco jouera une partie de son avenir.
_Raphaël Brun
