mercredi 15 avril 2026
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    Emploi : les secteurs qui peinent à recruter à Monaco

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    La Principauté est confrontée à un problème majeur : une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs d’activité clés. L’hôtellerie-restauration, la construction, l’industrie numérique ou encore la finance sont tout particulièrement touchés. Pourquoi la Principauté n’est-elle plus l’eldorado azuréen de l’emploi qu’elle était autrefois ? Et comment remédier à ces difficultés de recrutement ?

    Le gouvernement ne s’en cache pas… Les difficultés de recrutement à Monaco sont devenues « préoccupantes » et un « défi considérable » à relever. « Même si les salaires en Principauté sont plus appréciables qu’ailleurs, les entreprises ne trouvent pas facilement du personnel pour travailler dans leurs sociétés », constate Pierre Dartout, ministre d’État. Comment expliquer alors que la Principauté ne soit plus considérée comme un eldorado azuréen en matière d’emploi, comme c’était le cas autrefois ?

    Un changement d’époque et de conception du travail

    La principale cause ? Les employeurs sont formels sur ce point. Les trajets domicile/travail souvent longs et chaotiques freinent les candidats potentiels. Les salariés sont de moins en moins enclins à supporter cette vie de pendulaires au quotidien. L’absence de transports en commun sur certains horaires décalés est également problématique. « Les difficultés de recrutement pourraient être en partie réduites par une adaptation de l’offre de transports en commun : 90 % de nos employés vivent en France, or il n’y a pas assez de trains la nuit et très tôt le matin, dans les créneaux qui correspondent à nos horaires de travail. Nous incitons au covoiturage, mais cette solution ne répond pas à toutes les problématiques, et rencontre un succès mitigé », témoigne notamment Victoria Stevenson, directrice de l’hôtel Columbus Monte-Carlo. Autre problème : les possibilités de logements dans les communes limitrophes sont largement insuffisantes, ou bien trop onéreuses. Au-delà de ces considérations liées à la mobilité et au logement, un changement d’époque et de conception du travail est également intervenu. « Ces problèmes de recrutement sont aussi le résultat d’un certain nombre d’éléments structurels et sociétaux. Le Covid est passé par là. Il y a chez certaines personnes, et notamment chez les plus jeunes, une façon d’aborder le travail, la durée du travail et les contraintes, qui ont clairement évolué », rajoute le ministre d’État, Pierre Dartout.

    Hotellerie Restauration
    «  90 % de nos employés vivent en France, or il n’y a pas assez de trains la nuit et très tôt le matin, dans les créneaux qui correspondent à nos horaires de travail.  » © Photo Dmitry Kalinovsky / Shutterstock

    L’État à la rescousse du privé

    Pour aider les entreprises monégasques à recruter une main d’œuvre qui se fait de plus en plus rare dans plusieurs secteurs d’activité, le gouvernement a décidé de se mobiliser. Tout d’abord, en organisant son premier forum de l’emploi le 15 septembre prochain au Grimaldi Forum. Ensuite — et c’est un changement de paradigme majeur — en autorisant les candidats non-prioritaires (à savoir ceux qui ne résident ni à Monaco, ni dans les communes voisines) à déposer leur CV au service de l’emploi monégasque (voir article par ailleurs). Enfin, la dématérialisation des embauches sera prochainement opérée. En 2024, un site internet entièrement dédié à l’emploi sera en effet lancé.

    De la construction au numérique… ces métiers en panne de candidats

    Pour comprendre quels sont concrètement les secteurs d’activité en principauté qui peinent à recruter, le gouvernement a rencontré au Novotel le 20 juin dernier, 75 représentants de l’économie monégasque. Et le constat est sans appel. « Énormément de secteurs sont en recherche de candidats. Le domaine d’activité qui ressort le plus est l’hôtellerie et surtout la restauration, mais aussi le bâtiment. Ce secteur est en recherche de bras et de métiers plus spécifiques. Notamment des professions qui relèvent presque de l’artisanat, comme ferronnier par exemple », nous indique Christophe Robino, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a accepté une proposition de la Chambre patronale du bâtiment. L’État va en effet financer une caisse de formation dans ce secteur. Objectif : accompagner des alternances et des programmes de formation.

    Construction chantier BTP
    Le gouvernement a accepté une proposition de la Chambre patronale du bâtiment. L’État va en effet financer une caisse de formation dans ce secteur. Objectif : accompagner des alternances et des programmes de formation. © Photo Bannafarsai_Stock

    Des rémunérations pas assez attractives dans la finance ?

    Autres métiers en pénurie : ceux liés aux soins. Toutefois, depuis que Monaco a déployé son Segur de la santé, les difficultés de recrutement seraient désormais moindres. « Nous avons une attractivité bien plus importante au niveau des professions de santé, qui sont désormais mieux reconnues et mieux valorisées en principauté qu’en France ou dans d’autres pays », avance encore Christophe Robino. Dans les banques monégasques également, des difficultés de recrutement ont vu le jour. Notamment des profils de compliance ou dans le domaine de la gestion d’actifs qui demandent des compétences plus spécialisées. Ces difficultés ont d’ailleurs poussé Jean Castellini, conseiller-ministre aux finances et à l’économie, à faire un constat sur les salaires proposés à Monaco dans ce domaine d’activité : « Un constat a émergé, et ce n’était pas très présent dans notre esprit jusqu’à présent. Des grandes places dans les capitales européennes ou plus lointaines, proposent des rémunérations plus attractives, ou en tout cas des “packages” plus attractifs que les nôtres », a souligné ce membre du gouvernement. De quoi sans doute obliger le secteur bancaire monégasque à revoir à la hausse ses rémunérations. L’Exécutif a également constaté que dans certaines entreprises « des postes d’ingénieurs » ne sont pas forcément pourvus.

    Les métiers du numérique aussi à la peine

    Le besoin de cerveaux est également criant dans les métiers du numérique. Selon Frédéric Genta, délégué interministériel à l’attractivité et à la transition numérique, les besoins en cybersécurité sont très importants, tout comme dans le domaine de l’intelligence artificielle. De plus en plus d’entreprises veulent intégrer cette technologie. « Les besoins explosent, assure cet ancien de Google. Nous constatons également toujours des tensions dans les métiers liés à la programmation. Cela reste une constante chez nous. Il y a toujours des besoins pour tout ce qui est lié au marketing numérique. » Monaco mise notamment sur L’école 42 récemment créée à Nice qui prépare aux métiers du développement informatique et du code mais aussi sur les écoles d’ingénieurs et de commerce présentes dans le département voisin.

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