jeudi 16 avril 2026
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    Transparence fiscale La place bancaire monégasque gagnante ?

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    Finance — Depuis l’année 2009, Monaco a multiplié les accords et les engagements pour aller vers une plus grande transparence fiscale. 10 ans plus tard, comment le secteur bancaire a-t-il vécu ce virage imposé par la pression internationale, et impulsé par le prince Albert II, dès son avènement en 2005 ? Hervé Ordioni, directeur général de Edmond de Rothschild (Monaco) et président de la commission de promotion de la place financière monégasque au sein de l’AMAF (1) estime que — contrairement à la Suisse et au Luxembourg — Monaco a tiré son épingle du jeu dans cette révolution —

     

    «Argent et vertu doivent se conjuguer en permanence… » C’est avec ces mots, en juillet 2005, qu’Albert II avait donné une première impulsion. Dans son discours d’avènement, le chef d’État avait très clairement invité la place financière monégasque à faire preuve « d’une extrême vigilance » pour éviter que ne se développent « des activités financières qui ne sont pas les bienvenues dans notre pays. » Depuis cette déclaration, bien des choses se sont passées dans l’univers — longtemps considéré comme opaque — de la finance et des banques monégasques. En substance : Monaco est sorti des listes grises et noires de l’OCDE et de l’Union européenne, la législation monégasque s’est étoffée pour lutter contre le blanchiment des capitaux. Et pour lutter contre l’évasion fiscale, Monaco s’est engagé à mettre en œuvre l’échange automatique de renseignements pour les comptes financiers des non-résidents, selon les standards de l’OCDE. Depuis ces étapes amorcées dès l’année 2009, comment se porte la place bancaire monégasque ? Selon Hervé Ordioni, directeur général de Edmond de Rothschild (Monaco) et président de la commission de promotion de la place financière monégasque au sein de l’AMAF, ce virage vers plus de transparence fiscale n’a pas été préjudiciable. Bien au contraire. Selon lui, la croissance du secteur bancaire monégasque a même été assez spectaculaire : « Le changement de business model, rendu nécessaire à la fois par la pression internationale, et par la volonté du prince, s’est fait dans un environnement de développement très impressionnant. Entre 2005 et le début des années 2010, la place bancaire monégasque a complètement renouvelé sa clientèle. Nous avons incité l’ensemble de nos clients à se déclarer fiscalement ou à disparaitre. Cela aurait pu être dramatique et signer l’arrêt de mort de la place bancaire monégasque. Au contraire, ce saut qualitatif a été accompagné d’une croissance extrêmement impressionnante des actifs déposés. »

    La Suisse et le Luxembourg en souffrance

    Selon ses chiffres, en 15 ans, les actifs ont été multipliés par deux, et les crédits ont été multipliés par 5. La place bancaire monégasque a donc « été le grand bénéficiaire de cette transparence fiscale », affirme Hervé Ordioni, contrairement à d’autres places concurrentes : « La Suisse souffre énormément de ce changement de paradigme, tout comme le Luxembourg qui ne s’est pas encore remis de cette évolution. Alors que Monaco, très clairement, en bénéficie largement. » Pourtant, malgré cette croissance, le nombre d’acteurs bancaires en principauté, ne cesse de se réduire. Comment expliquer cette baisse ? Elle serait la conséquence des concentrations mondiales, à l’image d’EFG International qui a racheté la banque privée BSI, ou encore du Crédit Suisse qui a décidé de vendre sa structure à Jacob Safra. Cela représente, mathématiquement, des établissements bancaires en moins. « On peut se poser la question de savoir si, à l’avenir, des entités ayant le même actionnariat, ne décideront pas de fusionner. Ce n’est pas pour autant qu’il y aura moins de services, mais il y aura effectivement moins d’intervenants bancaires », analyse encore ce professionnel. L’arrivée de Pictet à Monaco démontre d’ailleurs l’attractivité de la place bancaire.

    L’arrivée de très grosses fortunes

    Qu’en est-il pour 2019 ? Alors qu’il y avait beaucoup d’inquiétudes, la croissance des capitaux à Monaco est, encore cette année, assez colossale. « Au moins 5 à 7 milliards d’apports, estime Hervé Ordioni. Cet argent vient de peu de mains. Il s’agit de quelques très grosses fortunes mondiales, venues s’installer à Monaco et qui ont amené leurs actifs financiers. C’est pour cela que l’on peut être optimiste sur l’évolution de la place. » Selon les représentants de cette banque, durant la première décennie des années 2000, les clients étaient plutôt originaires des pays de l’Est. Depuis la crise financière, ce sont davantage des anglo-saxons (Anglais et Australiens notamment) qui ont fait une arrivée remarquée à Monaco. Une arrivée, « en partie liée au Brexit » estiment également ces professionnels.

    Atouts de Monaco : l’expertise financière

    Pourquoi alors les grosses fortunes viennent-elles en Principauté, à titre personnel ou avec leur famille, s’installer et déposer leurs actifs ? Au-delà de l’environnement fiscal avantageux et du cadre de vie, elles trouveraient en principauté « un environnement réglementaire réconfortant et stable », estime Hervé Ordioni. « Il n’y a rien de plus agaçant pour des personnes fortunées que de réfléchir à la manière de se réorganiser si les textes réglementaires ou fiscaux changent tous les deux ou trois ans. » L’autre force de Monaco, serait le niveau des professionnels de la place, et la qualité de l’offre qui serait « d’un standard très élevé ». « A Monaco, il y a des résidents extrêmement fortunés et certains d’entre eux ont une expérience financière de très haut niveau. Aujourd’hui, si vous n’avez pas de la matière grise qui apporte de la valeur ajoutée à ces clients aisés, vous êtes hors-jeu. Pour ces clients, qui sont d’ailleurs souvent entourés d’avocats et de family offices, vous ne pouvez pas vous permettre de proposer uniquement des produits standards. Les banques doivent donc recruter des spécialistes des marchés qui puissent apporter des idées et des restructurations nouvelles. » La présence de plus en plus grande en Principauté de nombreux intermédiaires — de type family office, multi family office et sociétés de gestion — représente également un challenge pour le secteur bancaire, contraint de se maintenir à niveau et de fournir des prestations de qualité.

    herve-ordioni-amaf

    CRYPTOMONNAIE — « En tant que dirigeant de banque, je ne comprends pas comment on pourrait permettre à des devises d’exister en dehors de toute réglementation, alors que l’on nous demande, à nous banquiers, d’être de plus en plus soumis à des régulations ? », Hervé Ordioni, président de la commission de promotion de la place financière monégasque au sein de l’AMAF.

    Image d’opacité qui colle à la peau ?

    Toutefois, malgré l’effort accompli dans le domaine de la transparence fiscale, l’image d’opacité colle encore et toujours à la peau de la Principauté… Dans l’imaginaire collectif, des « préjugés » selon lesquels « on y planque encore de l’argent », tout comme « l’image de la valise remplie de billets » perdurent. « Or, très clairement, ces pratiques sont révolues depuis très longtemps, estiment ces professionnels. Il arrive encore, régulièrement, que des personnes n’ayant pas des capitaux manifestement très propres, s’adressent aux banques monégasques. Ces demandes proviennent de personnes originaires de pays de plus en plus exotiques et de plus en plus lointains. Des petites îles ou des petits pays d’Afrique. Mais ces pratiques conduisent à des déclarations de soupçons auprès du SICCFIN. » Ces professionnels du milieu bancaire estiment ainsi qu’il y a encore un véritable « déficit d’image et de reconnaissance » sur le travail de transparence fiscale mené par la Principauté. « Même si les choses se sont bien améliorées, il est vrai que le déficit d’image et de reconnaissance est préjudiciable et assez frustrant. Il est malheureusement très compliqué pour un petit État comme Monaco de communiquer et d’être plus crédible. Souvenez-vous, lorsqu’il y avait la nécessité de signer des accords fiscaux avec un certain nombre de pays, certains disaient que Monaco prenait son temps… En réalité, la Principauté a les moyens proportionnés à l’échelle de son pays. », estime Hervé Ordioni. Plus globalement, d’un point de vue institutionnel, ces professionnels expliquent également que le combat contre l’évasion fiscale a désormais changé de terrain. « Au printemps 2009, lors du G20, Barack Obama et Nicolas Sarkozy avaient déclaré qu’ils feraient la guerre aux structures offshore pour les personnes physiques. Ils l’ont fait, et ils ont clairement gagné cette guerre. Aujourd’hui, dans l’ensemble des G7 ou des G20, la guerre ne se fait plus contre les particuliers. Les pays se battent contre la fiscalité des grandes entreprises, et des GAFA en particulier », conclut Gérard Ohresser, directeur de la banque privée.

    (1) Association Monégasque des Activités Financières.

    Edmond de Rothschild Monaco

    Le département advisory s’étoffe

    Implantée à Monaco depuis 1986, Edmond de Rothschild (Monaco), tout particulièrement spécialisé dans la gestion sous mandat, compte aujourd’hui 190 employés et revendique, à fin septembre, 10 milliards d’euros de conservation et un département crédits à hauteur d’1,5 milliard d’euros d’encours. Cette banque, qui appartient à 100 % au Baron Benjamin de Rothschild, a décidé d’étoffer son département advisory en recrutant deux nouveaux investment advisors, Christian Prisco et Lucas Cirimbilli, anciens responsables du département advisory à la Julius Baer. « Ce service s’adresse aux investisseurs désireux de conserver un rôle actif dans la gestion de leur patrimoine, explique Hervé Ordioni, directeur général de Edmond de Rothschild (Monaco). Grâce à l’accompagnement de sept professionnels de marché, nous aidons nos clients à piloter eux-mêmes leur épargne via une gamme complète de stratégies sur mesure (titres en direct, produits dérivés, produits structurés sur mesure, private equity, etc.). » A noter enfin que le groupe Edmond de Rothschild compte 150 milliards d’euros d’actifs et 2 700 collaborateurs.

     

     

     

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