POLITIQUE/Tir groupé contre la direction de la Société des bains de mer. Statut unique des employés de jeu, augmentation de capital, plan de relance… Les élus mettent la direction au pied du mur.
« La SBM navigue à vue ! » ou encore « Le statut unique ? C’est de l’amateurisme ! » : Ces petite phrases assassines viennent de Laurent Nouvion. Mais durant les débats budgétaires, la majorité parlementaire s’est mise au diapason pour se déchaîner contre la direction de la Société des bains de mer. Allant jusqu’à rejeter la ligne budgétaire dédiée aux monopoles concédés.
« Droit dans le mur »
Si les chiffres sont bons — notamment avec une prévision à la hausse de 18,9 % de la redevance par rapport au budget primitif 2014 —, pour les élus, la gouvernance de l’entreprise est à revoir. Plan de relance des jeux d’un flou très artistique, manque de visibilité de la stratégie sur le long terme de la société, climat social désastreux, aux confins du harcèlement (selon Christian Barilaro)… La liste des reproches est longue. Et la sentence, irrévocable : « Que de retard, que d’erreurs, que d’atermoiements indignes de la Principauté. Si parfois il est nécessaire de donner du temps au temps, il est des matières où l’absence de décision, la temporisation expose au danger plus que de raison. » Le leader de l’UP, Jean-Michel Cucchi, va même plus loin : « Dans quelle autre société cotée en bourse, le board aurait gardé la confiance des actionnaires et des investisseurs ? » Même Eric Elena s’est fâché, fustigeant aussi bien un projet de statut unique des jeux selon lui voué à l’échec que des mesures marketing de relance des jeux inefficaces. Avec au passage, un scepticisme affiché sur la nouvelle cible de la direction. A savoir une clientèle chinoise qui « crache par terre » et qui risquerait, sur fond de triades asiatiques, de refaire plonger Monaco sur la liste des paradis fiscaux… « La direction de la SBM va droit dans le mur », a tonné l’élu Renaissance.
« Il faut arrêter de jouer la montre »
Plus surprenant : devant un tel front commun, le ministre d’Etat s’est lui désolidarisé de la stratégie actuelle de la SBM. « Ce n’est pas moi ni M. Castellini qui gérons les jeux. » Pour couper cours aux attaques sur l’immobilisme de la société, Michel Roger a même listé l’ensemble des échéances qui avaient été « imposées par le gouvernement » à la direction. De la réouverture partielle de l’Hôtel de Paris (le 15 décembre) au vote du statut unique fin janvier, en passant par l’augmentation de capital après le 15 janvier. « Il faut arrêter de jouer la montre. On tirera les conséquences de ces rendez-vous ratés ou réussis. »
Bref, au final, seule l’opposition parlementaire a appelé à un non interventionnisme de la part des hémicycles. « Depuis des dizaines d’années, la SBM est un terrain de jeu où gouvernement et conseil national jouent à se rejeter la patate chaude, où les surenchères et les menaces se succèdent, où les plus vils grenouillages se développent, où les manipulations de toutes sortes font flores, où les luttes politiciennes servent des intérêts divers et divergents », a dépeint Jean-François Robillon (UM). Pour l’élu, il faut mettre un terme à ces dysfonctionnements et remettre cette société « dans une situation concurrentielle et adulte », avec un conseil d’administration et une direction générale certes révocables, mais disposant d’un mandat clair, à l’abri des interventionnismes divers et variés.
Ingérence
Car aujourd’hui, au-delà du débat parlementaire polémiste, il est évident que la question doit être posée : cette société est-elle franchement gérable avec sa “corporate gouvernance” actuelle ? Depuis des années, l’immixtion de tiers dans le processus décisionnel, est l’un des principaux maux dont souffre la SBM. Un point de blocage à de nombreuses réformes de fond abandonnées avant même d’avoir été esquissées, en fonction des coups de barre impulsés d’un côté ou de l’autre, et des désidératas des hommes influents du moment.
Démagogie
Pour Robillon, les élus ont leur part de responsabilité et doivent cesser toute démagogie. « Arrêtons de faire croire que nous sommes là pour modifier des carrières. Arrêtons de mettre en route des écoles de jeux qui ne font que diluer les revenus des employés de jeux de base », a interpellé l’ancien président du conseil national. Un discours pas forcément populaire auprès des centaines d’employés de jeu et de leurs familles mais qui a le mérite de poser sur la table l’avenir de la méthode de gouvernance de la société. Ce qui passera par un positionnement clair et précis sur le statut unique. Un texte qui a vocation à régler une bonne fois pour toutes les disparités entre les différents employés de jeux (américains, européens, Baccarat, Sun casino). Et un texte clivant : s’il conserve les acquis sociaux pour les employés en place, il instaure de nouvelles règles du jeu — avec des rémunérations forcément à la baisse — pour les entrants.
(1) 7 conseillers nationaux ont voté contre (l’élu Renaissance Eric Elena, et 6 HM Jean-Charles Allavena, Thierry Crovetto, Christophe Robino, Jean-Michel Cucchi, Alain Ficini et Thierry Poyet), les autres élus de la majorité s’abstenant. Seuls les 3 UM ont voté pour.
« C’est un plan social déguisé »
Le nouveau président de Renaissance, Etienne Ruzik, s’élève contre le projet de statut unique dans les jeux.
Pourquoi ce changement de présidence ?
Claude Savoca est loin d’avoir démérité, mais il a souhaité s’investir dans d’autres activités. Nous voulons maintenant nous concentrer sur un enjeu majeur, une question de survie : la préférence nationale pour l’emploi, qui n’est ni effective, ni suffisante. La préférence s’entend non seulement à l’embauche, mais aussi lors des promotions ; non seulement à compétences égales, mais dès qu’un Monégasque a les capacités pour le poste. Cela nécessite aussi de juger de la nécessité de compétences parfois inutiles mais exigées pour masquer un candidat déjà choisi. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’assurer l’avenir de 3 500 Monégasques sur une population active de 46 000 personnes limitera notre attractivité.
Renaissance est dans l’hémicycle, entre la majorité, qui vous a fortement critiqué et l’opposition, avec qui vous avez signé une proposition de loi. A quel groupe appartenez-vous aujourd’hui ?
Nous ne nous positionnons pas en termes d’enjeux politiciens. Notre seul critère est l’intérêt des Monégasques. Nous sommes pour dégager des majorités sur des projets. C’est pourquoi nos deux propositions de loi, l’une relative au travail de nuit, l’autre aux administrateurs représentants les salariés, peuvent réunir une majorité.
Eric Elena a fustigé la direction de la SBM lors des débats budgétaires. Pouvez-vous expliquer cette position nouvelle ?
Nous sommes fermement opposés au projet de statut unique car il dresse les Monégasques les uns contre les autres : en protégeant les uns au détriment des autres, et en sacrifiant les générations à venir.
Qu’on en juge : diminution de 25 % des croupiers et de 30 % des cadres ; carrières rallongées pour atteindre la rémunération plafond, elle-même inférieure de 17 % à l’actuel plafond ! C’est un plan social déguisé. Est-ce la volonté politique du gouvernement, actionnaire majoritaire ? Si oui, il faudra qu’il l’assume face aux Monégasques.
