Le 16 mars 2022 a marqué un tournant. En France, depuis cette date, les hommes homosexuels peuvent donner leur sang dans les mêmes conditions que les personnes hétérosexuelles. À son tour, la Principauté de Monaco va emboîter le pas. Un arrêté ministériel est actuellement en préparation. Explications
Pendant plus de 30 ans, ils n’ont pas eu le droit de donner leur sang… Aujourd’hui, ils peuvent le faire dans les mêmes conditions que les hétérosexuels. Pratiquer un don du sang pour les hommes homosexuels fut un long et sinueux périple… L’interdiction a été actée il y a une quarantaine d’années. De 1983, dans un contexte d’explosion de l’épidémie de sida, jusqu’à 2016, cette population, considérée comme à risques, n’était pas autorisée à faire ce geste civique. En juillet 2016, la législation française s’assouplit une première fois : pour pouvoir donner leur sang, les hommes homosexuels devaient justifier d’une période d’abstinence sexuelle d’au moins un an. En 2019, le délai a été raccourci à quatre mois. Désormais, depuis le 16 mars 2022 précisément, la France a de nouveau changé sa législation et levé des verrous. Homosexuels et hétérosexuels ont accès aux dons du sang dans les mêmes conditions.
De 1983 à 2016, les hommes homosexuels ont été exclus du don de sang à cause de l’épidémie de VIH. Entre 2016 et 2019, ils ont pu donner leur sang sous réserve d’une période d’abstinence sexuelle, d’abord fixée à un an, puis à quatre mois. Depuis le 16 mars 2022, ils peuvent être donneurs dans les mêmes conditions que les hétérosexuels
L’orientation sexuelle ne doit plus être mentionnée
Un nouveau questionnaire a donc été établi dans les lieux de collecte (1). Plus aucune question relative à l’orientation sexuelle du donneur n’est posée, ni dans le questionnaire, ni lors de l’entretien préalable réalisé par un médecin ou un(e) infirmièr(e). « En France, l’orientation sexuelle n’est plus demandée, explique Hervé Renard, directeur du Centre de transfusion sanguine au CHPG. La seule question qui est posée à tous est : est-ce que vous avez eu, dans les quatre mois précédents le don, plus d’un ou une partenaire sexuel(le). Si c’est non, le don est autorisé car il n’y a pas de situation à risque. Si c’est oui, et quelle que soit l’orientation sexuelle, le don n’est pas autorisé. » Selon, le directeur général de la santé en France, Jérôme Salomon, ce changement symbolise la fin d’une discrimination et « une évolution sociétale majeure. »
Un arrêté ministériel à Monaco en préparation
Qu’en est-il alors à Monaco ? La Principauté qui a toujours suivi la législation française en matière de don du sang va à son tour s’aligner dans les prochains mois. Les hommes homosexuels et les hétérosexuels pourront donc donner leur sang dans les mêmes conditions. « Un projet d’arrêté ministériel a été rédigé en ce sens et est actuellement en consultation auprès du Comité de santé publique, nous indique la direction de l’action sanitaire. Dès que l’avis dudit comité aura été rendu, le projet sera présenté en conseil de gouvernement pour signature par le Ministre d’État ».
La Principauté qui a toujours suivi la législation française en matière de don du sang va à son tour s’aligner dans les prochains mois. À Monaco aussi, les hommes homosexuels et les hétérosexuels pourront donner leur sang dans les mêmes conditions
Pourquoi une interdiction durant plus de 30 ans ?
Pourquoi alors, dès 1983 et pendant 33 ans, les hommes homosexuels n’ont pas eu le droit de donner leur sang ? Le point de départ a été l’affaire du sang contaminé. « À cette époque, on ne savait pas que le sida se contaminait par le sang. Mais lorsqu’on l’a compris, les établissements de transfusion sanguine ont été les premiers, et les seuls, à ce moment-là, à pratiquer des tests de dépistage du VIH. Il n’y en avait nulle part ailleurs, explique le docteur Hervé Renard. Le problème est que des homosexuels, qui n’étaient pas forcément des donneurs de sang, ont su que dans les centres de transfusion sanguine, des tests de VIH étaient pratiqués gratuitement. On a donc vu arriver beaucoup de personnes à risques, des toxicomanes, des homosexuels, qui venaient, non pas pour donner leur sang, mais pour faire un test de dépistage. Cela a été terrible. On s’est alors aperçus que, malheureusement, beaucoup d’hommes homosexuels étaient positifs au VIH. » La communauté médicale a en effet constaté que les hommes homosexuels avaient un taux de contamination au VIH beaucoup plus élevé que dans la population hétérosexuelle. Avec une prévalence huit fois supérieure.
« Une étude a été menée en France pendant un an. On a découvert que les deux types de population qui adhérent le plus au questionnaire avant le don et qui répondent avec le plus d’honnêteté sont les femmes et les hommes homosexuels. C’est donc ce facteur confiance qui a changé la donne »
« Le facteur confiance a changé la donne »
Pourquoi alors la donne a-t-elle aujourd’hui changé pour les homosexuels qui sont désormais autorisés à donner leur sang comme les hétérosexuels ? Car la communauté médicale s’est rendu compte que lors du questionnaire et lors de l’entretien préalable au don, les hommes homosexuels répondent de façon extrêmement honnête aux différentes questions posées sur leurs pratiques sexuelles. « C’est ce que l’on appelle la compliance, c’est-à-dire l’adhésion à un questionnaire médical. Une étude a été menée en France pendant un an. On a découvert que les deux types de population qui adhérent le plus au questionnaire avant le don et qui répondent avec le plus d’honnêteté, sont les femmes et les hommes homosexuels. Ce qui n’est pas le cas pour tout le monde. Certains se montrent un peu agacés par nos questions, indique le docteur Hervé Renard. C’est donc ce facteur confiance qui a changé la donne. Depuis que l’on s’est aperçus qu’ils répondent de façon très honnête, on est très confiants et il n’y a vraiment pas de risques. » À noter enfin que pour les femmes homosexuelles il n’y a jamais eu d’obstacle au don du sang car elles ne présentent pas de risques. Dans cette population, la prévalence et l’incidence sont même moindre que chez les hétérosexuels.

Contre-indications : consommation de drogues et don du sang : est-ce incompatible ?
En cas de consommation de drogues douces (cannabis), le don du sang est possible sauf si la personne est sous influence au moment du prélèvement. En cas de consommation de drogue par voie intranasale (sniffé), il faut attendre une période de 4 mois avant de faire un don. De même pour la consommation d’ecstasy ou autres drogues de synthèse. En revanche, les personnes qui consomment de la drogue par voie intraveineuse, intramusculaire ou encore des produits dopants/anabolisants non prescrits par un médecin, même si cela remonte à plusieurs années, ne peuvent pas faire de don. « Dans le cas d’une consommation de drogue par intraveineuse, le refus est définitif, affirme le docteur Hervé Renard. C’est peut-être moins vrai aujourd’hui, mais les consommateurs de ce type de drogues se passent les seringues de bras en bras. C’est une sorte de rituel. Il y a des virus que l’on ne connaît peut-être pas encore qui se transmettent par ce biais-là. On a découvert par exemple que les personnes droguées par intraveineuse étaient assez notablement contaminées par l’hépatite C. Cela nous a fait peur. De plus, la confiance et l’adhésion des toxicomanes au questionnaire préalable au don est faible. »
(1) Un nouveau critère a été ajouté dans le nouveau questionnaire : le donneur doit déclarer s’il prend un traitement pour la prophylaxie pré ou post-exposition au VIH, auquel cas le don sera reporté quatre mois plus tard.
