Philippe Ortelli a poussé un (nouveau) coup de gueule sur les trajets chaotiques que subissent au quotidien les salariés venant travailler à Monaco par les routes ou par le train. Le président de la Fedem (1) demande à nouveau aux pouvoirs publics monégasques de développer l’offre de logements dans les communes limitrophes françaises et d’améliorer l’offre de transport. Sa proposition : un projet de métro interurbain entre Nice et Monaco
Le gouvernement ne l’a jamais nié… Il sait que venir travailler à Monaco — que ce soit par les routes ou les trains — est difficile au quotidien pour les salariés qui vivent loin du territoire monégasque. Des trajets longs et chaotiques qui pèsent de plus en plus sur le moral et la qualité de vie des pendulaires. Une réalité que dénonce depuis de nombreuses années le président de la Fedem, Philippe Ortelli, qui, cet été, a poussé un nouveau coup de gueule sur ce sujet. « Les difficultés d’accès deviennent insupportables pour les salariés de la Principauté qui ne veulent plus perdre 90 minutes par jour de leur vie dans les transports, ou dilapider des fortunes en loyers dans les communes limitrophes. Et l’augmentation des salaires n’y suffira jamais », a-t-il dénoncé dans le dernier Monaco business news (2). Selon lui, ces conditions chaotiques de transport deviennent un véritable frein pour attirer de nouveaux salariés. « De plus en plus d’employeurs nous alertent sur l’effet dissuasif à l’embauche. Surtout dans les secteurs en pénurie (hôtellerie-restauration, numérique, transports, bâtiment…) », indique-t-il.

« Le budget de l’État Monégasque prévoit d’investir 2 milliards d’euros pour loger les nationaux, 1,4 milliard d’euros pour un hôpital ou encore 1 milliard d’euros pour une usine de traitements des déchets. Et combien pour le transport des actifs qui viendront chaque jour créer la richesse qui permettra de payer ces dépenses ? »

« Il n’y a pas assez de trains la nuit et très tôt le matin »
Victoria Stevenson, directrice de l’hôtel Columbus à Fontvieille est confrontée comme tous les acteurs de l’hôtellerie/restauration à des difficultés de recrutement. Elle estime qu’elles pourraient être en partie réduites si l’offre de transports en commun était mieux adaptée : « 90 % de nos employés vivent en France. Or, il n’y a pas assez de trains la nuit et très tôt le matin, dans les créneaux qui correspondent à nos horaires de travail, indique-t-elle. Nous incitons au covoiturage, mais cette solution ne répond pas à toutes les problématiques, et rencontre un succès mitigé. » Autre réalité : la grande majorité des salariés de la Principauté — y compris les cadres — n’ont pas les moyens financiers de se loger en Principauté. Ni même dans les communes limitrophes où, là encore, les prix sont souvent prohibitifs et les offres de logement de plus en plus rares. Ce constat oblige donc les travailleurs à devoir se loger de plus en plus loin — à Nice ou au-delà — dans des villes où les prix sont plus abordables.
« Les salariés ne veulent plus perdre 90 minutes par jour de leur vie dans les transports, ou dilapider des fortunes en loyers dans les communes limitrophes. Et l’augmentation des salaires n’y suffira jamais »
600 logements sociaux pour les actifs monégasques : insuffisant ?
Pour rapprocher géographiquement les salariés de Monaco (du moins les agents de l’administration monégasque, ou bien les employés exerçant au CHPG qui sont prioritaires) l’État monégasque a acheté plusieurs immeubles à usage d’habitation dans trois communes limitrophes françaises. Au total, 174 appartements sont situés à Beausoleil, 397 à Cap d’Ail et 29 à Roquebrune-Cap-Martin. Un autre projet de 50 logements devrait également voir le jour d’ici la fin de l’année 2024/début 2025 à Beausoleil. Cette politique de logements pour actifs dans les communes limitrophes est toutefois largement insuffisante selon Philippe Ortelli. Lui et d’autres observateurs estiment qu’il faut construire davantage côté français, et réviser les critères d’accès à ces logements sociaux pour qu’ils puissent être attribués de manière beaucoup plus conséquente à des salariés de Monaco.
« 90 % de nos employés vivent en France. Or, il n’y a pas assez de trains la nuit et très tôt le matin, dans les créneaux qui correspondent à nos horaires de travail »
Libérer des droits à bâtir dans les communes avoisinantes
« Si l’offre de logements n’est pas drastiquement étendue, les loyers continueront de flamber, et seuls les propriétaires s’enrichiront sans effort », alerte le président de la Fedem. Selon lui, il est donc urgent que des pourparlers soient engagés avec les autorités françaises pour libérer des droits à bâtir dans les communes avoisinantes, en adoptant un modèle spécifique qui réserve ces appartements aux actifs monégasques. « En effet, aujourd’hui seulement 7 % des actifs monégasques sont éligibles aux HLM, alors qu’en France, c’est 70 % de la population, car les Alpes-Maritimes ont les mêmes plafonds que la Creuse ou le Cantal (par ailleurs départements magnifiques…) !, indique-t-il. Le budget de l’État Monégasque prévoit d’investir 2 milliards d’euros pour loger les nationaux, 1,4 milliard d’euros pour un hôpital ou encore 1 milliard d’euros pour une usine de traitements des déchets. Et combien pour le transport des actifs qui viendront chaque jour créer la richesse qui permettra de payer ces dépenses ? »

Un projet de métro interurbain
Pour améliorer la quantité et la qualité des transports en commun entre Nice et Vintimille, le président de la Fedem propose également depuis plus de deux ans un projet plutôt ambitieux mais très coûteux : celui de créer un métro interurbain entre Nice et Monaco. Rien d’irréalisable à ses yeux… « Certains préconisent même de le prolonger jusqu’à Carnolès avec de nombreuses haltes sous Monaco pour un coût global estimé de 2 milliards. Est-ce si excessif en regard de ce qui est investi par ailleurs ? Non, car un métro s’amortit sur un siècle au moins ! », estime-t-il.
(1) Fedem : Fédération des entreprises monégasques
(2) Monaco business news de juillet 2022 (numéro 79)
