Entre la prolifération des locations touristiques type Airbnb, les 50% de logements en résidences secondaires et le manque de terrain pour construire, Menton est embourbé dans une crise du logement difficile à résoudre.
Alors que d’autres villes de la Côte d’Azur ont déjà pris des mesures pour encadrer les locations de courte durée, Menton commence à l’envisager. « On y travaille », affirme Yves Juhel. « Il faut notamment interdire les boîtes à clef sur la voie publique (c’est insupportable d’en voir partout dans la vieille ville), et limiter le nombre d’Airbnb à un appartement par foyer fiscal et pas cinq ». Le maire reconnaît malgré tout l’importance de ces logements saisonniers pour l’économie locale : « Nous n’avons pas la capacité d’accueillir tous les touristes juste avec les hôtels. Nous l’avons encore vu pour la Fête du Citron », a-t-il concédé. Avec 50% des logements utilisés comme résidences secondaires, Menton est confronté à une situation qui devient insupportable pour certains administrés : de nombreux volets restent fermés une grande partie de l’année, alors que certains cherchent un logement permanent depuis des années. « Nous avons déjà taxé les résidences secondaires au maximum, 66%, nous ne pouvons malheureusement rien faire de plus », explique le maire.
500 logements supplémentaires d’ici fin 2026, dont 200 sociaux
Avec seulement 9 % de logements sociaux, Menton reste loin des 25% imposés par la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain). « Alors même que l’État reconnaît que l’on peut très difficilement faire mieux, nous sommes passé de 400 000 euros d’amende il y a quelques années à 1,2 million d’euros l’année dernière. Pour moi, c’est du racket », s’agace le maire. La commune a signé un contrat de mixité sociale avec l’État, s’engageant à construire 500 logements sociaux en trois ans. « Il y a actuellement deux projets à l’entrée de Menton au niveau du Careï. L’un des deux est exclusivement réservé à du logement social. Dans l’autre, 30% des appartements seront des logements sociaux », explique-t-il. D’autres projets sont prévus, portant le total à environ 500 logements supplémentaires d’ici fin 2026, dont 200 sociaux. Un futur projet de réaménagement près de la Chapelle Jeanne d’Arc devrait permettre la construction d’une centaine de logements supplémentaires.
Priorité aux Mentonnais ?
Face à une demande importante – 1400 familles attendent un logement social à Menton – la mairie tente d’assurer un accès prioritaire aux locaux. « Dans le meilleur des cas, la ville contrôle entre 60 et 65% des attributions. Nous ne présentons que des dossiers de Mentonnais », affirme Yves Juhel. Cependant, l’État conserve une part d’attribution, avec l’obligation de loger certains fonctionnaires de la police nationale et les personnes relevant du droit au logement opposable (DALO). « Dans le contrat de mixité sociale, j’ai fait inscrire que sur son quota de DALO, il devait placer en priorité les DALO Mentonnais s’il y en a. Mais ensuite, il fait ce qu’il veut », poursuit l’édile.

