En raison de la crise sanitaire puis de la guerre en Ukraine, les métiers du bâtiment à Monaco sont confrontés à une hausse du prix des matières premières et à de lourds problèmes d’approvisionnement. Les coûts de l’énergie ont également explosé. Comment les entreprises monégasques font-elles face ? Les explications de Fabien Deplanche, président de la Chambre patronale du bâtiment à Monaco.
Au mois d’avril dernier, vous nous aviez indiqué que le secteur du bâtiment en Principauté était très inquiet par rapport à la hausse du prix des matières premières et par rapport aux problèmes d’approvisionnement. L’inquiétude est-elle toujours réelle aujourd’hui ?
Depuis l’année 2021, les entreprises du bâtiment en Principauté, comme ailleurs, ont effectivement subi une hausse sans précèdent du prix des matériaux, et de lourdes difficultés d’approvisionnement. Au tournant de l’été et de l’automne 2022, nous avons constaté, fort heureusement, une accalmie sur ces deux points. Ce qui est en revanche très inquiétant c’est la hausse vertigineuse et brutale des coûts de l’énergie depuis la fin août. Cela impacte aussi fortement la trésorerie des entreprises et leur marge. A cela il faut également ajouter la problématique de l’inflation et la réactualisation des salaires dans ce secteur pour que ces derniers soient en corrélation avec le coût de la vie. Tout ceci représente des frais supplémentaires considérables pour les entreprises. Dans ce contexte d’augmentation très forte des coûts, de nécessaire sobriété énergétique et d’efforts collectifs à mener pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, notre corporation a largement contribué au rattrapage et au développement de l’activité post COVID en Principauté.
Vous parlez de la hausse brutale du coût de l’énergie. Quelle est l’ampleur de cette augmentation et quel est son impact sur le secteur du bâtiment ?
Entre août 2021 et octobre 2022, il a été constaté une explosion des prix du gaz (+ 63 %) et de l’électricité (+176 %). C’est astronomique ! Le carburant est certes nécessaire pour le fonctionnement des engins et pour transporter les matériaux d’un distributeur à un fournisseur, jusqu’à un chantier, mais pas uniquement. Il ne faut pas oublier qu’en amont, la production de nombreux matériaux est également très énergivore. Je pense notamment à l’aluminium, à l’acier, au cuivre, au verre, aux tuiles, à la céramique, ou encore au ciment. Interrogés par l’Insee, les industriels français ont d’ailleurs annoncé un redressement à venir de leurs prix. Pire encore, certains ferment des capacités de production, car ils estiment ne plus pouvoir couvrir l’envolée de leurs coûts énergétiques.

Pouvez-vous nous rappeler quelles sont les principales matières premières encore manquantes aujourd’hui ?
Concernant le ciment et aggloméré de ciment, après les fortes augmentations de l’année passée, les prix semblent à présent se stabiliser. Nous n’avons pas de problématique d’approvisionnement à ce jour. De même pour le carrelage. Nous ne subissons plus de difficultés d’approvisionnement depuis la rentrée de septembre. Par rapport à l’acier, après les fortes hausses en 2022, nous avons constaté une accalmie des prix très récente, aux alentours de fin 2022, début 2023. Les problématiques d’approvisionnement rencontrées en milieu d’année 2022 ne sont plus d’actualité. En revanche pour le placoplâtre, nous avons connu une forte augmentation tarifaire de l’ordre de 20 % en ce début d’année, couplée à des difficultés d’approvisionnement importantes. Ainsi d’une manière générale, l’ensemble des prix des matériaux a fortement augmenté sur l’année 2022, de l’ordre de 20 %.
Quelles sont les conséquences concrètes et directes pour les entreprises du bâtiment confrontées à ces difficultés d’approvisionnement et aux coûts élevés des matériaux ? Y a-t-il notamment du retard, voire des arrêts de chantiers ?
Il y a évidemment une série de contraintes. Les sociétés doivent rechercher de nouveaux fournisseurs et réorganiser leurs équipes régulièrement. Les plannings de certains chantiers se voient rallongés et/ou modifiés. Cela reste toutefois, pour l’heure, le cas de quelques chantiers en Principauté, mais pas une généralité.
Les entreprises de BTP rencontrent-elles également des problèmes financiers ? Si oui, de quel ordre ?
Il est évident que la trésorerie des entreprises pourrait être fortement impactée si le coût des énergies continue d’augmenter ces prochains mois. Nous restons donc extrêmement vigilants. Pour le moment, nous n’avons pas constaté d’augmentation significative des problèmes financiers de nos membres au sein de la corporation. Nous assurons une veille attentive sur le sujet et sommes, comme à l’accoutumée, à l’écoute des entreprises qui pourraient rencontrer des difficultés spécifiques.
La hausse du prix des matières premières a-t-elle été répercutée sur la facture des clients ?
Indirectement, ou directement même, il est évident que la hausse des prix que nous subissons est répercutée sur la facture des clients. Pour que les entreprises de bâtiment ne soient plus les seules à supporter les effets des crises successives, une meilleure visibilité sur les prix et les stocks en amont de la filière est nécessaire, tout comme l’indexation systématique des marchés par une application stricte des mécanismes de révision des prix lorsque cela est prévu dans les marchés (notamment les marchés publics) ou lorsque le prix est ferme par une discussion constructive avec le donneur d’ordre (notamment plutôt pour les marchés privés). Nos membres s’attachent à honorer leurs commandes passées à des prix inférieurs, avant la crise. Clients et entreprises s’accordent, au cas par cas, pour la satisfaction de chacune des parties pour que l’effort financier soit réparti équitablement. Les durées de validité des devis sont pour leur part raccourcies afin d’anticiper au mieux, pour tous, les évolutions tarifaires possibles. A ce jour, rappelons que le poids des matériaux représente plus de 30 % des coûts pour les entreprises.
Avez-vous rencontré le gouvernement et le Conseil national pour faire part des difficultés que rencontre le secteur du bâtiment en Principauté ?
Pour l’heure, l’ensemble des aides mises en place nous satisfont et nous n’avons pas eu la nécessité d’organiser des rencontres récemment sur la situation de notre secteur d’activité qui malgré les difficultés résiste et continue de participer activement au dynamisme de l’économie monégasque. Le récent bouclier tarifaire, mis en place par le gouvernement princier, est une aide conséquente, qui était attendue par la profession et que nous saluons, tout comme les nombreuses aides mises en place lors de la relance économique post covid s’agissant de la préservation de l’environnement et de l’amélioration des performances énergétiques des bâtis notamment (1). Notre syndicat n’a pas eu besoin de solliciter d’aides supplémentaires en plus de celles déjà créées par le gouvernement princier.
(1) Le syndicat a officialisé sa signature sur le « Pacte National pour la Transition Energétique » lors de son cocktail annuel, le 6 décembre 2022.
