Tubiste officiel de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo depuis 8 ans, le Picard Florian Wielgosik enchaîne les premiers prix internationaux avec son instrument de prédilection. L’Observateur de Monaco fait les présentations.
Il vient d’une région où pratiquer la musique va forcément de soi. « Je suis originaire de Naours en Picardie, près d’Amiens. Chez nous, il y a beaucoup d’harmonie et de fanfare. C’est grâce à ça que j’ai démarré la musique. » Âgé de 27 ans dorénavant, Florian Wielgosik a été recruté par l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo le 8 janvier 2015. Une surprise pour celui qui n’a alors que 19 ans et qui avait tenté sa chance au milieu d’une soixantaine d’autres candidats. « Il faut savoir qu’il y a très peu de poste de tubiste disponible en orchestre en général. En France, depuis 2015, il n’y a eu que 4 postes qui se sont libérés », explique-t-il. Alors encore étudiant au sein du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, il effectue une année en Erasmus en Allemagne, à Karlsruhe, le pays des orchestres. « Je voulais y aller car je savais que c’est là que sont formés les meilleurs. » Son bagage musical est alors conséquent : après l’école de musique de son village, Florian rejoint le conservatoire de musique d’Amiens où pendant sept ans il reçoit les cours du professeur François Thuillier. « C’est un de mes modèles étant donné sa créativité. Il ne se laisse pas enfermer dans un format préconçu », réagit le tubiste.

A Phoenix, dans quelques semaines
Autre mentor à ses yeux, Stéphane Labeyrie, le tuba solo de l’orchestre de Paris. « C’est le seul Français qui a remporté le plus grand concours de tuba qui se déroule chaque année en Allemagne. » Enfin, c’était ! Car Florian Wielgosik vient lui aussi de remporter le premier prix en mai 2022 du concours international de Markneukirche. L’un des quatre premiers prix qu’il a déjà remporté durant sa jeune carrière et qui pourrait lui ouvrir de nouvelles portes professionnelles. « Je suis très bien à Monaco. Il y a une bonne entente avec mes collègues. Mais c’est vrai que j’aimerais aussi consacrer de mon temps à l’enseignement pour pouvoir transmettre ce que j’ai appris », observe le tubiste. Après un premier prix à Tours en 2017, il décroche celui du festival de l’île de Jeju en Corée du Sud un an plus tard. Avant d’être gratifié de la première place en Allemagne puis quelques mois plus tard de celle de Porcia en Italie. « Le but de ces concours, c’est de se préparer au métier de soliste. Je n’ai pas encore eu l’occasion de me produire en solo avec l’orchestre de Monaco mais j’espère que cela pourra se faire un jour », avoue le musicien. Ces multiples prix le font doucement mais sûrement connaître et reconnaître de ses pairs. Grâce à cela, il a déjà pu officier dans plusieurs masterclass et ralliera en mai prochain Phoenix (Arizona) aux États-Unis pour donner un concert lors de l’Itec 2023 (International Tuba Euphonium Conférence) pour les 50 ans de l’association des gagnants du concours de Markneukirchen.
Un CD et des masterclass à venir
Sur son CV figure enfin l’enregistrement d’un CD intitulé Home où il a choisi de n’interpréter que des répertoires normalement non affectés au tuba. « Le plus beau compliment que l’on puisse me faire, c’est de me dire que l’on n’a pas reconnu cet instrument lors de l’écoute », confesse-t-il. Il veut donner une autre image du tuba, cet imposant instrument de la famille des vents. Objet pouvant peser jusqu’à 20 kg avec housse, décliné en mode tuba basse et contrebasse. Un instrument plutôt récent qui n’est apparu qu’au 19e siècle. « Ce qui m’exclut parfois des concerts de l’OPMC, notamment quand on joue Mozart puisque le tuba n’existait pas à cette époque. » Si l’on pense qu’en jouer est avant tout une histoire de souffle, Florian rappelle lui que c’est plutôt une histoire de technique et de perfectionnement. « Il faut sans arrêt jouer pour s’améliorer. J’ai déjà consacré des jours de Noël à la pratique de mon instrument ainsi que d’innombrables week-end ou soirées. » Une soif insatiable de musique qui lui fait tutoyer les sommets et qui lui permet de donner de la visibilité à cet instrument souvent placé au fond de l’orchestre, à cause de sa stature imposante. C’est le message qu’il passe et passera lors de ses prochaines masterclass, dont une fin avril au Royal College of Music de Londres. « Je vais peut-être aussi participer à un stage d’été à l’académie de cuivre de La Rochelle. ». Il prendra également place comme jury d’un concours de tuba en mars à Antibes.
« A l’école, je ne pensais qu’à la musique plutôt qu’à mes devoirs »
« Avec l’orchestre, j’ai l’impression d’amener ma pierre à l’édifice. Le tuba, c’est à la base chez les cuivres. S’il n’est pas là, il y a quand même un vide. Alors que quand je joue seul, c’est comme si je racontais une histoire. Pour moi, certes, je fais du tuba. Mais je fais avant tout de la musique. » Cette réussite actuelle cache des années de travail assidu, encouragé par ses parents. Une famille pas du tout musicienne (un père artisan et une mère comptable) qui n’a pourtant pas hésité à soutenir les rêves d’enfant de Florian. « À l’école, je ne pensais qu’à la musique plutôt qu’à mes devoirs, admet-il. Mes parents sont partis de rien. Ils m’ont transmis la foi de vaincre. Beaucoup de monde me disait que je n’y arriverais pas. Qu’être musicien professionnel était très dur. Je savais que c’était risqué, surtout ne venant pas d’une famille de musiciens. Mais je me suis aussi donné les moyens pour faire tout ça. Je suis donc d’autant plus fier aujourd’hui de mon parcours. » Une fibre et un talent que l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo a su déceler très vite. Et qu’il est possible de découvrir sur scène tout au long de la saison. Après plusieurs dates en janvier, Florian Wielgosik participera au concert intitulé « L’orchestre cherche et trouve » programmé le 8 février prochain.

