À La Turbie, Ma Première Boulangerie s’est forgé une belle réputation. Bientôt (quand elle aura surmonté les contraintes administratives) l’enseigne tentera de se faire une place en Principauté.
À 37 ans, Pierre Briand est porté par une vision : redonner ses lettres de noblesse à la boulangerie artisanale. Fils d’un commerçant de bestiaux, il grandit dans le milieu agricole en Touraine. « Je suis parti de chez mes parents à 15 ans parce que j’avais de bonnes notes, mais l’école ne m’intéressait pas, je voulais travailler », confie-t-il à L’Obs’. Un stage de découverte en boulangerie l’a orienté sur cette voie. Malgré l’insistance de ses professeurs qui le poussent vers la filière générale, le jeune Pierre choisit la voie de l’artisanat d’excellence : il se forme pendant huit ans, fais le tour de la France et devient Compagnon du Devoir.
« On a commencé à 3, on est maintenant 32 »
Il y a dix ans, il débarque dans le sud de la France et quatre ans plus tard, le destin frappe à sa porte. Le maire de La Turbie et les propriétaires d’une ancienne boulangerie historique située dans le centre et équipée d’un four à bois le contactent. Ils cherchent un artisan capable de reprendre le flambeau. L’aventure démarre. « Quand j’ai repris le fonds, j’étais à -3 000 euros sur mon compte. C’était soit ça marche, soit je rentre chez mes parents », raconte-t-il. Pari risqué, mais pari gagnant : la croissance est fulgurante. « Depuis 6 ans, c’est la guerre (rires). On a commencé à 3, on est maintenant 32 », se targue-t-il. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’entreprise passe une tonne de beurre, entre six et huit tonnes de farine par mois, et environ 300 croissants par jour…
100 % fait maison
Alors que beaucoup de boulangeries utilisent des produits semi-finis (viennoiseries ou encore fonds de tartes tout prêts, qu’il ne reste qu’à cuire) Ma Première Boulangerie mise sur du 100 % fait maison. Tout est réalisé dans un laboratoire, lui aussi situé à La Turbie. L’exigence se paye : les salariés sont nombreux et le rythme infernal, mais sa réputation s’étend rapidement. L’enseigne a déjà conquis les habitants de La Turbie, d’Eze, et bien au-delà. « On a des clients qui viennent de Monaco, et même d’Antibes », se réjouit l’artisan. Sa société fournit également l’AS Monaco, Dean & Deluca, My Way ou encore le petit Casino récemment ouvert boulevard d’Italie. En août 2025, elle a ouvert un nouveau dépôt de pain à Èze. Le pain est fabriqué à La Turbie et livré deux à trois fois par jour. « On a eu un bel accueil des Ézasques », se réjouit Pierre Briand. Ce dernier a par ailleurs racheté l’immeuble de sa boutique pour agrandir cette dernière et ajouter un second laboratoire.
Le rêve monégasque… qui prend du temps
L’étape suivante, c’est l’ouverture d’une nouvelle boutique à Monaco, au 2 boulevard d’Italie, dans les locaux de l’ancienne boulangerie Helena, fermée depuis plusieurs années après une faillite. Un projet qui le réjouit, mais qui se révèle semé d’embûches. « Je suis sur l’affaire depuis 3-4 ans. J’espère ouvrir début 2026, mais c’est très compliqué », explique-t-il à L’Obs’. Pierre Briand a acquis le fonds de commerce appartenant aux Domaines il y a un an et demi. Depuis il paie un loyer tous les mois, mais les choses n’avancent pas comme prévu. « Au départ, on m’a dit que c’était exploitable tout de suite avec un coup de peinture. En réalité, pas du tout. On n’était pas aux normes, et je n’y aurais jamais fait travailler des salariés en l’état ». Les obstacles sont nombreux : obligation de passer par un architecte monégasque, procédures interminables, contraintes esthétiques imposées… « Une fois les travaux acceptés, puis réalisés, nous pourrons passer au recrutement en respectant la priorité aux Monégasques », ajoute le gérant. La future boutique monégasque reprendra l’esthétique de Ma Première Boulangerie mais troquera le bleu pour un bordeaux, clin d’œil à la Principauté. Tout sera fait maison sur place, sauf le pain, qui sera livré depuis La Turbie à moins que les copropriétaires ne donnent leur accord pour l’ajout d’un four. « Il faut leur consentement car ça dégage des odeurs de pain… Bon, il y a pire comme odeur », sourit Pierre Briand.
Les défis du métier
Malgré son succès, il ne cache pas les difficultés de son métier, notamment en matière de recrutement. « Ce sont des professions pénibles, il faut sortir des salaires conséquents pour trouver des gens, et en France on est extrêmement taxés sur la main-d’œuvre », déplore-t-il. À cela s’ajoute l’explosion des coûts de l’énergie et des matières premières. « On paye le beurre 11 euros HT le kilo… Ce n’est pas le business le plus rentable », admet-il. « Les gens sont capables de payer un café trois euros sans problème, mais une baguette façonnée à la main par un artisan qui est debout depuis 2 heures du matin, si ça dépasse 1,50 euro c’est compliqué… Si on veut encore de vraies boulangeries à l’avenir, je crois qu’il va falloir que ça change », termine-t-il.


