Inauguré en 2012, l’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo, s’est imposé comme un acteur majeur du marché de l’art en Principauté. Alors que certains secteurs comme le mobilier ancien ou l’argenterie peinent à séduire les nouvelles générations, d’autres continuent de prospérer. Joaillerie, montres de collection ou sacs de luxe enregistrent des résultats remarquables. Entretien avec Franck Baille, président de l’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo.
Parmi les domaines que vous couvrez au sein de l’Hôtel des Ventes Monte-Carlo (bijoux, montres, mobilier, art contemporain) certains vous semblent-ils aujourd’hui particulièrement porteurs ?
Notre grande spécialité est la joaillerie. Ce succès est en grande partie lié à la longue expérience de Chantal Beauvois, qui a travaillé pendant quarante ans dans ce domaine. Elle s’est hissée au plus haut niveau, notamment aux côtés de Jacques Tajan. Tout cela a permis de constituer un réseau et un capital relationnel très fort. Aujourd’hui, elle est incontestablement parmi les meilleures dans sa profession. Les montres prennent aussi de l’ampleur. Nous venons, par exemple, de recevoir un ensemble de montres Patek Philippe issues d’une succession marseillaise. L’une d’elles est estimée entre 400 000 et 600 000 euros, et d’autres suivront.
Certaines spécialités semblent en revanche souffrir un peu plus. Vous évoquiez notamment l’argenterie ou encore les livres anciens, mais aussi le mobilier. Qu’en est-il exactement ?
Concernant le mobilier, il est vrai que les ventes ont sérieusement décliné. Ce type d’objet a connu un net recul ces dernières années, notamment parce que le mode de vie de la clientèle a profondément changé. Une famille sur deux est recomposée. On n’achète plus dans l’optique de transmettre aux enfants. Tout cela a profondément modifié le rapport au mobilier, qui a beaucoup souffert, à l’exception, bien sûr, des pièces vraiment exceptionnelles. Pour les livres anciens, il peut il y avoir encore de belles ventes. Nous avons par exemple vendu récemment la Chronique de Nuremberg, un ouvrage très important venu d’Italie – sans doute le plus emblématique du XVIème siècle. Il s’est vendu 80 000 euros. Mais, globalement, comme pour l’argenterie ou les timbres, ce sont des spécialités qui s’adressent à une clientèle vieillissante, qui ne s’est pas renouvelée.

Depuis la pandémie, les ventes en ligne ont véritablement explosé. Cela a-t-il changé votre manière de travailler ?
Oui, complètement. Le mode opératoire a vraiment évolué. À l’époque, lorsque j’organisais des ventes en Camargue par exemple, il y avait 200 personnes dans la salle. Aujourd’hui, il y en a en moyenne une trentaine… La grande majorité des transactions se fait désormais à distance.
Et cela ne pose pas un problème aux acheteurs de ne plus voir physiquement les objets ?
Pas vraiment. C’est d’ailleurs quelque chose que nous déplorons. C’est assez frustrant pour nous, car le contact direct avec les clients nous permet de transmettre nos connaissances, de partager ce que l’on sait. Aujourd’hui, les clients viennent moins physiquement, mais ils demandent énormément d’informations en amont. Avant chaque vente, trois ou quatre personnes travaillent pendant une semaine à dix jours pour rédiger des rapports de condition très détaillés : l’état de la table, le dessous, les côtés, le dessus… Le moindre petit accroc doit être signalé. C’est devenu extrêmement chronophage.
Le 26 juin dernier HVMC a organisé une vente consacrée à l’archéologie. Ce type de vente est devenu rare ?
Oui, nous sommes l’une des dernières maisons de vente à proposer encore des ventes de ce type. C’est un domaine très sensible, qui exige une extrême vigilance. Nous sommes particulièrement attentifs aux provenances qui doivent être parfaitement établies. Tous les objets présentés ont été expertisés avec soin.
La collection de sacs de luxe suscite-t-elle toujours autant d’intérêt sur le marché ?
Oui, le marché est actuellement très dynamique et même saturé. Beaucoup de sacs sont en vente actuellement. Ce secteur est toujours très porteur. Nous avons par exemple réalisé une belle vente récemment : un sac Faubourg cédé pour 170 000 euros. Et ce n’est pas fini. Nous attendons notamment 40 sacs supplémentaires, dont une collection provenant d’une famille assez emblématique dans le secteur des spiritueux.
