Accession au trône, promulgation de la Constitution, crise politique et diplomatique, adhésion à l’ONU et au Conseil de l’Europe… Retour sur les dates clés ayant marqué les 56 ans de règne du Prince Rainier III.
Avènement : une accession au trône à seulement 26 ans
9 mai 1949. Le prince Rainier III n’est âgé que de 26 ans lorsqu’il succède à son grand-père, le prince Louis II. Il devient alors le plus jeune souverain d’Europe. « L’avenir de notre patrie, c’est en nous-mêmes qu’il réside, en vous tous, assemblés autour de notre drapeau, dans la volonté commune de lutter pour la sauvegarde de notre indépendance, et la défense de notre souveraineté », avait-il déclaré lors de la célébration de son avènement. Le 30 mai 1944, sa mère, la princesse héréditaire Charlotte, duchesse de Valentinois, renonce au trône en faveur de son fils. Après la Seconde guerre mondiale, Rainier III prend ainsi les rênes d’un Etat fragilisé qu’il va transformer au fil des décennies en un véritable îlot de prospérité. Via le tourisme, l’industrie, le commerce mais aussi les secteurs immobilier, bancaire et tertiaire, le chiffre d’affaires de la Principauté passe de 3 milliards de francs en 1970 à 9,8 milliards d’euros en 2004. En grignotant des territoires sur la mer, la population s’accroît de 50 %, et les emplois salariés privés sont doublés. Au cours de ses 56 ans de règne, le prince Rainier a connu cinq papes et neuf présidents français, de Vincent Auriol à Jacques Chirac.



Tensions : des crises politique et diplomatique
1955 et 1962. Au cours de son règne, Rainier III doit surmonter plusieurs crises d’ordre politique et diplomatique. La première a lieu six ans après son avènement, le 1er août 1955, avec la faillite de la Banque des métaux précieux. Banque dans laquelle les réserves budgétaires de l’Etat monégasque étaient déposées. Faillite telle qu’elle a conduit à la démission du cabinet ministériel de Monaco. La deuxième crise est plus politique. Une vive tension éclate entre le pouvoir souverain, et le Conseil national. Ce qui aboutit à l’adoption d’une nouvelle constitution en 1962. C’est durant cette même année que le Prince Rainier III doit faire face à une remise en cause complète des relations avec la République française. Ce qui aboutit, là encore, à la conclusion de nouvelles conventions de voisinage entre les deux pays dans de nombreux domaines. Dont une convention fiscale. « Le prince Rainier III était un passionné, épris de politique. C’était son métier, et il l’a démontré au cours de son long règne, à travers des épisodes particulièrement critiques comme dans les relations franco-monégasque en 1962. Il a démontré à quel point, même un petit Etat, pouvait tout à fait tirer son épingle du jeu dans une situation internationale complexe », a notamment décrit Thomas Fouilleron, historien et directeur des archives et de la bibliothèque du palais princier.

Adoption de la constitution : « Il y a évolution et non révolution »
17 décembre 1962. C’est un moment fondateur de l’histoire institutionnelle et politique du pays. Le prince Rainier III promulgue une nouvelle constitution comme cadre des institutions politiques de la Principauté. Elle remplace celle de 1911. Dans le discours prononcé à cette occasion au sein de la salle du Trône, le prince déclare que cette constitution consacre « des principes modernes, sans pour autant renier la tradition. Il y a ajustement et non bouleversement. Il y a évolution et non révolution ». Parmi les principales avancées figure l’article 1 qui stipule que « le territoire de la Principauté est inaliénable », mention qui ne figurait pas au sein de la constitution de 1911 (celle-ci reconnaissait « le domaine public » de la Principauté comme inaliénable mais non pas son territoire). L’autre mention importante est faite à l’article 2 avec l’affirmation que la Principauté est une « monarchie héréditaire et constitutionnelle », quand la constitution précédente reconnaissait « la liberté et la souveraineté du prince ». La constitution de 1962 a été révisée à son initiative en 2002.
Constitution : l’abolition de la peine de mort 19 ans avant la France
17 décembre 1962. L’abolition de la peine de mort à Monaco a été consacrée par la constitution de 1962, soit 19 ans avant la France. L’article 20 précise : « Les lois pénales doivent assurer le respect de la personnalité et de la dignité humaine. Nul ne peut être soumis à des traitements cruels, inhumains ou dégradants. La peine de mort est abolie. » Autre fait historique important : dans la loi du 8 juin 1964 relative à la peine de mort, l’article 2 remplace la peine capitale par « des travaux forcés à perpétuité ».
Jubilé : 50 ans de règne célébrés avec les Monégasques
9 mai 1999. Le princier Rainier III fête ses 50 ans de règne avec la population monégasque et sa famille au grand complet. « Souvenons-nous, que quelle soit la tendance idéologique de chacun, il ne peut y avoir en Principauté qu’un seul parti : celui de Monaco, et une seule politique : assurer la stabilité de notre pays », avait-il déclaré. C’est lors de ce discours que le prince souverain a affirmé sa volonté que l’âge de la majorité soit abaissé à 18 ans à Monaco. Cela fut acté quelques années plus tard, le 17 décembre 2002, par une loi adoptée par le Conseil national.
Adhésion à l’ONU : « Une date importante de l’histoire »
28 mai 1993. L’année 2023 marquera également les trente ans de l’admission de Monaco à l’ONU. C’est en 1993 que la Principauté devient officiellement le 183ème Etat membre de cette organisation. La souveraineté et l’indépendance de la Principauté sont ainsi confirmées par la communauté internationale : « Ce jour restera de toute évidence, une date importante de l’histoire, déjà longue, de notre pays, car il est la certitude de son avenir. Sans doute, serons-nous conduits à nous intéresser davantage, encore que par le passé, au monde qui nous entoure et à collaborer, face aux fléaux et aux conflits de notre époque, à la solidarité entre les nations… », avait-il déclaré ce jour-là.
Adhésion au Conseil de l’Europe : « Un sujet de légitime satisfaction et de fierté »
5 octobre 2004. Après un processus qui aura duré six ans (initié par le prince Rainier III), la Principauté adhère au Conseil de l’Europe comme 46ème Etat membre de cette organisation. Lors de la cérémonie officielle à Strasbourg, le prince Albert déclarait au nom du prince Rainier III que cette admission est « un sujet de légitime satisfaction et de fierté. Je suis heureux que Monaco soit accueilli au sein d’une organisation animée de si nobles aspirations, riche de la diversité des peuples qu’elle représente. »
Décès du prince Rainier III : « L’heure est à la douleur et chacun ici se sent orphelin »
6 avril 2005. Intense moment d’émotion à Monaco. Quatre jours seulement après le pape Jean-Paul II, le prince Rainier III décède à 6h35 du matin au Centre cardio-thoracique. Il était âgé de 81 ans. « Le prince Rainier III n’est plus. Il a été arraché à l’affection des siens et à celle de son peuple (…) L’heure est à la douleur et chacun ici se sent orphelin tant la Principauté a été marquée de son empreinte », avait déclaré à son tour le ministre d’Etat de l’époque, Patrick Leclercq. Rainier III a régné pendant 56 ans sur la Principauté, soit la plus grande longévité sur un trône en Europe. Il était aussi la tête couronnée la plus âgée encore en exercice en Europe. Lors de ses obsèques le 15 avril 2005, de très nombreuses têtes couronnées et personnalités étaient présentes notamment Fanny Ardant, Clotilde Courau, Robert Hossein ou encore Karl Lagerfeld. Le roi Juan Carlos d’Espagne mais également le président français Jacques Chirac et son épouse Bernadette avaient aussi assisté à la cérémonie.
Avènement du prince Albert II « Mon père restera dans l’histoire de notre pays comme un grand homme »
12 juillet 2005. Après le décès de son père, et à l’issue de la période de deuil officiel, l’avènement du prince Albert II est célébré en juillet 2005. Dans son discours, le nouveau souverain — le quatorzième de la Principauté — rend un hommage appuyé à son père : « Il était un souverain d’exception, totalement dévoué à la cause et au développement de la Principauté. Il restera dans l’histoire de notre pays comme un grand homme. C’est sous son règne que les Monégasques ont atteint une qualité de vie que beaucoup nous envient (…), avait-t-il déclaré. Monaco a réussi un exploit étonnant et unanimement reconnu : accroître son territoire de quelque 20 % par des moyens totalement pacifiques. Si l’on devait ne retenir qu’un seul des faits marquants du règne du Prince Rainier III, on soulignerait qu’Il a fait résolument entrer Monaco dans la modernité. »



