vendredi 17 avril 2026
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    Quel est l’avenir architectural de Monaco ?

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    Dans cette interview, Gabriel Viora, architecte et président de l’Ordre des architectes de Monaco, décrypte le patrimoine architectural unique et pluriel de la Principauté. Il aborde ensuite les perspectives d’avenir, entre défis environnementaux, objectifs de renaturation et exiguïté.

    Comment définiriez-vous le style architectural de Monaco, bien qu’il s’agisse évidemment d’un mélange de plusieurs époques et inspirations ?

    Monaco est une ville-Etat qui possède plusieurs centres-villes, avec chacun une identité qui inscrit le quartier dans son temps architectural et dont l’activité urbaine est bien déterminée : zone historique et lieu de gouvernance, zone touristique et lieu de loisirs, zone commerciale ou d’activité et lieu de résidence. Je qualifierais l’architecture de la Principauté comme intemporelle. L’ancien côtoie le moderne et le baroque se confronte au contemporain.

    Architecture Monaco Avenir architectural Gabirel Viora
    Gabriel Viora. Architecte et président de l’Ordre des architectes de Monaco. © Photo DR

    A quelle ville ou État du monde pourriez-vous le comparer ?

    Ce melting-pot de modes constructifs et d’architecture donne une dynamique peu comparable à l’échelle de 2 km². Bien ancrée entre la montagne et la mer, avec une forte déclivité, Monaco a une situation géographique très atypique. Seules les comparaisons avec des villes qui s’étendent sur la mer pourraient être possibles comme Dubaï, Singapour ou Anvers, qui a pris conscience de l’importance de la prospective et l’enjeu environnemental de la maîtrise d’un littoral et d’un port d’activité.

    Comment l’architecture de Monaco a-t-elle évolué et comment imaginez-vous la poursuite de son évolution à l’avenir ?

    Depuis 25 ans que j’ai ouvert mon agence d’architecture, les règles d’urbanismes ont évolué. Les architectures se sont diversifiées et ouvertes à des lignes contemporaines. Monaco n’a cessé de suivre les défis et avancées technologiques des modes constructifs et il devrait en être de même dans le futur. Le BTP monégasque est passé maître dans l’Architecture Iceberg, dans les constructions comprenant des terrassements et fondations profondes. Parfois, le bâti en sous-terrain est plus important que celui qui sort de terre. Le savoir-faire de la construction en sous-sol est reconnu comme une spécificité monégasque. J’imagine que le futur, pour un État avec une superficie si restreinte, est de poursuivre dans la voie d’une construction verticale, mais maîtrisée, qui n’entache pas le panorama urbain de Monaco et des environs.

    N’y a-t-il pas possibilité de s’étendre encore sur la mer ?

    S’étendre sur la mer nécessite des travaux pharaoniques qui ont leurs limites avec les grandes profondeurs des fonds très proches du littoral. Quant aux structures « offshore » ou « flottantes », qui peuvent pallier ce problème de profondeur, elles sont pour l’instant limitées par les techniques de construction qui ne donnent pas toutes les garanties pour développer des zones urbaines.

    Des garanties en matière de sécurité ?

    A la fois sur la sécurité et sur l’aspect assurantiel.

    Quelles sont les priorités aujourd’hui en matière de rénovation et de transition énergétique ?

    Les bâtiments des années 60 sont ceux qui aujourd’hui pourraient faire l’objet de rénovation énergétique qui rendrait à ces bâtiments leurs lettres de noblesse. Dans le cadre de la transition énergétique, les actions engagées par le gouvernement sur le bâti ancien doivent continuer de s’étendre, soit en préservant l’architecture remarquable soit en le transformant en bâtiment du 21ème siècle.

    Combien de villas reste-t-il à Monaco ? Où sont-elles majoritairement ? Et sont-elles irrémédiablement vouées à disparaître selon vous ?

    Les ordonnances souveraines relatives à l’Urbanisme font état de certains bâtiments remarquables et/ou façades remarquables à conserver. On peut citer la villa La Martine, la bâtisse rose emblématique du boulevard Princesse Charlotte, construite entre 1895 et 1899. Il y en a aussi plusieurs sur le Boulevard d’Italie. Mais il serait judicieux de rapidement se repencher sur le sujet pour vérifier la pertinence de ces classements, corriger l’oubli de certains, bref, mettre à jour le document qui est trop ancien.

    Quelles sont selon vous les pépites architecturales de Monaco ?

    Monaco est pourvu de multiples bâtiments exceptionnels, la liste serait trop longue car chaque quartier en possède. Ils font partie du décor, créant l’esprit du lieu et le ressenti à s’y promener et y vivre.

    Quelles sont les contraintes architecturales propres à Monaco (normes para sismiques notamment), et qu’est-ce que cela implique ?

    Monaco est en zone sismique comme une partie du grand littoral méditerranéen. Les contraintes existent mais ne limitent pas forcément la créativité architecturale et technique. Les nouvelles normes sont axées sur la transition énergétique engagée par le gouvernement, qui a demandé aux concepteurs d’adapter les projets en conséquence pour gagner en sobriété énergétique. Il est important d’intégrer ces contraintes très tôt dans les études de conception afin que ces contraintes deviennent des atouts architecturaux en développant des systèmes ingénieux qui répondent aux exigences environnementales.

    Que pensez-vous de la tendance à la surélévation ? C’est notamment ce qui a récemment été fait pour la Villa Belgica.

    Surélever un bâtiment permet de produire de la surface supplémentaire et de donner une seconde vie à un bâtiment aussi bien architecturalement que techniquement, tout en évitant un chantier de démolition à forte nuisance. En revanche, les études de conception et de faisabilité des surélévations demandent davantage d’approfondissement et un délai d’étude plus long qu’une démolition/reconstruction.

    Quid des immeubles végétalisés ? De l’utilisation de matériaux « verts » (ex : fibres végétales) ?

    Il faut différencier les deux. Utiliser des matériaux « bio sourcés » permet de stocker du CO2 et de réduire l’impact carbone de la construction du bâtiment. Les immeubles en structure bois en sont le meilleur exemple. Cela est souvent utilisé dans les projets labellisés BD2M (Bâtiments Durables de Monaco). Végétaliser la façade d’un bâtiment demande une grande expertise sur la maîtrise du végétal et impose un entretien très conséquent. Mais cela permet de créer un îlot de fraicheur verticale. Il n’y en a pas encore à Monaco, mais il me semble que le futur bâtiment du Bel Air sera largement végétalisé en façade. Ce sera une première.

    Le gouvernement a justement exprimé sa volonté de verdir la ville, notamment pour lutter contre les îlots de chaleur. Mais où et comment cela peut-il se faire ?

    « Renaturer la Ville » fait effectivement partie des sujets sur lequel le gouvernement princier travaille, et il a associé les architectes monégasques à cette réflexion. Les premiers ilots et axes d’action ont été déterminés. Il est prévu de créer un corridor vert de promenade piétonne, un circuit avec beaucoup de plantations et d’ombrières, qui passera par des ascenseurs et des galeries. Il partira du jardin exotique et ira jusqu’à Fontvieille.

    Est-il exact que lorsqu’un projet est réalisé à Monaco par un architecte étranger, celui-ci doit obligatoirement s’associer à un architecte monégasque ? Et quelles sont les modalités d’attribution des projets ?

    C’est effectivement la législation monégasque. Tout architecte étranger reconnu par un ordre dans son pays, doit s’associer à un architecte monégasque pour effectuer un projet ici. Le partage des missions est à minima 50/50, de la conception du projet à sa réalisation. L’idée est que l’architecte local puisse fournir au professionnel étranger toutes les informations propres à notre territoire, et qu’il se charge du suivi de la réalisation sur place.

    Quelles sont les revendications/préoccupations actuelles de l’Ordre des architectes de Monaco ?

    L’Ordre des architectes participe à de nombreux comités qui lui permettent d’apporter ses connaissances urbaines, architecturales et immobilières sur des sujets d’actualités : CSA (Conseil Stratégique pour l’Attractivité), Conseil du Patrimoine, Comité Consultatif, CESE (Conseil économique et Social et environnemental). L’une des préoccupations de l’Ordre est tournée vers l’avenir de la Principauté et la prospection urbaine de développement du territoire. Cela doit s’inscrire dans le temps long et demande que tous les acteurs du secteur immobilier soient réunis au sein de groupes de travail. Par exemple, l’Ordre avait été missionné par la Direction de la Prospective de l’époque (2005) pour inventer ensemble l’Urbanisation des terrains SNCF. Nous constatons vingt ans plus tard que les travaux ne sont toujours pas terminés… C’est le temps qu’il faut pour imaginer, créer et construire une partie de ville avec toutes les activités urbaines et sociales qui y ont trait. Notre autre préoccupation permanente est la surveillance des textes de lois qui régissent notre profession, en proposant des mises à jour qui permettront aux jeunes architectes monégasques qui arrivent en Principauté, d’avoir un socle législatif fort pour défendre la profession.

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