Que faire pour limiter les embouteillages générés avant, pendant et après le Monaco Yacht Show ? Depuis des années, les élus du Conseil national réclament des solutions pour fluidifier un trafic bien souvent chaotique durant cette période. Pourtant, dans cette interview, la directrice de l’évènement, Gaëlle Tallarida assure avoir fait le maximum avec ses équipes pour limiter la saturation sur les routes. « J’aimerais pouvoir dire qu’il nous reste une marge de manœuvre, mais ce n’est pas le cas », assure-t-elle. Explications.
Depuis plusieurs années, le Monaco Yacht Show fait l’objet de nombreuses critiques en raison des embouteillages monstres qu’il génère dans la ville et aux alentours de la Principauté. Pour mieux comprendre l’ampleur de cet événement, pouvez-vous nous rappeler les principaux chiffres sur le nombre d’exposants, de visiteurs, ainsi que les effectifs mobilisés pour le montage et le démontage ?
Cette année, le MYS a attiré un peu plus de 29 000 visiteurs (29 197 précisément). Le salon accueille au total 180 bateaux (1), 400 stands et 560 exposants. De plus, jusqu’à 500 personnes sont mobilisées pour les phases de montage et de démontage des stands. À cela s’ajoutent 500 journalistes et influenceurs venus du monde entier. Pendant la semaine du Yacht Show, 250 personnes sont également déployées sur le terrain pour veiller au bon déroulement de l’événement. Il y a bien sûr des hôtesses, des agents de sécurité, mais aussi des hôtes repérables grâce à leur tee-shirts bleus, chargés de la gestion du salon en ville et aux abords de l’événement. Ce n’est donc pas un salon local de la Côte d’Azur ou du sud de la France. Il s’agit bien du premier salon au monde dédié à l’industrie de la grande plaisance.
Ce qui provoque de grosses difficultés de circulation ce sont notamment les camions qui viennent en Principauté pour acheminer le matériel nécessaire. Combien de camions au total affluent à Monaco pour l’évènement ?
Environ 450 camions sont nécessaires pour livrer l’ensemble du matériel. En réalité, il faut doubler ce chiffre pour inclure à la fois l’arrivée et le départ des équipements, soit 450 camions à l’aller et 450 au retour. Or, le port ne dispose que de sept places de stationnement pour ces véhicules.
Comment gérez-vous alors l’afflux massif de camions pendant l’événement ?
Nous disposons d’une zone logistique au PAL, à Nice Saint-Isidore. Les semi-remorques y sont retenus, puis des véhicules de liaison (avec à bord du personnel du MYS) acheminent les camions vers Monaco. Nous organisons des convois pour les guider jusqu’aux points de livraison. L’objectif est d’éviter qu’ils ne se perdent dans la ville et qu’ils n’aggravent les embouteillages. En moyenne, nous coordonnons environ sept convois par jour. Une autre zone logistique a également été prévue à l’Esplanade des Pêcheurs. Étant donné qu’il n’y a pas de stationnement disponible sur le port, les petits camions s’y garent. Notre prestataire logistique centralise ensuite les livraisons destinées à une même zone pour éviter que chaque petit camion n’entre directement sur le site du Yacht Show. Il est important de rappeler que tout ce dispositif est financé par notre propre budget. Le Monaco Yacht Show est totalement autonome financièrement et ne dépend pas du budget de l’État.

Au-delà de ces zones logistiques et de ces convois pour acheminer les camions jusqu’à Monaco, qu’avez-vous mis en place pour limiter l’affluence et la circulation ?
Très concrètement, aujourd’hui, nous accueillons moins de visiteurs qu’en 2019. C’est un choix que nous avons fait. Nous avons décidé de privilégier, non pas la quantité, mais la qualité des participants. C’est la raison pour laquelle nous avons augmenté le prix d’entrée. Par ailleurs, pour fluidifier la circulation — notamment sur le boulevard Albert 1er et le boulevard J.F. Kennedy — nous “engageons” également des agents de la Sûreté publique supplémentaires. Nous offrons aussi des tickets de bus gratuits à tous les exposants et mettons en place des navettes pour les clients VIP avec une flotte d’une dizaine de véhicules. Nous avons également des petites voiturettes électriques pour les trajets rapides sur la zone portuaire. Plus globalement, je peux vous certifier, qu’au-delà de nos équipes, toute la Principauté est mobilisée pour faciliter les choses, que ce soit la Sûreté publique, la police maritime ou d’autres services. Nous avons des réunions régulières avec ces instances avant, pendant, et après l’événement pour assurer une coordination optimale.
Avez-vous incité les visiteurs à se garer au parking d’entrée de ville des Salines ?
Le Monaco Yacht Show est un salon très international. Les participants, dans leur grande majorité, viennent en avion et séjournent dans les hôtels de la Principauté. Ils n’ont donc pas de voitures, et beaucoup se déplacent à pied. Mais bien entendu, nous avons mis en place des campagnes d’information pour encourager les visiteurs à se garer au sein de ce parking d’entrée de ville. Cela prendra toutefois un peu de temps pour que cette communication porte ses fruits.
Ce qui entraîne des embouteillages, c’est aussi l’occupation de la zone portuaire. Durant combien de jours le port Hercule est-il occupé pour assurer le montage et le démontage du MYS ?
Nous occupons la zone portuaire pendant 40 jours. Pas un de plus. À titre de comparaison, les animations estivales nécessitent une occupation de 50 jours, la Foire d’attraction 46 jours, et le Grand Prix de Formule 1, 121 jours. Contrairement à ce que l’on peut entendre ici ou là, depuis 2016, la durée d’occupation du port n’a pas changé, bien que le Yacht Show se soit agrandi.
De nombreux observateurs pestent également sur la fermeture de la Route de la piscine qui aggrave les embouteillages. Durant combien de jours, cette portion de route est-elle fermée concrètement ?
Sur 40 jours d’occupation de la zone portuaire, la Route de la piscine est ouverte pendant 23 jours. Durant 13 autres jours, elle est ouverte uniquement aux heures de pointe, de 7 h 30 à 9 h 30, comme cela nous avait été demandé il y a quelques années. Durant ces deux heures, on ne travaille pas, pour justement assurer la fluidité du trafic. La Route de la piscine est ensuite totalement fermée durant quatre jours, dont un dimanche. Cela veut dire que la Route de la piscine est fermée, en réalité, trois jours en semaine. Concernant le boulevard Jf Kennedy, il est mis en sens unique pendant 13 jours car tout est lié à la Route de la piscine. C’est toute une organisation sur la zone portuaire. L’un ne fonctionne pas sans l’autre.
Est-il impossible de maintenir la Route de la piscine ouverte en continu pendant le montage et le démontage du Monaco Yacht Show ?
A l’époque où la Route de la Piscine restait ouverte en continu, nous étions obligés de stopper temporairement la circulation pendant que les camions déchargeaient. Les usagers de la route étaient en colère, à juste titre, car décharger ces caisses, souvent très volumineuses, ne prend pas seulement deux minutes, mais parfois dix minutes voire davantage. De plus, des scooters se faufilaient pendant le déchargement ce qui représentait un véritable danger. En tant qu’organisateurs, nous sommes soumis à des normes de sécurité internationales très strictes. Notre maison-mère vient vérifier chaque année sur place que toutes les règles sont respectées. Ainsi, la fermeture de la Route de la Piscine est une nécessité pour des raisons à la fois logistiques mais surtout de sécurité.
Comprenez-vous la colère liée aux embouteillages causés par le Monaco Yacht Show ?
Je comprends tout à fait la frustration que cela peut susciter. Même si l’ensemble des camions qui circulent dans la Principauté en période de présence du MYS sur la zone portuaire n’est pas forcément lié à notre salon, le Monaco Yacht Show reste un événement de grande envergure, très complexe à organiser, et il engendre inévitablement des désagréments. Malheureusement, sur un territoire aussi restreint, il est impossible de tenir un événement d’une telle ampleur, avec les retombées économiques et médiatiques qu’il génère pour la Principauté, sans inconvénients. Je tiens à rappeler que pendant la semaine du Yacht Show, tous les hôtels sont complets. Les visiteurs ont un fort pouvoir d’achat et profitent des salons de coiffure, des restaurants, des fleuristes, ainsi que des boutiques de luxe, qui connaissent alors une forte activité. Nous savons également, qu’a minima, 115 cocktails et dîners ont été organisés cette année dans des hôtels et restaurants au cours des quatre jours du salon. Cela dit, je suis bien consciente que les désagréments sont forts pour ceux qui ne profitent pas directement de l’évènement. C’est pourquoi, chaque année, nous nous efforçons d’améliorer les processus. Nous travaillons en toute transparence avec le gouvernement et la mairie de Monaco et leur remettons deux dossiers totalisant 150 pages, détaillant notre organisation. N’importe quel service de l’État peut consulter ces dossiers et comprendre comment nous fonctionnons. Avec une équipe de seulement 20 personnes travaillant à temps plein sur la préparation de ce salon, c’est chaque année un vrai défi.
Est-il envisageable de procéder au montage ou démontage du salon de nuit pour éviter d’impacter la circulation ?
Non, ce n’est pas possible, pour plusieurs raisons. Il y a des contraintes liées à la circulation des camions, et il faut aussi tenir compte des équipes qui montent les stands, régies par des normes internationales. Ces monteurs ne peuvent pas travailler de nuit sur de longues périodes. En revanche, il est important de préciser que le démontage se termine déjà la nuit. Durant les deux derniers jours notamment, les équipes logistiques travaillent presque sans interruption pour respecter les délais.
En tant qu’organisateur, pensez-vous avoir fait tout ce qui était possible pour limiter l’impact sur la circulation, ou y a-t-il encore des améliorations possibles ?
Honnêtement, j’aimerais pouvoir dire qu’il nous reste une marge de manœuvre, mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, il nous faudrait même deux jours supplémentaires pour démonter le salon, mais je n’ose même pas le demander. Je sais que la réponse serait négative. C’est un véritable stress pour nous, car ce salon est extrêmement complexe à organiser, sans compter sur des conditions météo de plus en plus mauvaises en septembre qui ralentissent le travail.
Cela fait 25 ans que je travaille pour le Monaco Yacht Show, j’ai occupé tous les postes au sein de l’équipe, j’ai passé des années sur le terrain, et je peux vous certifier que nous avons atteint les limites de ce que nous pouvions faire en termes d’organisation. Ce processus, nous avons mis plus de 15 ans à le perfectionner. Il est facile de critiquer le Monaco Yacht Show, car nous sommes très visibles, au centre de la ville, mais nous faisons partie d’un environnement urbain complexe.
(1) 180 yachts sont accueillis au MYS dont 120 super yachts dont la taille moyenne fait près de 48 mètres.


