Pilier de l’économie monégasque, le secteur de la construction était le troisième employeur de la Principauté en 2023 avec 6 645 salariés (hors intérim). Mais ce chiffre pourrait être considérablement réduit. En cause : les grands chantiers que sont Testimonio, Mareterra ou encore l’ilot Pasteur seront bientôt finalisés, et aucun autre chantier d’envergure n’est à l’heure actuelle programmé. Fabien Deplanche, président de la Chambre patronale du bâtiment craint des surpressions d’emplois dans ce secteur d’activité et de potentielles difficultés de trésorerie pour les entreprises.
Les grands chantiers d’envergure que sont Testimonio, Mareterra ou encore l’îlot Pasteur sont bientôt achevés. Jusqu’à présent, il y a peu, voire pas, de perspectives sur les futurs grands chantiers que sont le Centre commercial de Fontvieille, l’Annonciade II ou encore l’îlot Charles III. Après une ère d’intense activité, le secteur de la construction va-t-il connaître une grande accalmie dans les prochaines années ?
Il est vrai que Monaco a connu ces dernières années une phase de développement exceptionnel avec des chantiers majeurs qui ont transformé notre paysage urbain. Nous risquons d’entrer rapidement dans une période d’accalmie prolongée. Les projets comme l’Annonciade II, l’îlot Charles III ou le centre commercial de Fontvieille sont des perspectives qui, une fois lancées, viendront relancer une dynamique pour le secteur. Dans l’attente desdites opérations, il nous faut pouvoir compter sur d’autres chantiers publics d’envergure aux fins d’assurer la pérennité de nos membres. Le développement de Monaco doit ainsi se poursuivre sans rupture abrupte pour l’économie, avec une planification à long terme de son urbanisme en fonction des besoins du pays.
Le Conseil national mais aussi le conseiller de gouvernement-ministre des Affaires Sociales et de la Santé, Christophe Robino, dans des interviews à la presse, ont indiqué qu’une grosse baisse de l’emploi se profile dans le BTP. Est-ce aussi votre constat et êtes-vous inquiet des répercussions sociales, que ce soit sur les emplois permanents (cadres et autres) et sur les intérimaires ?
Nous avons effectivement observé des signes d’un possible ralentissement des emplois dans le secteur du BTP. Cela est en partie lié à la fin des grands chantiers en cours précités. Je partage une certaine préoccupation quant à l’impact que cela pourrait avoir sur les salariés, tant pour les cadres que pour les compagnons et les intérimaires. Le secteur du bâtiment emploie un grand nombre de travailleurs à Monaco, et il est essentiel de réfléchir à des solutions pour atténuer ces répercussions. Nous devons travailler de concert avec les pouvoirs publics pour anticiper cette transition et envisager des projets futurs qui permettront de maintenir une activité soutenue et de préserver les emplois.

Justement, quels retours avez-vous à ce propos des agences intérimaires ?
Les agences intérimaires commencent à exprimer des inquiétudes sur la baisse progressive des demandes de main-d’œuvre tout comme les bureaux d’études. Bien que le marché soit encore relativement stable, les signaux d’un ralentissement se font sentir. Nous devons rester attentifs à cette évolution et le gouvernement princier doit prendre des mesures pour éviter une chute brutale de l’activité, notamment en encourageant le développement de nouveaux projets à court terme.
Cette baisse de l’activité dans le secteur de la construction risque-t-elle aussi de menacer certaines entreprises monégasques du BTP ?
Une baisse prolongée de l’activité pourrait effectivement poser des défis à certaines entreprises. Cela pourrait se traduire par des difficultés de trésorerie, voire la nécessité de redimensionner les effectifs. Toutefois, en travaillant avec les autorités pour mieux planifier et répartir les projets, nous espérons limiter ces impacts. Notre rôle est aussi de soutenir nos entreprises dans cette phase de transition. Les marchés publics de l’État doivent continuer à jouer leur rôle de catalyseur pour l’activité économique et tout ce qui en découle.
En résumé, quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement par rapport au secteur de la construction ?
Nos attentes sont effectivement orientées vers une plus grande visibilité sur les projets à venir. Une meilleure planification à moyen et long terme des chantiers publics permettrait aux entreprises du secteur de s’organiser plus efficacement et d’anticiper les besoins en main-d’œuvre et en matériel. Le dialogue avec le gouvernement princier reste essentiel pour garantir la continuité de l’activité et le maintien de l’emploi dans notre corporation. Notre secteur est essentiel pour l’économie. L’économie, dans son entièreté, a besoin d’un fil directeur pour pouvoir se projeter sereinement. La stabilité des budgets de l’Etat et des institutions en dépend.

