Enfoui à 25 mètres sous terre, c’est un trésor de notre histoire qu’entretiennent bénévolement Christian, Fabien, Eric et Serge. Ces quatre passionnés nous ont ouvert les portes du fort du Cap Martin qui, autrefois, abritait la vie en parfaite autarcie de plus de 350 soldats.
Construit à l’entre-deux-guerres à partir de 1930, l’ouvrage militaire de la ligne Maginot (1) a permis de protéger le territoire français d’une éventuelle invasion italienne lors de la Seconde Guerre mondiale. Endommagé par des bombardements allemands en 1944, puis abandonné, pillé et tagué, le fort du Cap Martin est depuis 1997 restauré dans sa quasi totalité par des bénévoles de l’Amicorf (2). « Des sols aux plafonds, nous avons tout repeint et réaménagé », indique avec une fierté non dissimulée le président de l’association Christian Fiquet-Albin. Âgé de 62 ans, ce sapeur pompier à la retraite est plus motivé que jamais. Il fédère ses coéquipiers autour d’un objectif : se battre pour la mémoire de ceux qui se sont battus pour la France. Avec 2 400 m² à entretenir, ils sont, chaque jour, face à un travail titanesque. « Ici, nous sommes dans notre deuxième maison », s’amuse-t-il à dire.

Le souci du détail
Christian, Fabien, Eric et Serge ne sont ni plus ni moins que des passionnés. Ils scrutent le monde entier à la recherche de la perle rare. Si la majorité des objets présents dans l’ouvrage fait partie de leur collection personnelle, ils reçoivent aussi des dons du ministère de la Défense, et parfois des visiteurs. « Pour l’uniforme du soldat italien, il nous manquait la veste. Quand une Romaine l’a appris, elle est revenue pour nous apporter la tenue de son père », confie Christian encore touché. Avec son équipe, il veille à ce que tout soit parfait. « Je suis casse-pieds, reconnait le Mentonnais. L’emplacement de la moindre pierre a été pensé. On veut vraiment donner l’impression que lorsqu’on a ouvert la porte, tout était comme ça. » La musique d’époque dans les chambres, les couvertures sur lesquelles on peut lire “1930”, les journaux de l’an 40, le savon d’époque, les ampoules pour une lumière jaune et tamisée comme elles l’étaient dans le temps, ou les lits d’origine, tout cela représente des heures de recherche et de travail. Dans la cuisine, le pain a été confectionné par un boulanger du coin dans un moule d’antan et recouvert d’un produit spécial pour sa conservation. Même les tuyaux ont été repeints dans leur couleur initiale. Sans parler du véritable drapeau nazi qui donne la chair de poule. « Il n’est pas rare de voir un visiteur les larmes aux yeux, tant l’émotion est forte », glisse Christian.
Une salle de cinéma en préparation
Forcément, une telle minutie fait des envieux. « On arrive à faire deux heures de visite pendant que d’autres forts ouvrent quatre fois par an pour une heure », poursuit-il. Et si les visiteurs reviennent, c’est parce qu’ils savent qu’il trouvent à coup sûr des nouveautés. « On a toujours un tas d’idées », se réjouit Fabien. D’ailleurs pour la fin de l’année, les bénévoles espèrent ouvrir une salle de cinéma dans l’ouvrage militaire. Les travaux ont déjà commencé. « Nous allons créer un système avec un vieux projecteur qui diffusera des vidéos d’une dizaine de minutes. » Dans l’espoir de recevoir le Prince Albert II un jour, ils vous attendent nombreux, avec encore beaucoup d’autres d’anecdotes sous leurs bérets.
Electricité

Avec ses énormes moteurs Renault, la fabrique d’électricité était capable de produire de l’énergie de manière autonome. Pour l’anecdote, dans les années 1930, elle a permis de compenser la panne dans la ville de Roquebrune pendant quatre jours. Le fort était également équipé de réserves d’eau potable pour la cuisine et l’hygiène
et d’un système de ventilation.
Galerie

Lors des travaux en 1930, une galerie a été creusée pour évacuer les gravats à l’aide de chariots sur rails. Dans les autres forts, ces corridors sont généralement condamnés définitivement. « On est les seuls de la ligne Maginot à avoir une galerie comme celle-là. Elle a nécessité des mois de travail. Je la trouve magnifique », confie Eric
avec admiration.
Cuisine

En septembre 1944, peu de temps après le débarquement de Provence, les Allemands ont détruit la cuisine, l’usine de ventilation, une partie du bloc 2 et la totalité du bloc 3 (l’ouvrage étant composé de trois blocs de béton). Difficile à imaginer aujourd’hui, tant le travail de restauration et de reconstitution est précis… Jusqu’au menu du 14 juin 1940 inscrit à la craie sur l’ardoise : salade romaine, rôti gélinotte, pomme de terre au lard
et fruit du jour.
Chambres

24 hommes occupaient une chambrée. Sachant qu’elles étaient au
nombre de quatre, seuls 96 soldats pouvaient dormir simultanément.
« C’est le même principe que sur un navire », indique Christian.
Toilettes

Grâce aux témoignages d’anciens combattants, on sait qu’en temps de guerre, le papier toilette était rationné. Résultat : les soldats s’adonnaient au troc. Certains échangeaient quelques feuilles contre une cigarette.
Soins

Équipé d’une infirmerie avec un pèse-personne qui fonctionne encore, d’un cabinet dentaire et d’un bloc opératoire, le fort regorge de pièces inattendues. Mais pas de salle de bain. Un simple point d’eau nous rappelle que les conditions de vie des combattants restaient rudimentaires.
Solarium

Enfermés plusieurs mois sans voir la lumière du jour, les soldats passaient sous une lampe UV toutes les trois semaines pour faire le plein de vitamines D.
En atteste cette photo originale affichée à l’infirmerie.
Canaris

2 000 canaris étaient répartis dans la fortification. Ces petits oiseaux jaunes sont très sensibles aux émanations de gaz toxiques impossibles à détecter pour les hommes. Comme dans les mines de charbon, ils servaient d’alerte lorsqu’ils mouraient
ou s’évanouissaient.
Armes

Lance-grenades, mitrailleuses, mortiers… Un grand nombre d’armes de la Seconde Guerre mondiale est visible dans ce musée extraordinaire. Grâce à la précision
de son artillerie, le fort du Cap Martin a permis d’endiguer l’avancée
de l’armée italienne de Mussolini.
Pour visiter le fort :
1 allée Marie-Henriette, 06190 Roquebrune-Cap-Martin. Réservation : 04 93 35 62 87 (office d’animation touristique).
Tarifs :
Pour les adultes : 6 euros. Pour les enfants et étudiants : 3 euros. Gratuit pour les moins de 6 ans.
Horaires :
• Du 1er juin 2022 au 28 septembre inclus : mercredi et samedi à 14 h 30.
• Du 1er octobre au 29 octobre inclus : samedi à 14 h 30.
• Pour les journées européennes du patrimoine de 2022, samedi 17 et dimanche 18 septembre : deux visites par jour : une à 9 heures et une 14 h 30.
(1) La ligne Maginot est une série d’ouvrages fortifiés traçant une ligne de plus de 700 km du nord au sud, le long des frontières françaises, des Ardennes à la Côte d’Azur.
(2) Amicorf : Ami de la Commission d’organisation des régions fortifiées.
