Malgré leur attrait pour la Principauté, les Américains peinent à s’y établir, freinés par des obstacles liés aux contraintes administratives. Amberlake Partners, société de gestion basée à Monaco, facilite leur accès au système bancaire local depuis qu’elle a obtenu une licence des autorités américaines. Explications.
Si Monaco est perçu comme un havre pour les fortunes du monde entier, les Américains s’en tiennent souvent à jouer les touristes. Alors qu’ils ont un pouvoir d’achat le permettant, et un vrai attrait pour la Principauté, ils sont plutôt rares à acheter ici, ne serait-ce qu’une résidence secondaire. En 2023, sur les 38 367 résidents monégasques, seuls 449 étaient américains, ce qui fait des Etats-Unis la 12ème nationalité la plus représentée à Monaco, sur les 141 nationalités présentes. Pourquoi ? La réponse réside dans un mélange de contraintes fiscales et administratives.
Pour les Américains, ouvrir un compte à Monaco est très difficile
D’abord, les citoyens Américains sont soumis à l’une des fiscalités les plus complexes et rigoureuse du monde. Ils ne bénéficient pas des avantages fiscaux monégasques puisque leur fiscalité est liée à leur passeport et non à leur lieu de résidence. Ils restent redevables de l’impôt américain peu importe où ils vivent. Ainsi, ils n’ont pas autant d’intérêt que d’autres à s’expatrier. Mais surtout, le Foreign Account Tax Compliance Act (FATCA), adopté en 2010 pour lutter contre l’évasion fiscale, complique considérablement leur accès aux services bancaires. Ils doivent obligatoirement déclarer leurs comptes étrangers, et les banques ont l’obligation de transmettre certaines informations sur ces comptes à l’agence fiscale américaine. « Le système de reporting exigé pour les résidents américains est très contraignant, et toutes les banques ne sont pas équipées pour répondre à cette clientèle », nous expliquait Christian Miceli, associé gérant au sein de CM Monaco real estate.
« Les Américains s’étaient faits à l’idée que s’ils veulent acheter ici, c’est comptant »
« Les Américains qui veulent s’offrir une résidence ici connaissent ces problématiques. Ils savent qu’ils rencontreront des difficultés à ouvrir un compte ici et que, de fait, ils ne pourront pas non plus obtenir un financement sur place. Traditionnellement, ils se sont donc faits à l’idée que s’ils veulent acheter, c’est sans financement bancaire », explique Michael Fiorentini, co-fondateur de la société de gestion Amberlake Partners, située Boulevard des Moulins. L’acquisition d’une propriété en autofinancement présente plusieurs désavantages. D’abord, cette approche immobilise les liquidités injectées dans le bien immobilier, les rendant indisponibles pour d’autres opportunités d’investissement. De plus, ces liquidités doivent parfois être générées par la vente d’actifs financiers dans le pays d’origine, ce qui peut entraîner une taxation importante sur les plus-values réalisées. « C’est de l’argent qui dort, qui ne travaille pas. Cela va à l’encontre de la culture financière américaine traditionnelle », explique le dirigeant.

Une société monégasque avec la licence américaine
C’est justement sur ce créneau que s’est positionné Amberlake Partners. Si elle ne compte pas que des clients américains, cette société de gestion ouverte il y a presque quatre ans en a fait une spécialité en devenant la seule de la place monégasque à détenir une licence de la SEC (Securities and Exchange Commission), l’organisme américain de contrôle des marchés financiers. Une procédure qui a été complexe. « Nous avons dû solliciter différentes administrations monégasques, en coordination avec la SEC. La CCAF (1) et la CCIN (2) ont été d’un précieux soutien dans cette démarche », raconte Michael Fiorentini. Ce processus, à la fois complexe et coûteux, représente néanmoins un engagement stratégique. « C’est un investissement important », ajoute-t-il.
Une fois qu’ils ont un compte, ils peuvent aussi emprunter
Cette licence lui permet aujourd’hui de gérer les portefeuilles de clients américains avec fluidité et en conformité. En effet, pour les « US Persons », la loi impose que tout investissement réalisé sur recommandation soit supervisé par un conseiller en investissement agréé par la SEC.
Une fois qu’ils ont un compte à Monaco, l’accès à l’offre de financement de la banque devient possible. « Les taux pour un prêt hypothécaire sont actuellement supérieurs à 7 % par an aux Etats-Unis, alors lorsqu’on leur propose des taux autour de 4 %, ils sont ravis ! », explique Michael Fiorentini. « Nos banques partenaires sont aussi capables de refinancer. C’est-à-dire que si un client a déjà acheté un bien et découvre notre solution, nous pouvons l’accompagner dans la mise en place d’un prêt à posteri pour extraire des liquidités », précise-t-il.
L’Europe comme plan B ?
Le dirigeant estime que le contexte politique très clivé a renforcé l’intérêt des Américains pour l’Europe, qu’ils sont de plus en plus nombreux à considérer comme un plan B. « De nombreuses personnes ont des craintes quant à ce nouveau mandat et veulent avoir un point d’attache solide en Europe au cas où, avec un pied-à-terre, un compte bancaire européen et un patrimoine en euros », affirme-t-il. Faciliter l’accès à cette clientèle fortunée, encore peu développée aujourd’hui, aurait probablement des retombées significatives pour la Principauté, notamment en dynamisant le secteur immobilier.

