mercredi 15 avril 2026
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    Johanna Kohl :
    « A 24 ans, il avait les poumons d’un homme de 85 ans »

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    Parce qu’à travers ses mots, elle voulait que Mickaël aide d’autres jeunes, Johanna Kohl raconte dans un livre l’histoire de son frère décédé l’an dernier (1).

    Un parcours émaillé de difficultés à cause de son addiction à plus de 10 drogues différentes.

    C’est un ouvrage touchant écrit par une « grande sœur anéantie » qui a cherché à comprendre comment son petit frère avait pu en arriver là. « Tout ce que je raconte dans le livre, c’est tout ce que nous avons vécu ensemble. Si j’ai choisi de le faire parler lui, c’est parce que ses derniers mots ont été : « j’en ai marre d’aller d’échec en échec ». Il se sentait incapable, une personne qui ne servait à rien à cause de ses addictions. J’ai pensé qu’à travers ses mots, il pouvait aider. » Mickaël Kohl a perdu la vie le 12 septembre 2019. Et il n’a fallu que quelques mois à sa sœur, Johanna, pour retracer avec précisions son parcours. « Pour moi, c’est une manière de faire vivre mon frère. Il continue de vivre dans le cœur des gens, même si le sien s’est arrêté », nous explique-t-elle par téléphone.

    Première cigarette à 11 ans

    La vie de Mickaël a démarré en Alsace, dans un petit village où il grandit avec ses parents, son grand frère et sa grande sœur. Un cadre qui ne laisse pas présager un avenir sombre où les addictions aux drogues sont malheureusement vite apparues. « Sa première cigarette, il l’a fumée entre 11 et 12 ans. Il est tombé là-dedans pour faire comme les autres. Les autres ont vécu leur vie. Certains se sont détruits, beaucoup sont décédés. Il a vu des amis décéder. Il m’en parlait en plus, c’est ça le pire. Mais à ce moment-là, je n’avais aucune idée qu’il consommait et donc je ne pouvais pas lui répondre « est-ce que c’est ça que tu veux devenir ». Au final, il avait un tel mal-être, il broyait du noir à cause de ses addictions qu’il se sentait incapable de tout. »

    Mickaël Kohl © Photo DR

    « Seulement quelques semaines avant son décès, on regardait des photos ensemble de lui et moi à 16 ans. Il me disait qu’il aurait beaucoup aimé retourner à cette époque, qu’il y aurait tellement de choses qu’il ne referait pas. Il m’a fait comprendre que c’est à ce moment-là qu’il a testé les drogues dures »

    Drogues dures à 16 ans

    Comment le jeune Mickaël est passé de la petite cigarette au joint puis aux drogues dures ? « Dans nos villages, il y a toujours des petits jeunes qui jouent un peu les caïds, et je pense qu’avec ses copains, il a testé. On commence par un joint et après on fait d’autres rencontres, détaille la jeune femme. Ce sont aussi ces rencontres qui font que l’on peut devenir accroc à des substances. Des fois, il suffit d’une drogue et c’est fini. Il n’en avait probablement pas conscience à l’époque. » Au fil des souvenirs, Johanna se remémore bien quelques indices semés par ci par là par son frère. « Seulement quelques semaines avant son décès, on regardait des photos ensemble de lui et moi à 16 ans. Il me disait qu’il aurait beaucoup aimé retourner à cette époque, qu’il y aurait tellement de choses qu’il ne referait pas. Il m’a fait comprendre que c’est à ce moment-là qu’il a testé les drogues dures. »

    « Nous ne nous sommes aperçus de rien »

    Comme beaucoup d’autres, Mickaël a caché à son entourage les addictions qui le consumait de l’intérieur. « Quand on lui demandait si ça allait, il disait toujours que oui. Il avait toujours le sourire et me disait souvent « t’inquiètes sœurette, je gère ». Il ne montrait jamais aucune blessure ni souffrance. La seule chose qu’il disait, c’est qu’il voulait s’en sortir tout seul, et ne dire merci à personne. » La révélation de son addiction est très brutale pour sa famille. Ce n’est qu’en 2015, alors que Mickaël se retrouve entre la vie et la mort à l’hôpital suite à une overdose, qu’elle découvre le pot-aux-roses. « Nous nous sommes rendu compte qu’il était accro à plus de 10 drogues quand il est tombé dans le coma. On pensait qu’il fumait des clopes ou des joints, qu’il picolait des fois avec les copains. Mais jamais on ne s’est attendu à ça. Il avait le comportement d’un adolescent qui cache juste des choses à ses parents. Nous ne nous sommes aperçus de rien. »

    Johanna Kohl © Photo DR

    « Une personne accro a honte de ce qu’elle fait et de ce qu’elle est. Elle pense qu’elle n’y arrivera jamais. C’est ça l’erreur. Il faut l’encourager, être présent, lui signifier qu’elle va y arriver. »

    Pronostic vital engagé

    C’est un mois d’angoisse qui attend la famille. Le corps de Mickaël est extrêmement abimé. « C’est simple, à 24 ans, il avait les poumons d’un homme de 85 ans », résume Johanna. Qu’est-ce qui aurait pu les mettre sur la bonne piste ? « Certaines personnes vont grossir, vont avoir les mains très enflées. Pour mon frère, c’était la maigreur. Nous n’avons pas fait le rapprochement car il était obèse quand il était plus jeune et qu’il en souffrait beaucoup. On l’appelait le gros sac, on le dénigrait. C’est resté dans sa tête et il a voulu prendre soin de lui. On s’est juste dit qu’il faisait attention à sa ligne. » A seulement 24 ans, Mickaël ne sort pas indemne de cet épisode traumatisant où son pronostic vital était engagé. Il a pourtant la volonté de se reprendre en main. Sa famille sait désormais tout et le soutient.

    « Suicide à petit feu »

    Après son coma, il est suivi par un addictologue qui lui prescrit un traitement de substitution. « Mais ses anciennes fréquentations ne le lâchaient pas. Nous voulions le faire déménager, l’expatrier complètement de là où il était. Mais pour ces personnes, cela représentait un consommateur en moins », comprend Johanna. La famille donne franchement de sa personne. « Ma mère le voyait tous les jours. On ne prévenait pas quand on venait. Il est arrivé deux fois que je me retrouve face à un comportement suspect de mon frère. J’ai viré immédiatement les personnes qui étaient chez lui. » Si la jeune femme compare la consommation de drogues à « un suicide à petit feu », elle appelle carrément les dealers « des vendeurs de mort imminente ». Des mots très forts. « C’est vraiment ce que je pense. Pour moi, les dealers s’enrichissent sur la mort des gens. Pour avoir de l’effet, le consommateur va de plus en plus augmenter les doses, il va se ruiner, s’endetter, va voler, va mentir pour automatiquement obtenir sa dose. Il suffit d’une fois pour que ce soit l’overdose. Pour moi, c’est un suicide à petit feu. »

    Cure de désintoxication

    Face à des addictions aussi fortes, ce n’est pas seulement le consommateur qui est impacté. La famille, les proches, se sentent démunis et culpabilisent de n’avoir rien vu. « On est tous les jours avec lui, on lui parle tous les jours et on ne remarque rien. On se pose la question : « comment c’est possible ». » A postériori, Johanna se forge une autre conviction. « Il a eu du mal à démarrer dans la vie en tant qu’adulte, il n’avait pas les codes. Même s’il voulait s’en sortir, il n’avait pas la maturité de le faire. Cette maturité, il ne l’a seulement eue il n’y a qu’un an, juste avant sa mort. Il savait que nous étions derrière lui, qu’on ne le lâcherait pas. De lui-même, il avait fait la démarche de demander de l’aide. Il aurait dû partir en cure de désintoxication à la rentrée 2019. »

    « Oser dire non »

    Mickaël n’en aura pas le temps. Mais ce témoignage cherche à montrer que décrocher de ses addictions est possible. Aux jeunes qui consomment ou seraient tentés de le faire, Johanna livre ses conseils : « Oser dire non. Certaines personnes ont le mental de juste essayer mais certaines drogues ne permettent pas d’arrêter d’un coup. Il ne faut pas avoir honte et oser demander conseil aux parents ». Ses paroles s’adressent aussi aux familles qui se sentent impuissantes et démunies face à ces situations dramatiques. « Il ne faut jamais lâcher, toujours être derrière. Une personne accro a honte de ce qu’elle fait et de ce qu’elle est. Elle pense qu’elle n’y arrivera jamais. C’est ça l’erreur. Il faut l’encourager, être présent, lui signifier qu’elle va y arriver. Dans ma famille, nous regrettons de ne pas avoir fait plus, mais à un moment donné, on se sentait impuissant », réalise Johanna.

    « Ça peut arriver à n’importe qui »

    Ce livre a déjà réussi, par le simple effet de bouche à oreille, à toucher quelques jeunes et leurs familles. Publiée en auto-édition, Johanna Kohl reste à la recherche d’un éditeur professionnel. Elle aimerait aussi voir ce livre adapté en téléfilm pour toucher un plus large public. Sans prétention, Johanna espère avant tout que l’ouvrage poursuivra son chemin. « A chaque personne qui lit son histoire, il m’était important de montrer qu’on peut être toxicomane, mais que l’on reste une personne. Et ce n’est pas pour autant que l’on est moins bien qu’une autre personne. C’est juste que l’on a besoin de plus d’aide. Ça peut arriver à n’importe qui. »

    + d’infos : (1) Loin du noir, je cherche la lumière. Loin du noir vers un nouvel horizon. Auto-édition. 176 pages. Johanna Kohl. 2020. Disponible en version Kindle sur Amazon. Contact : Page Facebook de Johanna Kohl.

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