Le bilan du mois d’avril, mai et juin 2020 a été annoncé par l’Imsee. Englobant à la fois un mois complet de confinement et une reprise progressive de l’activité, selon les secteurs, il confirme un repli du chiffre d’affaires global de la Principauté, des pertes d’emplois, et dévoile les secteurs les plus touchés.
C’était un diagnostic aussi attendu que redouté. Le 18 septembre, l’habituel bulletin de l’économie, réalisé et édité par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee), était l’un des pires que le pays ait connu depuis la création de ce document. Mais aussi un élément objectif pour à la fois quantifier l’impact de cette période inédite pour l’économie locale mais aussi envisager des plans de relance ciblés. Dans le détail, les statisticiens de l’Imsee ont recensé les pertes enregistrées pendant et après le confinement entre les mois d’avril, mai et juin. Ainsi découvre-t-on les gagnants et les perdants de la Covid-19.
Les indicateurs à la baisse
Le premier d’entre eux est le chiffre d’affaires global de la Principauté, hors activités financières et d’assurance, qui recule de près d’un milliard d’euros en un an, avec -12,9 %. Et retrouve son niveau de 2016. La balance commerciale, représentant la différence entre les exportations et les importations de biens et services, a, elle aussi, beaucoup évolué. « La diminution des achats (-51 %) est plus marquée que celle des ventes (-37 %). Le déficit de la balance commerciale, hors France, diminue donc mécaniquement. Hors Union européenne, si la Suisse reste notre premier client, c’est la Chine qui devient notre premier fournisseur. En effet, les importations helvétiques ont diminué de 92 % alors que les chinoises ont augmenté de 50 %. Il est à noter également que les importations en provenance des États-Unis ont doublé », est-il souligné. Durant cette période, l’Imsee note une évolution « positive » des actifs sous gestion. « Sur le deuxième trimestre de l’année 2020, une collecte de l’ordre d’un milliard d’euros, conjuguée à l’impact positif des effets de marché et de change permet d’afficher une augmentation du montant des actifs sous gestion (+1,3 %) sur la période. » Cela est dû en partie à « une nette augmentation du montant des crédits octroyés (+8,3 %) ». D’autre part, l’institut statistique relève un montant des dépôts en progression de 3,1 %.

« Avec la fermeture des établissements de la mi-mars à la fin mai, l’activité hôtelière affiche ce semestre une baisse du taux d’occupation de 41 % par rapport à celui de l’année précédente. La fréquentation a fortement diminué dans toutes les catégories d’hôtels de la Principauté »
Emploi privé en berne
Un sérieux coup a été donné à l’emploi dans le secteur privé qui ne cessait de croitre ces derniers mois. Il est dénombré 50 481 emplois en juin, ce qui correspond à une baisse de 13,8 % par rapport à juin 2019. « Toutefois, la fin de la période du confinement à partir du 4 mai et les réouvertures d’établissements ont permis une résurgence de l’activité en principauté. Ainsi, après la chute brutale constatée entre mars et avril 2020, les indicateurs d’emploi n’ont cessé d’augmenter depuis le mois d’avril. Ils restent malgré tout inférieurs par rapport aux résultats observés au deuxième trimestre 2019. » Le nombre d’heures travaillées s’élève à près de 38 millions sur le premier semestre 2020 (-18,6 % par rapport à 2019). Le nombre d’employeurs, lui, qui a atteint les 5 991 à la fin du semestre, a varié de la même façon que les emplois : il est en constante augmentation depuis le mois d’avril mais reste plus bas qu’à la même période en 2019 (en baisse de 2,7 %). D’autre part, les créations d’établissements sont en forte baisse. « Cette chute atteint même -54 % entre mars et mai », indique l’Imsee. Le nombre de radiations au premier semestre recule également avec 208 radiations contre 268 en 2019. Au final, le solde se contracte nettement à +126 en 2020 contre +196 en 2019.
Les gagnants
Pour examiner les secteurs qui ont le mieux résisté à cette période délicate, il faut observer le chiffre d’affaires. Celui des activités scientifiques et techniques, services administratifs et de soutien progresse fortement de +354 millions d’euros soit +37,5 %. L’appui du chiffre d’affaires des autres activités spécialisées à +587 millions d’euros – soit +873,1 % – n’y est pas étranger. La construction a aussi tiré son épingle du jeu puisque son chiffre d’affaires augmente « légèrement » à +19 millions d’euros soit +2,1 %. « Seuls deux grands secteurs d’activité sur douze – les activités financières et d’assurance et la construction – ont par ailleurs dépassé leur niveau du deuxième trimestre 2019 en termes d’emplois salariés », met en exergue l’Imsee. D’autre part, le commerce de détail en magasin non spécialisé, comme l’alimentation générale ou les supérettes et supermarchés, progresse de +2,1 %. Du côté de l’immobilier, le marché des reventes est stable par rapport à l’année dernière avec 193 transactions. Pour autant, il recule de 8,9 % en valeur. « Au premier semestre 2019, sept villas ou immeubles ont été vendus alors qu’en 2020, trois transactions ont eu lieu sur ce type de bien. Ceci explique en grande partie la baisse du montant global des transactions », ajoute l’Imsee.
Les perdants
Comme il fallait s’y attendre, le choc a été bien plus rude pour d’autres secteurs d’activité. Touchées de plein fouet, les agences de voyages ont accusé une énorme baisse de leur chiffre d’affaires avec – 80 millions d’euros soit – 65,1 %. Le chiffre d’affaires des activités des sièges sociaux pâtit aussi de la situation avec – 60 millions d’euros soit -24,6 %. Parmi le podium des secteurs les plus impactés, on notera celui du commerce de gros, dont le chiffre d’affaires « qui représentait près du tiers de celui de la Principauté » recule fortement à – 441 millions d’euros soit -19,4 %. Et ce, « en raison principalement de la baisse des intermédiaires du commerce de gros en machines, équipements industriels, navires et avions ». L’hébergement et la restauration est également un des secteurs les plus frappés. « En effet, son chiffre d’affaires diminue de près de 60 % (-230 M€). » C’est aussi le secteur qui est le plus touché par la perte d’emplois depuis la fin du premier trimestre avec -36,4 % par rapport au deuxième trimestre 2019. Le rebond du nombre de ses effectif en juin 2019 limite légèrement le choc.
L’hôtellerie souffre…
« Avec la fermeture des établissements de la mi-mars à la fin mai, l’activité hôtelière affiche ce semestre une baisse du taux d’occupation de 41 % par rapport à celui de l’année précédente. La fréquentation a fortement diminué dans toutes les catégories d’hôtels de la Principauté. » Le chiffre à retenir étant de – 64,3 % d’occupation de chambre exprimée en nuitée. « Après l’arrêt de l’activité pendant les mois d’avril et de mai, on observe une faible reprise au mois de juin, qui reste très en dessous du niveau de 2019 », fait savoir l’Imsee. Évidemment, c’est parce que le nombre d’arrivées de personnes a été très diminuée que l’on observe de tels chiffres. La part de clients de l’Union européenne est en hausse (+13,5 %) mais « la durée moyenne de séjour est légèrement plus faible à la fin de ce deuxième trimestre ». Enfin, le commerce de détail se retrouve (-180 M€ soit -23,8 %) pénalisé par les résultats des autres commerces de détail en magasin spécialisé, comme l’habillement ou les bijouteries et le commerce automobile.
avant le trafic aérien qui s’effondre
La liste des diminutions touche le chiffre d’affaires des autres activités de services (-176 M€ soit -46,7 %) « en raison de la baisse des activités sportives, récréatives et de loisirs, de l’organisation de jeux de hasard et d’argent et des activités créatives, artistiques et de spectacle ». L’industrie fait partie de ce lot avec – 96 millions d’euros, soit -23,1 % à cause de « la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique et de l’industrie chimique ». Du côté des transports, la fermeture des ports de la Principauté au mois de mars et l’accueil suspendu des bateaux de croisière a diminué de manière considérable le nombre de croisiéristes en principauté. « Ainsi, ce premier semestre, une seule escale a pu avoir lieu au mois de janvier, avec 1 105 passagers. » Hécatombe pour le trafic aérien qui affiche « une baisse conséquente » du nombre de mouvements (-69,6 %) ainsi que du nombre de passagers (-72,7 %) par rapport à 2019. « Au mois d’avril, seuls 33 vols sont enregistrés contre 2 411 en 2019. » Ce sont les vols commerciaux et privés qui s’effondrent littéralement avec -98,5 % et -96,9 %. « La tendance est similaire au mois de mai (-95,2 % par rapport à l’année précédente). Au mois de juin, le trafic croît modérément mais reste très dégradé (-80,7 %). »
Les chiffres clés
- -12,9 % : En pourcentage la baisse du chiffre d’affaires de la Principauté à la fin juin 2020, hors activités financières et d’assurance. Il recule de 914,4 millions d’euros par rapport à 2019
- -230 millions d’euros : le montant du chiffre d’affaires perdu d’une année à l’autre pour l’hôtellerie/ restauration
- 8 099 emplois : à fin juin 2020, c’est le nombre d’emplois en moins par rapport à juin 2019 (-13,8 %) dans le secteur privé. Attention, ces chiffres statistiques sont bien sûr à mettre en relation avec le fait que le trimestre étudié a été marqué par un confinement total puis une reprise partielle d’activités
- -165 millions : le montant du déficit inscrit au prochain vote du budget rectificatif
- 307 salariés : le nombre d’emploi concerné par les plans sociaux induit par la crise économique lié à la Covid-19 à Monaco touchant 25 sociétés à fin septembre 2020
- 10 019 passagers : le nombre de voyageurs qui ont pris un hélicoptère à Monaco. En baisse de 72,7 % par rapport à 2019 (36 644)
- 33 vols : le nombre de vols enregistrés au mois d’avril, contre 2 411 en 2019
- 1 escale de croisière : le premier semestre 2020 n’aura connu qu’une seule escale en janvier contenant 1 105 passagers
