ECONOMIE / Alors que les plans sociaux se poursuivent chez Théramex et Mécaplast, l’inquiétude gagne l’ensemble du secteur industriel monégasque qui se sent plus que jamais menacé.
Bizarrement, le président du groupement des entreprises industrielles de transformation (GEIT), Rodolphe Berlin, ne semble pas paniqué : « On est dans la continuité de 2006-2007. » Pour cet expert, si le nombre d’entreprises du secteur industriel est en chute libre (voir tableau), il n’y a pas eu de réelle accélération de ce mouvement. Avec 156 entreprises en 1987, puis 54 en 2010, soit une baisse de plus de 72 %, les chiffres font pourtant peur. « Ce qu’il se passe, c’est que Théramex et Mécaplast sont deux entreprises en difficulté très connues en principauté. Ce qui frappe davantage les esprits », estime Berlin.
« Rachat »
En ajoutant les plans sociaux prévus chez Théramex et Mécaplast, on arrive à un total de 155 licenciements. Deux entreprises qui réduisent leurs effectifs pour des raisons très différentes.
Créée en 1954, Théramex est spécialisée dans la santé de la femme et la gynécologie et emploie 160 salariés à Monaco. Même si cette entreprise gagne de l’argent, 84 salariés vont être licenciés. Les premiers départs auront lieu début 2013, avec un étalement des départs jusqu’en milieu d’année. Pire, un deuxième plan social est prévu. Il concernera les secteurs finance, achat, logistique et informatique. « Une décision sera prise dans le courant du second semestre 2013. Ce plan a été annoncé le 18 septembre. Mais rien n’a été affiné depuis. Ce plan sera évalué au cours de l’année 2013 » a confirmé à L’Obs’ le président et administrateur délégué de Théramex depuis 2008, Christophe Hubert. Donc, pour l’instant, le nombre de salariés concernés par ce second plan social n’est pas connu.
« Les salariés n’ont pas démérité. Il s’agit d’une logique d’entreprise, pas d’une sanction liée à de mauvais résultats financiers. Le site monégasque n’enregistre aucune perte financière. Cette réorganisation est uniquement liée au rachat de Théramex par Teva en 2010. Et pas à une logique boursière, économique ou financière », affirme Christophe Hubert.

ses autorisations de mises sur le marché et à rester fabricant de ses produits. » Un salarié de Théramex. © Photo L’Obs.
Délais
Une décision incompréhensible pour les salariés qui n’ont pas hésité à descendre dans la rue le 24 octobre. « A qui on fait plaisir dans cette affaire si ça n’est pas aux actionnaires ? », s’interroge un salarié de Théramex.
En tout cas, le 26 octobre, les salariés ont refusé de signer le protocole d’accord du plan social. Mais ce plan sera pourtant validé par la direction du travail dans un délai de 30 jours, conformément à la loi monégasque. « Il y a eu plus de 15 réunions d’une demi-journée avec les représentants sociaux, raconte Chrisophe Hubert. Donc on a beaucoup échangé pour répondre à toutes les questions. »
De leur côté, les salariés ont obtenu quelques avancées. Notamment quelques mois d’indemnités supplémentaires, des primes de retour rapide à l’emploi et une aide à la création d’entreprise avec un remboursement maximum des frais à hauteur de 20 000 euros. « Les indemnités de licenciements vont au-delà de ce qui est prévu à Monaco, selon l’âge et l’ancienneté des salariés. Parce que le but, c’est de ne laisser personne seul. Et que tout le monde puisse penser à son projet professionnel, explique Hubert, sans donner de chiffres précis. Ensuite, chaque salarié se verra proposer par le cabinet Altedia au moins deux offres valables d’emplois près de Monaco ou dans le sud de la France. Cet accompagnement durera 12 ou 18 mois. »
« Lyon »
Déçus que les négociations ne se poursuivent pas, les salariés sont en colère : « C’est un énorme gâchis à la fois humain et en termes d’images. Car Théramex bénéficiait d’une très belle image auprès de ses clients. » Avec des salariés qui affichent une moyenne de 16 ans d’ancienneté, et donc une culture d’entreprise souvent quasi-réduite à Théramex, pas facile de rebondir ailleurs. Surtout que le secteur pharmaceutique n’est pas très développé dans la région. Ce qui poussera les ex-Théramex à déménager loin des Alpes-Maritimes. « Il faut aller au moins à Lyon où les labos sont assez développés. Mais encore faut-il trouver un emploi. A ce jour, presque personne n’a trouvé un autre poste. » Quant aux 13 propositions de reclassements, quelques-uns auraient accepté selon Christophe Hubert sans communiquer de nombre précis. « Partir en Hollande ou en Angleterre, ce n’est pas facile. Avec en plus le sentiment qu’on n’était pas attendu les bras ouverts… », raconte un salarié.
« Transition »
« Aujourd’hui, aucune transition n’est assurée. Personne ne reprend les dossiers des salariés licenciés. Ce qui pousse certains à se demander à quoi ils servaient réellement… Psychologiquement, c’est assez dérangeant. Et en termes d’organisation, ou plutôt de désorganisation, c’est tout de même très étonnant… », ironise un employé. Après ces deux plans sociaux, Théramex devrait réduire ses effectifs de 162 salariés à seulement 50 ou 60. Pour mémoire, en 2007, cette entreprise réalisait 103 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 241 salariés à Monaco. « Toute la matière grise de Théramex quitte Monaco », soupire un salarié.
Reste à savoir si Théramex a encore un avenir en principauté. « Théramex va rester à Monaco, mais dans une configuration différente, jure Christophe Hubert. Puisqu’après ces deux plans sociaux, il restera ici la recherche et le développement qui concerne une trentaine de salariés. Le reste de l’activité en principauté concernera les flux logistiques et commerciaux. Les centres de décisions sont ailleurs dans le groupe Teva. Mais Théramex conserve la gestion de ses produits en alimentant l’ensemble des filiales de Teva ou d’autres tiers dans le monde. » Et lorsqu’on insiste, en expliquant que les salariés ont de gros doutes sur les intentions de Théramex, Christophe Hubert confirme : « Il y a un intérêt à rester à Monaco. C’est simplement une réorganisation du groupe Teva. C’est ce que j’ai expliqué au conseiller aux affaires sociales, Stéphane Valeri. »
PSA
Chez Mécaplast, la logique est différente, mais le résultat est le même. 71 salariés vont quitter cet équipementier automobile. Lancé en 1955 par Charles Manni, Mécaplast qui emploie 438 salariés en principauté, est touché de plein fouet par la crise dans le secteur automobile. « Les ventes automobiles en France ont baissé de 26 %, souligne le DRH de Mécaplast, Maurice de Raco. Fiat va mal. PSA va mal. Or, PSA pèse près de 35 % de notre chiffre d’affaires. Donc comme ils vont mal, ça nous impacte. »
Du coup, une restructuration concernant 136 postes a été décidée le 2 octobre. Mécaplast Monaco emploie 158 salariés dans son usine de production. Des salariés qui ne sont pas concernés par ce plan social. En revanche, les 280 salariés des services généraux et du bureau d’étude sont touchés. « On change de fonctionnement pour gagner en efficacité. Ce qui implique 71 suppressions de postes et la création de 46 postes », explique de Raco. « On va travailler désormais avec un système organisé autour de business units, c’est-à-dire des sortes de petites entreprises indépendantes. Du coup, les services centraux et supports deviennent inutile », souligne Michel Canu, délégué du personnel, tout en affirmant qu’entre janvier 2011 et septembre 2012, une centaine de départs volontaires ont déjà été enregistrés dans les services centraux de Mécaplast Monaco.
« Efforts »
Des licenciements annoncés début octobre qui n’ont pas vraiment surpris les salariés, comme le confirme Canu : « L’arrivée du nouveau directeur général, Pierre Boulet, en mai 2012 a coïncidé avec une recherche d’économies. Donc on a pressenti des licenciements. Surtout que la direction a été déplacée de Monaco à Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine. Symboliquement, on a ressenti ça comme une perte d’importance et d’influence. » Une émotion confirmée par le DRH de Mécaplast : « Il y a eu un moment d’émotion. Charles Manni, notre président fondateur connait tout le monde à Monaco. Jusqu’à présent nos plans sociaux n’avaient jamais concerné le siège en principauté. » De l’émotion et pas mal d’incompréhensions aussi chez les salariés : « On nous a dit que l’entreprise perdait 3 millions d’euros par mois. Mais c’est injuste que le site de Monaco paie plus cher qu’ailleurs, alors qu’on a toujours travaillé 39 heures, sans RTT. De plus, le site monégasque ne perd pas d’argent. Du coup, les salariés ont ressenti ces licenciements comme une sanction injuste. »
Résultat, le 12 octobre, une centaine de salariés sur les 238 du site monégasque ont débrayé pendant que les délégués du personnel étaient reçus par le conseiller pour les affaires sociales, Stéphane Valeri qui a promis « des efforts importants » pour les accompagner. « Après ces discussions avec le gouvernement, on s’attendait aussi au pire, car la direction aurait pu se braquer, raconte Michel Canu, délégué du personnel. Finalement, la direction de Mécaplast a continué à dialoguer. »
Coût
En attendant, les départs volontaires ont commencé début novembre. Et ce plan social doit être terminé d’ici juillet 2013. Mais entre le 22 novembre et début janvier, beaucoup de salariés auront déjà quitté la principauté. Si Maurice de Raco refuse de donner le coût exact de ce plan social, il admet qu’il se chiffre « en millions d’euros. » Et les discussions ne sont pas simples. « Début novembre, on nous proposait 1/5ème de salaire mensuel par année d’ancienneté. Donc 10 ans d’ancienneté égalent 2 mois de salaire. Ce qui est très faible. On avait demandé l’équivalent d’un mois de salaire par année d’ancienneté. En partant d’un salaire moyen. Ce qui a été refusé », raconte Michel Canu.
« Marchés »
Le 23 octobre, un plan social a aussi été lancé en France sur les services centraux et les centres techniques. Aujourd’hui, c’est donc l’ensemble du groupe qui est touché. Et ça n’est pas fini. Puisque sur les mêmes services, l’étranger est aussi concerné : Chine, Brésil, Mexique, Inde, Turquie, Espagne, Italie, Angleterre et en Allemagne, le seul pays où il n’y a pas de production mais seulement un bureau d’étude et des commerciaux.
Pourtant, personne ne veut croire à une disparition de Mécaplast. « Il faut rester vigilant sur les 2 ans à venir. Monaco est spécialisé dans l’intérieur des véhicules. Donc il faudra voir si des marchés peuvent être décrochés dans ce laps de temps », estime Canu. Alors que Maurice de Raco est clair : « Aujourd’hui, une fermeture de Mécaplast à Monaco ne fait pas partie de notre réflexion. »
« Surfaces »
Mais au-delà de ces deux entreprises, aujourd’hui, c’est tout le secteur industriel qui s’inquiète. D’après Monaco en chiffres, en 2011, le secteur industriel générait un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros. Et ce n’est rien par rapport au début des années 1950, où l’industrie représentait un tiers de l’activité commerciale de la principauté. Laboratoires pharmaceutiques, produits de beauté, parfums, plastiques… De grands noms sont à Monaco. Comme Lancaster ou les laboratoires Asepta par exemple.
A la fin des années 1960, le rythme de création de nouvelles industries s’effondre. La faute aux nouveaux accords fiscaux, mais aussi déjà au manque de surfaces. Sans oublier la question des déplacements qui se pose également. Il faut attendre les années 1980 pour voir Monaco enregistrer ses premières délocalisations. En principauté depuis 1965, les laboratoires Welcome partent s’installer à Sophia-Antipolis en 1987. « Ils ne trouvaient pas assez de surfaces en principauté, raconte Rodolphe Berlin. Comme aujourd’hui les entreprises installées en France délocalisent, ces ex-entreprises monégasques suivent le mouvement. Et quand une entreprise quitte Monaco ce n’est plus pour la France mais pour d’autres pays. Notamment en Tunisie, un pays qui a déjà attiré des entreprises comme Plascopar ou Formaplast. »
Politique
Depuis les années 1980, les fermetures se sont donc multipliées. La conserverie d’anchois la Monégasque créée en principauté en 1942, puis Chimifar, La Tyrolienne, Cosmetic Laboratories, Difan, les laboratoires Dulcis qui était un labo de la taille de Théramex… Les exemples sont nombreux.
A quelques mois des élections, le sujet est devenu politique. L’élu Union des Monégasques (UDM), Guillaume Rose, qui a reçu les salariés de Mécaplast s’est questionné sur la logique de ce plan. Tout en craignant une possible fermeture du site. Mais aussi d’autres industries. Alors que le président UDM du conseil national, Jean-François Robillon, s’est inquiété d’une subvention de 19 millions d’euros versées par l’Etat à Mécaplast. Interrogé par L’Obs’, le ministre d’Etat, Michel Roger préfère être clair : « Les 19 millions d’euros inscrits au budget 2012 ne sont pas de l’argent frais injecté aujourd’hui dans cette entreprise. Mais plutôt la nécessaire prise d’acte comptable que l’argent qui avait été apporté en son temps par l’Etat ne sera vraisemblablement pas récupéré. Et que le provisionnement de ces créances s’imposait si l’on veut que les comptes publics reflètent la réalité. »
« Mutation »
Mais ce qui inquiète les élus, ce sont bien sûr les conséquences de ces licenciements. « Dans ce contexte, comment atteindre les objectifs de croissance de l’emploi annoncés par le gouvernement ? Comment envisager que Monaco connaisse une croissance de l’emploi de 2,5 % par an pendant 40 ans si le secteur industriel connaît des difficultés telles que des délocalisations sont envisagées ? » se demande Robillon, qui attend des réponses de la part du gouvernement : « Quel rôle l’Etat entend-il jouer à long terme vis-à-vis du secteur industriel ? Le secteur industriel sera-t-il conservé en l’état, avec les mêmes industries ? Des réponses, des engagements et des décisions sur l’avenir de ce secteur devront rapidement être prises, car nous ne pouvons ni éluder ni reporter un tel débat de fond. »
Du côté d’Horizon Monaco, Philippe Clérissi et Laurent Nouvion estiment qu’il faut conserver le secteur industriel en principauté. Tout en proposant la création d’une ruche tertiaire à Fontvieille et d’un pôle économique de pointe, composé de petites industries de pointe : « Ca serait viable, en accompagnant aussi avec beaucoup de bienveillance les grosses entités, comme Single Buoys, pour qu’elles continuent à se développer en principauté. » Pour ces deux élus, le gouvernement n’a pas « envisagé la mutation industrielle dans sa globalité, il reste réactif alors qu’il devrait être proactif. Si la principauté veut coûte que coûte préserver le secteur industriel il faut proposer la baisse des charges et le plateau industriel à des prix préférentiels, il faut aussi que l’Etat Monégasque investisse dans de nouveaux locaux adaptés à la conjoncture internationale. »
Coût
Comme en France, c’est aussi le coût du travail qui pousse les entreprises à quitter la principauté. Car il est plus intéressant de faire fabriquer à l’extérieur de Monaco. « Les petits salaires coûtent plus cher en principauté qu’en France, par rapport à un certain nombre de dégrèvements décidés en France et qui n’existent pas chez nous. Résultat, il est plus intéressant d’avoir une industrie en France avec des salariés payés au Smic plutôt qu’à Monaco. Surtout qu’en plus du coût du travail, il y a le coût des loyers à assumer en principauté », explique Rodolphe Berlin. Alors que pour les grands groupes internationaux, l’intérêt d’une présence à Monaco se dilue encore : « Pour ces grands groupes, les intérêts fiscaux ne suffisent pas à compenser les surcoûts liés à une implantation en principauté », ajoute Berlin. Mais ce n’est pas tout. Comme Monaco n’a pas signé le traité de Rome, cela pose des problèmes pour obtenir des agréments dans des métiers comme les cosmétiques, les transports ou l’alimentaire par exemple. « On n’est pas Français et on n’est pas non plus Européen. Du coup, c’est parfois compliqué », raconte Berlin. Ce qui pourrait pousser certaines entreprises de ce secteur à quitter la principauté si ce handicap n’est pas résolu. Alerté par le GEIT, le gouvernement serait en plein travail sur cette question.
Avenir
Pourtant, la principauté garde de vrais avantages. Notamment « une vraie paix sociale, malgré ce que dit la fédération patronale. Ensuite il y a aussi une image de marque intéressante avec un poids grâce au « made in Monaco » qui pèse encore », estime le président du GEIT. Quant au gouvernement, il a réagi aux licenciements chez Mécaplast (voir interview du ministre d’Etat, Michel Roger dans ce dossier). « Il faut accompagner au mieux les entreprises qui souffrent pour qu’elles restent. Car sur les 10 dernières années, il n’y a pas eu d’installation industrielle réussie à Monaco » rappelle Berlin.
Reste à savoir si une entreprise installée à Monaco peut encore être rentable. Pour Rodolphe Berlin, la réponse est oui : « Surtout si cette entreprise est locataire dans des locaux qui appartiennent à l’Etat, donc avec un loyer raisonnable. Mais il faut aussi que cette entreprise ne fasse pas appel à une main d’œuvre peu qualifiée, sinon elle ne sera pas compétitive par rapport à la France. »
Du coup, à court terme, l’avenir de l’industrie à Monaco ne semble pas menacé pour la plupart des experts interrogés par L’Obs’. En revanche, à moyen terme, c’est moins sûr. D’ailleurs, une évolution se dessine déjà. Au GEIT, on a déjà une idée assez précise : « On peut imaginer qu’on conservera à Monaco les centres de décision pour certains, les laboratoires de recherches et d’analyses pour d’autres. Et que les petites industries resteront aussi. Mais pas l’industrie lourde. »
_Raphaël Brun
« Un véritable drame »
Le secrétaire général du syndicat des chimiques plastiques, Jean-François Guidi, réagit aux plans sociaux qui se multiplient dans le secteur de l’industrie à Monaco.
Le secteur industriel à Monaco est condamné ?
Nous n’avons pas de boule de cristal pour savoir si le secteur industriel est dans sa dernière ligne droite… Mais en effet rien ne semble très positif pour l’avenir.
Pourtant le gouvernement essaie de rassurer ?
Malgré les bonnes paroles du gouvernement, il suffit de lire le livre blanc « Monaco 2029 » pour voir qu’à Monaco l’objectif est d’arriver à avoir une très forte valeur ajoutée par m2. Ce qui exclut donc de fait les salariés à faible valeur ajoutée. Il faut aussi reprendre le plan d’occupation des sols de Fontvieille pour s’apercevoir que les seuls sols industriels restants sont concentrés sur l’ouest, sur la rue du Gabian et la rue de l’industrie. Pour continuer son essor et son développement Monaco a besoin de continuer à créer des emplois, de préférence à haute valeur ajoutée. Pour cela, il à besoin de surface. Or, l’industrie est un gros utilisateur de surfaces.
Les 155 licenciements chez Théramex et Mecaplast étaient prévisibles ?
Au niveau de Théramex, les plans sociaux se succèdent depuis 2005. Donc il était malheureusement prévisible que cela continue. Pour Mecaplast c’est un peu différent, mais cela correspond aux logiques industrielles actuelles. Ce qui est regrettable, c’est que la famille créatrice de l’entreprise est en train de laisser au fur et à mesure la main à de grands groupes qui ont des projets de rachat et qui ont pour seule politique le profit.
Comment a évolué le secteur industriel à Monaco sur les 20 dernières années ?
Il suffit de voir les chiffres publiés dans Monaco en chiffre. Moins de salariés chaque année, contrairement au chiffre d’affaires qui lui augmente inlassablement. C’est particulièrement frappant sur les derniers chiffres de l’IMSEE concernant l’évolution entre 2010 et 2011.
Des exemples ?
Le nombre de salariés qui est passé de 2 933 à 2 695, soit une perte de 238 emplois, soit une chute de – 8,1 %. Alors que dans le même temps le chiffre d’affaires passe de 887 millions d’euros à plus d’un milliard, soit une progression de +25,9 % ! Avec des secteurs comme la métallurgie qui a un chiffre d’affaires par salarié qui passe de 298 598 euros à 623 061 euros, soit 108,7 % de productivité !
Comment en est-on arrivé là ?
Difficile de trouver une seule cause. Mais à notre avis, ces dernières années rien n’a vraiment été fait pour retenir les industries mais aussi pour les obliger à rendre des comptes sur les aides qu’ils ont pu percevoir.
Un exemple ?
Dernière en date, les aides accordées à Mecaplast, alors que dans le même temps cette entreprise construisait une usine en Serbie. Une usine d’ailleurs inaugurée en grande pompe en avril dernier en présence d’un représentant du gouvernement.
Il y a un problème de fond ?
En règle générale, les grosses industries sont petit à petit cédées à de grands groupes. Et contrairement à ce qui est annoncé par le patronat, l’absence d’obligations relatives au plan social ouvre d’énormes opportunités pour les entreprises multinationales.
Les conséquences ?
Elles profitent de ces situations pour licencier ou fermer, selon ce qui est le plus intéressant. Il y a quelques années le gouvernement monégasque a accompagné des entrepreneurs en Tunisie. Par la suite, il y a beaucoup d’entreprises qui ont transféré leurs activités de l’autre côté de la Méditerranée. Les aides pour les loyers industriels ont été plafonnées et bon nombre de grosses entreprises ont diminué leurs surfaces.
D’autres entreprises sont menacées ?
A ce rythme là, toutes à plus ou moins long terme. Certaines voix laissent entendre qu’il faudrait transformer Fontvieille en zone d’activité tertiaire et qu’une industrie pour rester à Monaco doit être à très haute valeur ajoutée. Les Monégasques dirigeants d’industrie sont de moins en moins nombreux : du coup, ils n’ont plus comme ambition première l’essor de leur pays et le partage de la valeur ajoutée.
L’action du gouvernement est suffisante ?
Certes le gouvernement semble en ce moment à l’écoute, mais les aides annoncées dans la presse ne sont pas des nouveautés. En tout état de cause, nous n’avons aucune garantie que le gouvernement souhaite vraiment conserver une industrie à Monaco.
Pour le futur, Monaco a vraiment intérêt à conserver un secteur industriel ?
Le secteur industriel est le seul créateur de vraies richesses. Contrairement au monde de la finance, qui est dans le virtuel, il ne peut se délocaliser aussi facilement d’un seul clic sur un ordinateur. Tous les pays européens reconnaissent leurs erreurs passées et souhaitent relocaliser l’industrie. Il est urgent de tout mettre en œuvre pour sauver ce secteur qui garantit l’économie du pays.
Une industrie en principauté peut encore être rentable ?
Qui dit que l’industrie à Monaco n’est pas rentable ? Quels sont les vrais chiffres ? Quel est le vrai coût du travail par rapport au chiffre d’affaires ? Et aux avantages liés à la fiscalité de la principauté ? Rien que le nom « Monaco » fait rêver et fait vendre. Mais il faut s’en donner les moyens. Il est toujours bon de rappeler que l’industrie fait partie des 5 piliers qui ont créé la richesse de Monaco.
A ce rythme, la fin totale de l’industrie à Monaco, c’est pour quand ?
Seule une volonté politique peut freiner ou arrêter ce déclin. Mais si demain rien n’est fait, le secteur industriel disparaîtra. La fin totale de l’industrie à Monaco serait terrible pour la principauté, mais aussi un véritable drame pour tous les salariés qui se sont investis depuis de nombreuses années dans ce secteur. Des centaines de personnes ont construit leur vie autour de leur usine. Pour beaucoup, il y a un véritable attachement. Mais tous sont dans une entière précarité en attendant l’annonce de leur nom au prochain plan social.
Comment protéger ces salariés ?
Le gouvernement doit prendre toutes les mesures pour protéger ces salariés et leur permettre de retrouver dans les meilleures conditions un nouvel emploi. La possibilité de s’inscrire à la main d’œuvre ne suffit pas. Beaucoup vont devoir se reconvertir professionnellement et ils ont besoin d’être accompagnés. A ce titre, le syndicat réclame depuis de nombreuses années un accord encadrant les plans sociaux mais qui a jusqu’ici toujours trouvé le refus catégorique du patronat. Les salariés attendent un signe fort du gouvernement !
_Propos recueillis par Raphaël Brun

« Pas de fatalité »
Le président de la fédération patronale monégasque (FPM), Philippe Ortelli, appelle à se battre en faveur du secteur industriel à Monaco.
Le secteur industriel à Monaco est condamné ?
Rien n’est écrit à l’avance. Ne jouons pas les Cassandre. Au contraire, je suis convaincu qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il faut se battre pour préserver le tissu industriel monégasque.
Les 155 licenciements chez Théramex et Mecaplast étaient prévisibles ?
Oui, car de nombreux signes avant-coureurs ont laissé entrevoir que l’on en arriverait là pour des conditions différentes. Au vu de la conjoncture économique actuelle, c’est d’abord regrettable pour les salariés qui vont perdre leur emploi. C’est également dommage pour l’économie monégasque, car la TVA générée par les activités de ces entreprises, si nécessaire au budget de l’Etat, sera perdue.
Comment a évolué le secteur industriel à Monaco sur les 20 dernières années ?
Si on remonte aux années 50, le secteur industriel était alors florissant et représentait un tiers de l’activité commerciale du pays. La construction dans les années 60 du quartier de Fontvieille a ensuite permis d’attirer des fleurons de l’industrie, comme Lancaster, Biotherm, les laboratoires Asepta, Mecaplast, Borgwarner ou encore Silvatrim…
Et ensuite ?
Peu à peu, la situation a commencé à se dégrader, notamment à cause du manque de mètres carrés et de locaux adaptés. À partir de 1980 jusqu’au début des années 1990, la série des délocalisations a débuté. D’abord avec le laboratoire Welcome, puis avec la conserverie La Monégasque qui a délocalisé vers la France et le Maroc. D’autres ont ensuite suivi.
La crise a eu quel effet ?
La crise de 2008-2009 a frappé, même si le secteur a globalement bien résisté en ce qui concerne le maintien des emplois. Plus globalement, au-delà de la situation conjoncturelle, si l’industrie a connu une évolution difficile ces dernières années, c’est aussi parce que ses besoins n’ont pas suffisamment été pris en compte.
Un exemple ?
Pour Sofamo-Biotherm par exemple, le départ de cette entreprise résulte malheureusement d’une gestion inappropriée du dossier par la puissance publique et de la mise en place de contraintes réglementaires et sécuritaires allant au-delà du tolérable qui ont généré une augmentation des charges fixes de l’usine. Ce qui a fait grimper le coût unitaire des produits. Et qui a ensuite amené Sofamo-Biotherm à cesser sa production à Monaco et à la rapatrier en France dans une autre usine où elle pouvait mieux amortir les frais fixes…
Comment on est arrivé là ?
Les industries monégasques ont été et sont confrontées à certaines contraintes. La production dans une usine nécessite par exemple que les flux de matières premières et de produits finis soient maîtrisés. Or, l’accès routier à Fontvieille, quartier industriel par excellence, est devenu très difficile en 15 ans, alors que les clients des industries basées à Monaco ont demandé de plus en plus une production à flux tendu.
D’autres problèmes ?
Autre exemple concret d’entrave à leur activité : les difficultés de certaines entreprises pour accéder aux marchés de l’Union européenne (UE) en termes de normes ou d’aides. La bonne productivité des usines monégasques ne peut plus seule suffire à compenser les surcoûts d’une implantation à Monaco, surtout si le gouvernement n’a pas été à l’écoute des dossiers.
Les conséquences ?
Tous ces éléments et bien d’autres ont amené les industriels à prendre les mesures qui s’imposaient. Les suppressions d’emplois sont encore une fois à déplorer, mais ce n’est ni la faute des industriels soumis à la concurrence mondiale et à la pression de leur clients, ni celle des salariés des usines. D’ailleurs, ces derniers nous disent souvent préférer gagner moins mais conserver leurs emplois sur le long-terme, plutôt que de recevoir plus pendant quelques temps, puis voir leurs usines fermer ses portes.
D’autres entreprises sont menacées ?
Oui, si leurs besoins et leurs problématiques ne sont pas pris à bras-le-corps. L’industrie est l’un des piliers de l’économie monégasque. Nous ne pouvons pas cautionner qu’il soit abandonné pour des raisons idéologiques tenant au droit du travail ou à des perceptions ou intérêts personnels.
Comment vous réagissez à l’action du gouvernement dans ce dossier ?
Il ne nous appartient pas de juger l’action du gouvernement en la matière. Toutefois, vu la crise qui touche l’Europe, et compte tenu du fait que même en Allemagne le nombre de chômeurs est en progression, nous devons être très prudents sur les conséquences de toute décision hasardeuse impliquant les industries à Monaco. Sans oublier que tout licenciement économique est avant tout un drame humain…
Monaco a vraiment intérêt à conserver un secteur industriel ?
Oui, c’est indispensable. Dès le 20ème siècle, Monaco a bâti son succès économique sur une économie diversifiée basée sur cinq secteurs piliers : l’immobilier et le BTP, les banques-activités financières, le commerce de gros et de détail, l’industrie et l’hôtellerie-tourisme de luxe. On mesure aujourd’hui la sagacité de ce choix stratégique : plus de 3 200 entreprises sur un territoire de 2 km2 et un secteur privé qui, en 2011, a fourni de l’emploi à plus de 46 000 salariés, faisant de Monaco le premier bassin d’emploi des Alpes-Maritimes. La diversification de l’économie, c’est aussi ce qui permet à notre économie de mieux résister aux crises et aux cycles économiques de s’équilibrer.
C’est-à-dire ?
Quand un secteur se porte moins bien, les autres peuvent le compenser. C’est d’ailleurs ce qui a permis à notre économie de continuer à progresser. Enfin et surtout, les industriels contribuent au bon fonctionnement de l’économie monégasque en termes de loyers, de création de valeur ajoutée pour le compte de partage, de reversement de la TVA et de charges sociales, et fournissent de l’emploi à plus de 3 500 salariés, intérimaires compris.
Une industrie en principauté peut encore être rentable ?
Je crois en l’avenir de l’industrie monégasque. Des entreprises comme Borgwarner sont compétitives par rapport aux pays de l’Est. Ou encore des entreprises comme Sacome & Conti qui produit à Monaco, en sous-traitant peu en Tunisie, et qui vend des machines à café industrielles dans le monde entier, y compris en Chine, à hauteur d’un conteneur par mois. Ce qui prouve qu’il est possible de produire dans notre pays.
Et à part ces deux entreprises ?
Je pense aussi à des entreprises à haute valeur ajoutée comme Invensys, qui emploie 85 salariés. Cette entreprise fabrique à Monaco des pièces pour les principaux constructeurs électroménagers ensuite vendues dans le monde entier. Invensys met tout en œuvre, malgré le coût élevé des loyers en principauté, pour donner de la rentabilité à l’usine en allant chercher de nouveaux marchés pour accroître ses ventes. Tour en réduisant, dans la mesure du possible, les coûts associés.
D’autres exemples ?
Il y a aussi des entreprises de pointe comme Atoms, qui conçoit des produits sur-mesure dans les domaines ferroviaire, aéronautique et militaire, et qui dispose d’un véritable savoir-faire. D’ailleurs, même si une petite partie de leur production est sous-traitée en Tunisie notamment l’assemblage pour le ferroviaire, le câblage pour l’aéronautique et le militaire, leur volonté est bel et bien de conserver les « cerveaux » à Monaco. C’est-à-dire l’étude, la conception des prototypes, la finition et le contrôle.
Donc vous n’avez aucun doute ?
Je suis convaincu qu’une usine installée dans notre pays peut être rentable à condition que tous les efforts nécessaires soient faits. L’Allemagne l’a d’ailleurs fait, l’Autriche aussi, même si ce sont surtout des petites PME gérées de façon familiale et plus durable. Tout peut marcher si on respecte les industriels, que l’on écoute leurs besoins et leurs problématiques. Alors nous y arriverons, comme les Allemands !
_Propos recueillis par Raphaël Brun

« La situation de l’industrie se dégrade partout »
Sans nier la gravité de la situation, le ministre d’Etat, Michel Roger, ne croit pas à une disparition totale du secteur industriel monégasque à moyen terme.
Votre réaction suite aux 155 licenciements dans le secteur industriel chez Théramex et Mecaplast ?
A propos de ces deux procédures de licenciement en cours, il faut avant tout noter que les motivations sont tout à fait différentes pour ces deux entreprises. En effet, pour Théramex il s’agit d’une mesure de restructuration stratégique effectuée par un groupe international qui fait suite au rachat de Théramex.
Et pour Mécaplast ?
A contrario pour Mécaplast, il s’agit de difficultés structurelles liées à la crise dans le domaine de la sous-traitance du secteur de l’automobile. Le gouvernement princier ne peut bien évidemment que regretter toute suppression d’emploi en principauté. Et le conseiller de gouvernement pour les affaires sociales et la santé, qui a rencontré les dirigeants des deux groupes concernés, leur a demandé de tout mettre en œuvre à l’avenir pour conserver les emplois à Monaco.
Mais certains salariés de ces deux entreprises craignent une disparition de leurs entreprises ?
Force est de constater que, depuis plusieurs années, les plans sociaux se succèdent concernant ces deux entreprises, dont l’une a été vendue par son créateur et a changé plusieurs fois de mains depuis cette vente initiale. Quant à l’autre entreprise, elle est restée sous le contrôle de la famille des fondateurs. Mais au-delà du contrôle de ces entreprises, les problématiques sont très différentes. Bien entendu, le gouvernement est sensible à la détresse et aux inquiétudes des salariés. C’est la raison pour laquelle nous avons d’ores et déjà pris des mesures d’accompagnement.
Quelles mesures a pris le gouvernement pour ces deux entreprises ?
Aucune mesure particulière n’a été prise pour la société Théramex, qui n’est pas en difficulté financière. Pour Mécaplast, dont la situation est différente comme nous venons de le démontrer, l’Etat a engagé des mesures d’accompagnement et de soutien depuis 2008, pour permettre notamment à cette entreprise de poursuivre une politique de redressement.
Et pour les salariés ?
Par ailleurs, le gouvernement a décidé que tous les salariés concernés par les mesures de licenciement collectif pourront, par dérogation, et après la rupture de leur contrat de travail, s’inscrire auprès du service de l’emploi, afin de faciliter leur recherche d’un nouvel emploi en principauté. Enfin, le service de l’emploi travaillera de concert avec les cellules de reclassement mises en place dans le cadre des plans de licenciement.
Les aides pour Mécaplast, avec 19 millions d’euros inscrits au budget rectificatif 2012, sont utilisées de quelle manière ?
Comme le gouvernement a eu l’occasion de le préciser devant le conseil national, l’histoire a démontré qu’il n’est pas de bonne politique que l’Etat injecte de l’argent public dans des entreprises industrielles en difficulté. Surtout lorsque les erreurs de gestion qui ont conduit à ces crises ou les situations de difficultés de marchés deviennent systémiques.
Ces 19 millions ont été injectés dans Mécaplast ?
Il faut dissiper tout malentendu : les 19 millions d’euros inscrits au budget 2012 ne sont pas de l’argent frais injecté aujourd’hui dans cette entreprise. Mais plutôt la nécessaire prise d’acte comptable que l’argent qui avait été apporté en son temps par l’Etat ne sera vraisemblablement pas récupéré. Et que le provisionnement de ces créances s’imposait si l’on veut que les comptes publics reflètent la réalité.
Ces aides ont permis de sauver des emplois en principauté ?
Les mesures de chômage technique prises en 2009 et 2010 ont concerné de nombreux salariés. En 2009, 15 entreprises ont été concernées, représentant 81 377 heures, pour une aide de l’Etat s’élevant à 354 767 euros. En 2010, 8 entreprises ont été concernées, représentant 17 952 heures, pour une aide de l’Etat s’élevant à 79 114 euros. Enfin pour 2011, une seule entreprise a été concernée, représentant 1 328 heures, pour une aide de l’Etat s’élevant à 5 976 euros. Aucune statistique ne permet précisément d’évaluer le nombre d’emplois sauvés définitivement.
Et pour 2012 ?
Pour 2012, à ce jour, aucune demande n’a été enregistrée.
Pourquoi le premier plan social proposé par la direction de Mécaplast n’a pas été validé par la direction du travail ?
Le plan de Mécaplast est en cours de négociation avec les délégués du personnel. Il s’agit donc d’une période de concertation entre les représentants des salariés et leur direction. Le rôle de l’inspection du travail consiste à s’assurer du respect des dispositions de l’avenant numéro 12 à la convention collective nationale du travail, du respect des priorités d’emploi, à l’occasion des suppressions de postes ou de leur attribution et du respect des autres conditions conventionnelles liées au secteur professionnel. Comme les préavis, les indemnités… Le premier plan n’a pas été validé par l’inspection du travail, car il n’apportait pas toutes les précisions demandées.
C’est vraiment le rôle de l’Etat de secourir des entreprises du secteur privé ?
Dans le passé, l’Etat monégasque était venu au secours de Mécaplast, essentiellement dans l’espoir de préserver ainsi des emplois. Malheureusement, ce ne fut le cas que pour une courte période. Mais nous suivons de près ce dossier au côté des autorités françaises, afin que la restructuration permette de sauver ce qui peut encore l’être.
Ça représente beaucoup d’argent ?
Ces financements avaient été consentis en 2008 et 2009. Il s’agissait, à hauteur de 10 millions d’euros, d’une garantie de paiement à première demande consentie sur un prêt accordé par la banque HSBC. De plus, un prêt de 3 millions d’euros, remboursable en une seule fois, a ensuite été accordé, à la suite de l’exercice par la compagnie monégasque de banque (CMB) en juillet 2009 d’une garantie concédée par l’Etat en décembre 2008. Enfin, en octobre 2009 un prêt de 9,3 millions d’euros dans le cadre du dispositif d’aide France et Monaco a été consenti : à ce jour, le résiduel est de 5,9 millions d’euros. Mais les remboursements et les intérêts ne sont plus honorés depuis le mois de juin de cette année. Toutes ces mesures avaient été en leurs temps soumises à la commission de placement des fonds et validées.
Le gouvernement souhaite encore la présence d’un secteur industriel fort à Monaco ?
La présence d’un secteur industriel significatif en principauté présente des avantages à plusieurs égards. D’abord pour les caisses sociales, car ces entreprises représentent beaucoup d’heures travaillées. Ce qui a un impact positif sur l’équilibre de notre système de prévoyance.
D’autres raisons ?
Ensuite, en matière fiscale puisque, sous réserve de la structuration de leurs achats et de leurs ventes, ces entreprises peuvent avoir une influence positive sur le compte de partage de la TVA, ainsi qu’en matière d’impôt sur les bénéfices. Pour ces raisons, l’Etat s’attache à accompagner les entreprises industrielles existantes dans leurs mutations. L’esprit d’entreprise, l’expérience et les savoir-faire, mais aussi la créativité des chefs d’entreprises industrielles et de leurs collaborateurs ont permis, dans une majorité de cas, l’adaptation de ces industries aux contraintes d’espace, grâce à des prouesses en matière d’ergonomie et de gestion des flux en matière logistique.
Mais la FPM et l’USM dénoncent depuis longtemps trop de freins pour l’industrie ?
En économie il n’y a pas de pensée unique, il y a simplement une réalité unique. Il est évident pour tous les observateurs, qui regardent vers l’avenir, que depuis près de 20 ans la situation de l’industrie se dégrade partout en Europe. C’est une conséquence de la mondialisation et nous n’y pouvons rien. Cependant, la principauté a su faire preuve de volontarisme en aidant les entreprises, qui le souhaitaient, à s’adapter aux nouvelles conditions du marché.
Cette mondialisation condamne le secteur industriel monégasque ?
Le gouvernement est convaincu que si nous continuons à faire évoluer notre économie nous pourrons tirer le meilleur parti de cette mondialisation. Notre petite taille donne à nos entreprises les plus dynamiques la chance de la réactivité. C’est à elles d’en tirer parti. L’Etat est à leur écoute quotidienne pour les accompagner.
L’Etat facilite l’implantation et le travail de ces entreprises ?
Des efforts considérables ont été entrepris depuis plusieurs années pour faciliter la tâche des entrepreneurs. Mais jamais le gouvernement ne traitera avec légèreté les contraintes environnementales ou de sécurité. La catastrophe d’AZF en France, présente dans toutes les mémoires, devrait faire comprendre à chacun qu’on ne doit pas brader ces questions.
Contraintes de sécurité, primes de loyer trop plafonnées, lourdeurs administratives, manque de m2, pollution… Ce sont des freins impossibles à lever pour Monaco ?
Depuis près de deux ans, la direction de l’expansion économique est engagée dans une logique de simplification des procédures, avec la mise en place de nouveaux canevas de dossiers de création, de raccourcissement des délais et la mise en place d’un « workflow » simplifiant considérablement et accélérant les procédures de traitement des dossiers entre les services administratifs concernés.
Et pour le manque de m2 ?
Si on trouve des surfaces industrielles disponibles, on doit paradoxalement noter un manque de m2 pour des superficies importantes de 1500 à 2500 m2 d’un seul tenant, capables de répondre aux besoins des entreprises industrielles monégasques familiales et anciennes, nécessitant une re-localisation ou un développement de leur production.
Et pour les plus petites surfaces ?
Il existe par ailleurs des surfaces « moyennes » de 400 à 850 m2 disponibles, ne répondant pas à des besoins exprimés de surfaces petites à moyennes, de 150 à 300 m2, dans le domaine industriel ou artisanal manufacturier.
A moyen terme, les ateliers de fabrication installés en principauté, auront totalement disparu de Monaco ?
On peut raisonnablement espérer que ce ne sera pas le cas. Toutefois, Monaco n’échappera pas à la tendance européenne en la matière, qui ne construit pas l’avenir économique des pays avec l’activité industrielle comme moteur prioritaire.
L’industrie monégasque n’est plus compétitive face aux pays où la main d’œuvre est à bas coûts ?
Il ne faut pas nous le cacher : l’industrie monégasque va continuer de subir une concurrence croissante de la part de pays qui offrent une organisation du travail plus compétitive, puisque souvent beaucoup moins respectueuse des droits des salariés auxquels la législation sociale monégasque est attachée.
L’origine de cette concurrence ?
Cette concurrence est principalement le résultat de l’ouverture du marché européen vers l’Est durant les années 1990-2000, ainsi que de la négociation d’accords internationaux qui ont facilité l’ouverture de l’Europe à la concurrence extra européenne. Beaucoup d’observateurs avaient considéré cette ouverture du marché européen comme précipitée. Mais il faut reconnaître qu’à moins de remettre en cause notre modèle social, les entreprises industrielles monégasques et de la principauté se trouvent quelque-part pénalisées par rapport à ces situations exogènes.
Le fonds monégasque à l’innovation, créé en 1998 avec un budget de 4 millions, est une solution alternative ?
Le fonds monégasque à l’innovation est destiné à soutenir financièrement les entreprises monégasques qui mènent un projet technologique et aboutissant à un produit, un procédé ou un « process » à caractère innovant. Il consiste en la prise en charge d’au maximum 50 % de l’enveloppe de dépenses éligibles retenues dans le cadre du projet à mener à bien. Les financements sont mis en place soit sous forme de subvention plafonnée, soit sous forme d’avance remboursable plafonnée.
Et ça marche ?
Depuis l’origine du fonds, en 1998, 28 entreprises ont bénéficié de ce dispositif, dont 14 du secteur industriel. Depuis 2009, 17 dossiers ont été validés et jusqu’au premier semestre 2012. Depuis la mise en place de ce dispositif 41 projets ont été financés à 87 % en montant sous forme d’avances remboursables, l’Etat ayant précisément doté ce fonds de 4 035 734,90 euros depuis l’origine.
Comment dresser un bilan ?
Le bilan de ce fonds peut se mesurer au taux de remboursement par les entreprises des avances qui leur ont été consenties : pour les 9 premiers dossiers terminés et intégralement soldés, de 1998 à 2002, ce taux est de 93 %.
Les entreprises issues des NTIC vont définitivement remplacer le secteur industriel ?
Si l’on note depuis quelques années une diversification des secteurs d’activité concernés par les financements du fonds monégasque à l’innovation, les entreprises industrielles conservent en montant la part prépondérante des projets financés au titre de ce fonds, s’agissant d’un outil essentiellement destiné à financer des projets à caractère technologique. Au vu de cet indicateur, on ne peut donc pas parler d’un remplacement du secteur industriel par celui des NTIC, ni d’une condamnation du secteur industriel.
L’industrie qui est gourmande en m2 a encore sa place dans le Monaco de demain ?
Les activités industrielles font traditionnellement partie de la diversité du tissu économique monégasque, preuve en est l’ancienneté de la plupart d’entre elles. Il s’agit d’un secteur « qui compte », en particulier en terme d’emplois. Toutefois, il est illusoire d’imaginer l’implantation d’activités industrielles fortement manufacturières en principauté dans les années à venir, l’exiguïté du territoire et les contraintes environnementales étant à elles seules dissuasives à cet égard.
D’autres industries sont menacées en principauté ?
Il serait périlleux de vouloir ici « prédire » l’avenir. Le gouvernement s’attache à suivre l’évolution du secteur, notamment avec les rapports trimestriels de l’IMSEE sur l’activité économique de la principauté, et à assurer la corrélation de sa politique et des mesures d’accompagnement qui sont mises en œuvre.
_Propos recueillis par Raphaël Brun

