L’historien de l’art et directeur de musées, Björn Dahlström, succèdera à Marie-Claude Beaud à la tête du Nouveau Musée National de Monaco le 1er avril 2021. Portrait signé l’Obs.
Il est né à Casablanca et a grandi au Maroc, avec son père suédois. La conception de l’art de Björn Dahlström s’est donc forgée au gré de mondes plutôt parallèles. A 45 ans, il s’apprête à relever un nouveau challenge professionnel en prenant les manettes du Nouveau Musée National de Monaco (NMNM). En remplacement de son actuelle directrice Marie-Claude Beaud, qui met ainsi un terme à son activité professionnelle. Un déchirement pour celle qui a relancé l’entité culturelle en 2009 en partant de pas grand-chose. Le 17 juin dernier, c’est aussi elle qui a officiellement présenté son successeur. Proposée par la Princesse Caroline de Hanovre, sa nomination a été actée par le Prince Albert II. On imagine aisément qui a soufflé le nom de cet historien de l’art, formé à l’École du Louvre de Paris, et qui a créé et dirigé plusieurs musées durant sa carrière. « J’ai accepté le poste parce que je connais bien la maison, parce que c’est Marie-Claude et que nous sommes en phase en termes de programmation. Elle propose un travail d’exigence et j’ai toujours trouvé ses expositions très intéressantes. Et puis, je m’y suis senti désiré. Donc je sais que je vais pouvoir m’exprimer et m’épanouir dans ce cadre professionnel », sourit Björn Dahlström.
Biennale de Venise
En 2000, alors qu’ils travaillent à l’inventaire de la collection de l’artiste Bob Wilson aux États-Unis, c’est le coup de foudre professionnel entre Beaud et Dahlström. « Ce n’est pas un hasard », ressent ce dernier. Marie-Claude Beaud dirige le musée d’art moderne du Luxembourg. Elle souhaite qu’il le rejoigne pour organiser la préfiguration et programmation de ce Mudam prêt à ouvrir en 2006. La collaboration est fructueuse. Elle mène le duo vers une victoire notable lors de la 50ème Biennale de Venise en 2003. Ils sont les commissaires et curateurs de l’exposition Air Conditioned de l’artiste Su-Mei Tse qui reçoit le Lion d’or de la meilleure participation nationale pour le Luxembourg. Le parcours de Björn Dahlström se tourne ensuite vers le monde de la mode. L’équipementier Puma souhaite être accompagné dans sa nouvelle politique internationale de mécénat en faveur de l’art contemporain en Afrique. Ce qui aboutira à la création par Jochen Zeitz du Zeitz Mocaa – Museum of Contemporary Art Africa à Cap Town en Afrique du Sud. En 2010, c’est le retour, à 35 ans, sur ses terres natales marocaines. Le Jardin Majorelle de Pierre Bergé le sollicite pour assurer la création du musée Berbère à Marrakech. Il en devient le conservateur pendant neuf ans.

« J’ai accepté le poste parce que je connais bien la maison, parce que c’est Marie-Claude et que nous sommes en phase en termes de programmation »
Décloisonnement des disciplines artistiques
Durant ce laps de temps, avec Pierre Bergé et Madison Cox, ils assurent la maitrise d’ouvrage du musée Yves Saint-Laurent de Marrakech. Dahlström en prendra la direction à son ouverture en 2017. A partir de 2019, il assure aussi celle du musée du même nom mais à Paris. Pas étonnant, dès lors, que ses orientations le guident vers la mode, la botanique ou encore l’ethnographie. « J’envisagerais bien des collaborations avec des collègues d’ici », indique-t-il déjà. Lui-même fruit d’un métissage, le futur directeur du NMNM plaide pour un décloisonnement de l’art. « Aujourd’hui, c’est une évidence. Mais quand Marie-Claude l’a initié, on n’en parlait pas du tout. A mes yeux, un scénographe peut être un plasticien ou un designer. Les disciplines artistiques volent en éclat et bousculent les codes », souligne-t-il. Il faudra donc s’attendre à un peu de fraîcheur avec son arrivée. « A un moment donné, il est peut-être intéressant d’expérimenter une autre façon de partager avec le public. Et pour cela, l’accrochage est fondamental. Car vous créez un dialogue et un discours entre le public et l’artiste », encourage Dahlström.
Héritier de Marie-Claude Beaud
L’historien de l’art compte aussi mettre la Méditerranée en vedette. « J’ai vécu dans plusieurs pays, cela m’a poursuivi et servi aussi. L’influence de la Méditerranée a toujours été importante », revendique-t-il. Raison qui le pousse à vouloir valoriser tout ce que ce bassin a apporté en termes de civilisation. « Je veux montrer à Monaco ce qu’il y a ailleurs mais aussi montrer Monaco à cet ailleurs. » Se désignant lui-même comme l’un des héritiers de Marie-Claude Beaud – « je suis très heureux de me revendiquer de l’école de Marie-Claude » — Dahlström compte mettre à profit ses compétences d’imagination de projet, d’investissement de lieu et de gestion d’équipe. « J’ai bien conscience qu’il s’agit d’un moment particulier pour Marie-Claude, et les équipes du musée. J’essaierai d’apporter un regard différent et vivant sur le patrimoine de Monaco. Au moment d’une pandémie mondiale, je crois enfin à l’importance de l’accueil du public et je poursuivrais toutes les initiatives initiées en ce sens par mon prédécesseur. »
