Depuis le 2 juin, en raison de la crise sanitaire, il faut donner son nom, son prénom, et son numéro de téléphone pour manger au restaurant à Monaco. Au-delà de la régulation de la clientèle, cette réservation obligatoire et cette collecte de données personnelles des clients, a un autre objectif, plus sanitaire, que les autorités monégasques n’ont toutefois pas expliqué au grand public : pouvoir être contacté et informé si une personne détectée positive au Covid-19 était présente dans l’établissement ou en terrasse. Ces données personnelles sont conservées durant 14 jours par les restaurateurs, puis détruites.
On pensait que la réservation obligatoire dans les restaurants à Monaco en donnant son identité et son numéro de téléphone, était destinée à réguler la clientèle, et à éviter notamment qu’une file d’attente ne se forme devant les établissements… C’est effectivement le cas, mais pas que. Cette démarche a également une toute autre utilité, plus sanitaire, mais que les autorités monégasques n’ont étonnamment pas pris le soin de préciser et d’expliquer au grand public… Donner son identité et son numéro de téléphone sert aussi aux autorités sanitaires à savoir qui était présent dans l’établissement si un cas positif au Covid-19 est détecté. Le but est de pouvoir ensuite retracer , contacter et informer les personnes présentes dans l’établissement. « Cette réservation permet de prendre le numéro de téléphone et l’identité des clients, de les conserver par le restaurant jusqu’à 14 jours (date d’incubation du virus, NDLR) afin de détecter un éventuel cluster », nous mentionne-t-on. Voilà pourquoi, lorsque vous vous présentez dans un restaurant ayant des places libres et sans avoir réservé, on peut vous demander aussi de remplir une fiche dans laquelle il faut décliner son nom, son prénom, son numéro de téléphone, ainsi que la date du jour. « Il est vrai que présenter un document à un client pour qu’il remplisse son nom, son prénom, son numéro de téléphone et la date du jour peut paraître étrange , mais comme beaucoup de choses que l’on fait actuellement en raison de cette crise. Et l’objectif est uniquement sanitaire», nous indique-t-on .
Les restaurateurs doivent expliquer pourquoi aux clients
Sauf que, du côté des restaurateurs, certains se sentent assez mal à l’aise vis-à-vis de ce protocole sanitaire qui leur a été imposé, et qui n’a pas été largement communiqué et expliqué par les autorités officielles au grand public. « Chaque client qui rentre dans le restaurant doit effectivement donner son identité et son numéro de téléphone, et c’est au membre du personnel d’expliquer pourquoi, regrette un restaurateur. C’est également compliqué car le client qui vient consommer à Monaco n’est pas forcément originaire d’ici. Il y a beaucoup de travailleurs extérieurs par exemple qui connaissent le protocole sanitaire français, mais pas celui monégasque, qui est très différent. » Des restaurateurs sont donc chagrinés que le gouvernement n’ait pas clairement expliqué à la population que cette collecte de données fait partie du protocole sanitaire monégasque, et que cela n’est pas une de leur initiative…
Ces données sont collectées puis détruites
Autre point délicat que ce sujet pose : l’exploitation de ces données personnelles. Que vont-elles devenir ? Vont-elles servir aussi, au-delà du cadre purement sanitaire, à des fins publicitaires ou commerciales par les restaurateurs ou autres personnes y ayant accès ? Du côté du ministère d’Etat, on nous indique que même avant la crise, lorsqu’on réservait un restaurant, il nous était souvent demandé notre nom et numéro de téléphone. « Même avant cette crise, les restaurateurs, avec ces données, faisaient déjà de le promotion numérique de leurs établissements en envoyant des SMS, par exemple. Cela existe déjà, nous explique-t-on. Le but de cette démarche est de savoir qui est présent dans l’établissement ce jour-là, si un cas positif est détecté. C’est la raison première. Ces données sont collectées par les restaurateurs dans un carnet pendant 14 jours et ensuite détruites. Il n’est pas question qu’elles soient exploitées pour d’autres biais. » Du côté du ministère d’Etat, on estime en tout cas que ce protocole imposé aux restaurateurs ne rentre pas dans le cadre de la CCIN (1) et de la réglementation des données et on affirme que cette démarche n’a pas vocation à durer dans le temps.
La Suisse a fait marche arrière
Monaco n’est pas le seul pays à avoir appliqué ce protocole sanitaire dans les restaurants. La collecte de données a également été mise en place en Allemagne. En revanche, la Suisse a abandonné cette idée. En effet, l’obligation faite aux restaurateurs de relever l’identité et les coordonnées de leurs clients a provoqué un vif émoi au sein de la branche : « Au-delà du temps que cela allait prendre au personnel de service, un certain nombre de propriétaires et de gérants d’établissements de restauration ont émis des réserves techniques et juridiques : le personnel est-il habilité à exiger ces données personnelles de la part des clients? Comment stocker ces données pour des entreprises dont ce n’est pas l’activité habituelle? Comment garantir aux clients la sécurité de ces données? », peut-on lire sur le site bilan.ch .
(1) Commission de contrôle des informations nominatives
