Monaco a décidé de tester massivement sa population et ses salariés pendulaires via des tests sérologiques rapides. A quoi sert véritablement ce dépistage à grande échelle ? Pourquoi ont-ils été aussi tardifs ? Et sont-ils véritablement utiles ? Selon la Haute Autorité de Santé en France, ces tests ont, certes, une place dans la surveillance épidémiologique, et dans l’identification des personnes étant ou ayant été en contact avec le virus, « mais pas pour identifier les personnes potentiellement protégées contre le virus »
La Principauté de Monaco s’est lancée dans un “testing” de grande ampleur. Tous les résidents monégasques et tous les salariés frontaliers volontaires, ont eu — ou auront — la possibilité de de procéder à un test sérologique pour savoir s’ils ont été, ou non, en contact avec le Covid-19 (1). « Soit potentiellement 90 000 personnes. Le test est sur la base du volontariat. Ce n’est pas douloureux, et ce n’est pas invasif. Il est totalement gratuit. L’Etat prend tout en charge », assure le conseiller-ministre aux Affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger. Avec quel outil ce test sanguin est-il alors effectué ? La Principauté a retenu les TROD : Tests Rapides d’orientation diagnostique. Le mode opératoire est simple : un prélèvement de sang est effectué au bout du doigt, et le résultat est révélé 10 minutes après. Les tests sérologiques indiquent alors si vous avez été en contact avec le virus en mettant en évidence la présence d’anticorps.
Connaître le statut sérologique et rassurer la population
Mais quel est l’objectif réel de ce test à grande échelle ? Il s’agit avant tout de faire une enquête de séroprévalence du Covid-19. En clair, savoir comment le virus a circulé au sein de la population monégasque, et quel pourcentage des résidents est concerné par le virus. « Nous voulons connaître et suivre le statut sérologique de la population. Savoir ce qui s’est passé ou ce qui se passe en Principauté par rapport à cette épidémie. L’autre objectif est de rassurer. Ce n’est pas un paramètre médical mais psychologique. Nous nous posons tous cette question de savoir si j’ai été, si nos parents, ou nos enfants ont été asymptomatiques. S’ils ont croisé le virus ou pas, et s’ils ont développé des anticorps. Notre rôle c’est d’y répondre », a indiqué Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Problème : ce test sérologique rapide a ses limites. Certes, il vous indique si vous avez été en contact avec la maladie, mais il ne dit pas si vous êtes contagieux, ni à quel moment de la maladie vous vous trouvez. Pour le savoir précisément, si votre TROD est positif, il sera nécessaire de faire un test sanguin, puis un prélèvement PCR si besoin (voir encadré par ailleurs).
Des tests avec 90 % de fiabilité
Autre question qui se pose : pourquoi ce dépistage massif — réclamé depuis la fin mars par le Conseil national — a-t-il été si tardif ? « Les tests n’existaient tout simplement pas, a répondu le 14 mai Didier Gamerdinger. Les premiers qui sont apparus sur le marché il y a environ 5 semaines n’étaient pas, à nos yeux, assez fiables. Testez tôt mais testez mal, cela ne vaut pas la peine. On s’est donné le temps de vérifier que le matériel que nous commandons répond à notre niveau d’exigence. » Ce membre du gouvernement rappelle également que la « littérature médicale et scientifique » considère qu’en-dessous de 90 %, le test n’est pas fiable. « Les premiers tests qui sont sortis avaient 82 % ou 85 % de fiabilité. Ceux que nous avons commandés sont au-dessus de 90 %. Pour gagner 1 %, il aurait fallu attendre encore un ou deux mois. On s’est dit qu’à partir du moment où l’on a franchi la barre des 90 %, c’est fiable. »
Test TROD positif = immunité ?
Lors d’une conférence de presse le 14 mai, Didier Gamerdinger, le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé a affirmé de façon un peu péremptoire qu’un test sérologique positif serait une immunité contre une seconde infection… « C’est plutôt bien d’être testé positif. Au moins c’est fait. Car si vous êtes négatif, vous êtes toujours à la merci du virus. » Or, à ce jour, aucun argument scientifique ne permet de le certifier. La Haute Autorité de Santé française (HAS), dans un avis rendu le 2 mai 2020, indique d’ailleurs, noir sur blanc, qu’un test positif ne permet pas « aujourd’hui d’établir un passeport d’immunité » et qu’il ne permet pas de répondre à la question « Suis-je protégé contre le Covid-19 ? ». « Il n’y a pas suffisamment de recul pour apprécier la réponse immunitaire des patients infectés. […] La présence des anticorps détectée par les tests disponibles actuellement ne permet pas de déterminer leur activité neutralisante ». Face au manque de connaissances sur l’immunité développée par les personnes ayant eu le Covid-19, la HAS préconise donc de rester prudent dans l’utilisation des tests sérologiques. En « tenant compte de l’état actuel des connaissances », la HAS estime même qu’« un dépistage systématique de toute la population » est, pour l’instant, « non pertinent ». (voir encadré)
(1) Les tests sérologiques peuvent se faire soit par une prise de sang classique, soit au bout du doigt avec un test rapide TROD. Les tests sérologiques indiquent si vous avez été en contact avec le virus en mettant en évidence la présence d’anticorps. Attention en revanche, la présence d’anticorps ne signifie pas que vous êtes immunisé, car aucune certitude scientifique ne le certifie pour le moment.
« La survenue de réinfection ou de réactivation du virus n’est pas à exclure »
Dans un rapport d’évaluation en date du 14 mai de la Haute Autorité de Santé baptisé Place des tests sérologiques rapides (TDR, TROD, autotests) dans la stratégie de prise en charge de la maladie COVID19, cette autorité publique indépendante explique que la présence d’anticorps n’est pas synonyme de protection immunitaire, ou d’immunité. « En effet, si la présence d’anticorps neutralisants a pu être observée chez certains patients, il n’existe pas encore de corrélat de protection. Une protection certaine à moyen terme, durable ou définitive n’est pas garantie. » Selon la HAS, la survenue de réinfection ou de réactivation du virus « n’est donc pas à exclure en l’état actuel des connaissances, comme c’est le cas pour d’autres coronavirus. Si le risque de développer des formes graves en cas de réinfection serait très faible, une personne présentant des anticorps serait susceptible d’être réinfectée et donc de contaminer son entourage. » Par conséquent, à ce jour, toujours selon la HAS, les tests sérologiques ont, certes, une place dans la surveillance épidémiologique, dans l’identification des personnes étant ou ayant été en contact avec le virus (en complément de la RT-PCR qui reste le test de première intention pour le diagnostic de la phase aiguë du COVID-19) « mais pas pour identifier les personnes potentiellement protégées contre le virus. »
Une capacité de 180 prélèvements PCR par jour à Monaco
Le test PCR (Polymerase Chain Reaction) prend seulement quelques secondes, mais il peut être plus ou moins douloureux selon la sensibilité de chacun. « C’est un test au mieux désagréable, au pire douloureux », reconnait Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Le mode opératoire est le suivant : pour confirmer ou infirmer la présence du virus, des cellules nasales profondes sont prélevées à l’aide d’un écouvillon, c’est-à-dire une sorte de long coton-tige que l’on insère dans les cavités nasales, jusqu’à 15 cm environ. Problème : le test étant assez dur physiquement, les risques de faux-négatifs peuvent survenir si la détection n’est pas assez précise… Trois à six heures sont ensuite nécessaires pour analyser un échantillon, sans tenir compte des délais d’acheminement. « Aujourd’hui, la capacité de prélèvement à Monaco est de 180 tests PCR par jour. Ils sont effectués au CHPG, mais aussi en ville par une équipe mobile de préleveurs, ainsi qu’au centre médico-sportif, et dans des laboratoires de ville. Celui de la Condamine sur prescription médicale. Il y en a également un sur Beausoleil, et un autre sur Nice, en renfort », explique le ministre de la santé monégasque. Une fois effectués, ces prélèvements sont ensuite adressés au Centre scientifique de Monaco qui parvient à analyser actuellement 80 tests par jour. Certains laboratoires ainsi que l’hôpital ont également commandé des automates qui leur permettent d’avoir une capacité propre d’analyse. Le but de ces tests est de détecter s’il s’agit du Covid-19, d’isoler la personne, et de tracer les cas contacts qui seront eux-mêmes testés.
