C’est la question que tous les acteurs économiques se posent. Jusqu’à quand les aides financières de l’Etat qui ont été débloquées pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire vont-elles durer ? Alors que le gouvernement assure qu’il n’y aura pas « d’arrêt brutal », certains réclament un prolongement, jusqu’à la fin de l’année, pour les secteurs les plus touchés. Le conseil national demande de son côté à ce qu’il y ait des contrôles « pour éviter qu’une minorité ne profite du système d’aides » …
«Une bouffée d’oxygène ». C’est l’expression qui revient le plus souvent dans la bouche des entrepreneurs qui ont pu bénéficier des aides de l’Etat. CTTR, report ou annulation des charges sociales, aides directes aux petites sociétés, prêts à taux zéro… Pour faire face aux conséquences économiques de cette crise sanitaire et éviter des drames sociaux et des faillites en série, le gouvernement monégasque a dû sortir l’artillerie lourde au niveau des aides financières. Sans ces mesures, beaucoup d’entités assurent qu’elles auraient dû mettre la clé sous la porte. L’énorme casse-tête pour le gouvernement est désormais le suivant : jusqu’à quand prolonger ces aides ? Pour quels secteurs d’activité ? Et faut-il les maintenir au même montant ?
« Nous sommes très anxieux de savoir combien de temps cela va durer »
Sur le terrain, alors que la reprise est timide pour certains, et complètement à l’arrêt pour d’autres, l’anxiété est dans tous les esprits. « Le CTTR a été salutaire. Cela a permis de ne pas faire de casse sociale tout de suite. Mais nous sommes très anxieux de savoir combien de temps cela va durer. Je peux vous dire que tous les commerçants ont recommencé en mode dégradé, avec 30 à 50 % de leur personnel, assure notamment le président de l’Union des commerçants et artisan de Monaco (UCAM) Nicolas Matile-Narmino. On espère donc un prolongement de cette aide au minimum jusqu’à fin juin. Mais il faudrait idéalement la prolonger jusqu’à la fin de l’année pour certains, car les restaurateurs, ou encore les petits commerçants qui sont sur le Rocher, ne vont pas s’en sortir. Tous comme ceux qui vivent de l’événementiel. On parle d’entreprises qui vont faire jusqu’à – 80 % de leurs chiffre d’affaires. »
« Il n’y aura pas d’arrêt brutal et unilatéral »
Face à cette inquiétude assez unanime, Jean Castellini, conseiller-ministre à l’économie a confirmé lors d’une conférence de presse que les mesures financières mises en place pour soutenir l’économie locale continueront et qu’il « n’y aura pas d’arrêt brutal et unilatéral » des aides en place aujourd’hui. Concrètement, le dispositif existant se poursuit, avec le mois de mai payé au mois de juin. Une approche plus ciblée commencera ensuite au mois de juin pour le mois de juillet, afin de venir en aide aux secteurs confrontés à une crise plus longue. Pour le conseil national (voir interview par ailleurs), il faudra « faire preuve de discernement » et adapter ces aides selon les secteurs qui sont le plus durement touchés. Autre requête formulée par l’élu Balthazar Seydoux : que les services de l’Etat effectuent plus de contrôles, de manière à vérifier que certains demandeurs ne profitent pas du système et de la générosité de l’Etat…
« On dilapide l’argent de l’Etat »
Sur ces abus réels ou supposés, sur le terrain, quelques langues commencent à se délier. « Ces aides sont-elles toujours distribuées aux bonnes personnes ? Je ne suis pas sûr, lance notamment Nicolas Matile-Narmino. Le commerçant par exemple qui n’a jamais fait de comptabilité, celui qui est en nom propre et qui n’a jamais rien déclaré ? Ces personnes -là, il faut réfléchir à deux fois avant de les aider. De même avec des salariés déclarés en CTTR alors qui travaillent réellement… Ceux qui ne sont pas de bonne foi devraient être sanctionnés. Mais le problème de l’Etat monégasque depuis toujours, c’est le contrôle. On dilapide l’argent par manque de contrôle. Et certains ont forcément profité de la situation. »
Aides de l’État : « Il faut que le gouvernement mette en place des contrôles »
Trois questions à Balthazar Seydoux, président de la commission des finances et de l’économie au conseil national.
Jusqu’à quand faut-il prolonger le CTTR selon vous ?
Le conseil national unanime s’est mobilisé derrière son président, dès le début de la crise, en votant une résolution le 19 mars dernier, afin d’apporter tout le soutien nécessaire aux salariés et à l’ensemble des acteurs économiques impactés. Il a aussi insisté, lors des nombreuses réunions du comité mixte de suivi Covid- 19 avec le gouvernement, sur l’élargissement du dispositif d’aides à tous ceux qui en avaient besoin, afin de ne laisser personne au bord du chemin. Pour autant, tous les secteurs de notre économie ne sont pas touchés avec la même intensité par la crise. La relance ne se fera pas au même rythme pour tous. Aujourd’hui, pour beaucoup d’entre eux, l’amélioration de la situation ne sera que lente et progressive. Ce caractère progressif et sectoriel doit être au cœur de la stratégie d’arrêt des aides.
Comment faire concrètement ?
Il faut d’une part faire preuve de discernement, pour ne pas contraindre certaines entreprises, notamment des secteurs du tourisme, de l’événementiel ou de la restauration, durablement touchées, à mettre fin à leur activité, avec des licenciements. D’autre part, il y a des secteurs pour lesquels l’arrêt progressif des aides va se justifier avec le redémarrage de l’économie. Enfin, il faut que le gouvernement mette en place des contrôles pour éviter qu’une minorité ne profite du système d’aides, par exemple en plaçant du personnel en CTTR ou en chômage partiel, alors que les salariés travaillent normalement. Les éventuels cas avérés doivent être sanctionnés. La taille de Monaco doit permettre une approche pragmatique et équilibrée avec une dégressivité et une adaptation des dispositifs en fonction des secteurs d’activité. Il faut protéger les personnes et les entreprises, dont la situation le justifie, tout en préservant au mieux les finances de l’État en effectuant les contrôles nécessaires. Pour cela, il faut aussi se donner les moyens de relancer l’économie, le conseil national y contribuera pleinement, à sa place.
Concernant l’interdiction des licenciements, jusqu’à quand faut-il prolonger cette mesure selon vous ?
La loi votée permet de protéger les salariés de toute forme de licenciement abusif lié au contexte de cette crise inédite, jusqu’au 18 juin, qui est la date retenue pour la fin de l’urgence sanitaire. A partir du moment où un employeur peut recourir au CTTR, il n’a en effet aucun intérêt objectif à se séparer d’un salarié, puisque son chômage est pris en charge par l’Etat. De plus, en cette période d’incertitudes, le licencié ne pourrait vraisemblablement pas retrouver de travail dans un délai court. Nous traversons une période où la solidarité de tous doit être de mise.
