jeudi 16 avril 2026
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    Gratuité des bus. Le gouvernement sceptique

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    Société — Selon le gouvernement, la gratuité des bus en principauté ne va pas forcément alléger de façon significative la circulation automobile. De son côté, le conseil national, propose « une période d’expérimentation » pour « lever le doute »

     

    «Lorsqu’il faut attendre 20 à 25 minutes pour avoir un bus, il est clair que l’on finit par prendre sa voiture… » Pragmatique, le doyen du conseil national, Daniel Boeri, dresse un constat que de nombreux usagers des transports en commun font… Le temps d’attente pour grimper dans un bus en principauté est bien trop long. Ce manque de fréquence et de régularité des cars monégasques s’explique pour deux raisons évidentes. Premièrement : il y a trop de bouchons dans les rues de la principauté. Les bus se retrouvent ainsi coincés, comme les autres véhicules, dans les embouteillages. Deuxième raison : il n’y a pas assez de couloirs de circulation, ni de feux tricolores, uniquement dédiés aux bus. Alors, forcément le cadencement en prend un coup, le temps d’attente pour les usagers se rallonge, tout comme les temps de parcours pour aller d’un point A à un point B… Pour augmenter la fréquence de passage, pourquoi alors ne pas rajouter des bus supplémentaires ? Inutile selon le gouvernement : « Si l’on injecte de nouveaux bus dans la circulation actuelle, ça sera encore pire car nous n’avons pas de couloir bus dans toutes les avenues. Les bus vont se retrouver bloqués dans la circulation. Il n’y aura pas plus de cadencement », estime le conseiller-ministre à l’équipement Marie-Pierre Gramaglia. Quid alors de la gratuité des bus ? Est-ce qu’une telle mesure aurait un effet positif sur la circulation, dans la mesure où des automobilistes abandonneraient plus volontiers leur voiture ?

    « Politique de dissuasion automobile »

    Le conseil national croit dur comme fer en cette option : « Nous avons des arguments et des exemples qui démontrent que cela fonctionne ailleurs, et que cela se traduit partout par un report plus ou moins important, d’une partie des automobilistes sur le bus. Seule une période d’expérimentation pourrait nous donner des indications fiables et lever le doute », propose le président Stéphane Valeri. Même analyse pour le président de la commission des finances, Balthazar Seydoux : « Si l’on veut être cohérent dans la mise en place d’une politique de dissuasion automobile, il faut se donner les moyens de rendre les transports en commun attractifs. Supprimer le frein psychologique de l’achat des billets est, avec l’amélioration des dessertes, le meilleur moyen de rendre les bus attractifs en Principauté. Se pose donc aujourd’hui la question de la gratuité du réseau de la Compagnie des Autobus de Monaco, au moins pour les résidents et les salariés », indique-t-il. Selon cet élu, la formule de la gratuité est un succès là où elle est déjà appliquée. « C’est le cas dans de nombreuses villes françaises, comme à Dunkerque, par exemple, où a été enregistrée une augmentation de la fréquentation des bus, en un an, de 65 % la semaine et de 125 % le week-end, rajoute ce conseiller national. Dans cette ville, la moitié des nouveaux usagers sont précisément d’anciens automobilistes. »

    Doutes sur les effets

    Mais du côté du gouvernement, cette option de la gratuité ne convainc pas. Non pas pour des questions « comptable ou budgétaire », assure le ministre d’État, mais plutôt car l’exécutif doute des effets réels sur l’allègement de la circulation à Monaco. « Le problème n’est pas la gratuité mais la cadence », résume Serge Telle. « C’est pourquoi nous devons examiner avec beaucoup d’attention le cas de Dunkerque que vous citez, d’autant que l’objectif affiché par cette collectivité était de redynamiser le centre-ville plus que de diminuer la circulation automobile », rajoute le minsitre d’Etat qui suggère toutefois que des « missions d’étude soient menées dans des villes où ce système a été adopté », afin d’évaluer son adaptabilité en Principauté. En l’état actuel, il ressort des différentes études disponibles — et en particulier d’un récent rapport du Sénat français — « que la gratuité n’a d’effet réel que dans les réseaux de transports en commun où la fréquentation et les recettes tarifaires sont très faibles, ou bien dans les villes où les conditions de circulation sont bonnes et où les bus transportent uniquement les « captifs » (scolaires, seniors,…) ne pouvant se déplacer qu’en bus. Ce n’est pas le cas de Monaco, où la principale insatisfaction des usagers, cause de la légère baisse de fréquentation de ces dernières années, est le temps de parcours et la régularité des bus. » Selon le gouvernement, en clair, la gratuité de ce transport en commun à Monaco risquerait de conduire prioritairement à faire monter dans les bus des anciens piétons et des cyclistes… Seule certitude en revanche : la construction des futurs parkings relais aux frontières de la principauté, notamment au Jardin exotique et à Testimonio, va permettre, d’alléger considérablement la circulation en ville : « Lorsque l’on aura ces parkings relais aux frontières, des milliers de voitures ne rentreront plus à Monaco. La situation sera donc bien meilleure pour faire un cadencement de bus plus rapide », a conclu Stéphane Valeri.

     

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