Urgence — Le futur abri pour chiens et chats abandonnés sera-t-il construit à Blausasc ou à Peille ? Pour l’heure, le gouvernement étudie ces deux pistes qui présentent, chacune, des contraintes financières ou environnementales. De son côté, le conseil national exhorte l’exécutif à trouver enfin une issue à ce dossier qui traîne depuis plus de deux décennies. L’actuel refuge à Èze étant, de l’avis de tous, totalement vétuste et ultra-saturé —
Il y a des dossiers que l’on qualifie souvent d’Arlésienne… Celui de construire un nouveau refuge pour les animaux abandonnés de Monaco et des villes françaises avoisinantes en est un… La preuve ? « Vous êtes le quatrième ou le cinquième ministre d’État à essayer de trouver une solution. Rien n’a bougé, depuis 20 ou 25 ans, a pesté le président du conseil national Stéphane Valeri, en s’adressant à Serge Telle. Nous sommes très nombreux dans cette assemblée et dans le pays, à être sensibles à cette cause animale. Alors, cette absence de résultat n’a que trop duré. » Pourtant, le constat d’urgence est unanime des deux côtés de la place de la Visitation : situé à Èze, l’actuel refuge totalement vétuste et saturé pour chiens et chats abandonnés, ne peut plus accueillir les animaux dignement : « Faut-il rappeler dans quelles conditions d’accueil indignes d’un pays moderne et prospère comme le nôtre, le pays de la regrettée Princesse Antoinette, grande amie de la cause animale, survivent ces pauvres bêtes ? », a insisté Stéphane Valeri.
Conditions financières « délirantes » à Blausasc
Pour le conseil national, il y a donc urgence à trouver une issue… Si le dossier traîne depuis plusieurs décennies, c’est que plusieurs maires de communes avoisinantes ont refusé d’accueillir cet abri géré par la société protectrice des animaux (SPA). Deux nouvelles pistes sont donc actuellement étudiées. La première — à l’étude depuis le début de l’année 2018 — est la construction d’un bâtiment sur Peille. Mais là encore, il a fallu mené des analyses environnementales très poussées, notamment pour mesurer l’impact de cette potentielle construction sur la faune et la flore. Le frein à la concrétisation de ce projet viendrait, semble-t-il, d’une plante exceptionnellement protégée présente sur ce terrain : la nivéole de Nice. La deuxième piste d’implantation est située sur la petite commune de Blausasc. Pour ce terrain, c’est manifestement le prix d’achat qui fait un peu grincer des dents le gouvernement. « A Blausasc, les conditions d’achat de ce terrain agricole relèvent d’une pratique à laquelle je ne suis pas habitué. C’est une solution possible, mais pas à n’importe quel prix. Je suis en train de voir avec le sous-préfet comment nous pourrions faire en sorte que les choses se passent dans des conditions acceptables pour les finances publiques et la déontologie. Ce ne sont que des terrains agricoles qu’on ne peut pas acheter comme un terrain à Ramatuelle avec vue mer », indique le ministre d’État, Serge Telle. Autre frein identifié, cette fois par Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre à l’équipement : « La distance avec Monaco est beaucoup plus importante. Ce qui est plus embêtant puisqu’il faut plus d’1h30 pour se rendre à ce refuge. »
« 80 % des animaux concernés sont des animaux français… »
Pour justifier la prudence, notamment budgétaire, du gouvernement sur ce dossier, le ministre d’État rappelle également que « 80 % des animaux concernés sont des animaux français… C’est tout à l’honneur de Monaco de les prendre en charge. Mais en réalité, il n’y a que quelques individus qui sont réellement monégasques ou résidents dans les animaux concernés. Je sais que les animaux n’ont pas de passeport. Je sais que vous voulez que nous allions vite, mais je suis obligé de contrebalancer des contraintes environnementales à Peille, des contraintes délirantes sur le plan financier à Blausasc, et cette réalité. » Autre piste envisagée par les autorités monégasques : construire, deux refuges, mais d’une capacité d’accueil inférieur à 50 animaux. L’avantage ? « Construire deux refuges d’importance moindre permettrait d’obtenir plus facilement des autorisations que de construire un énorme refuge dans un seul endroit », précise Marie-Pierre Gramaglia. A en croire le gouvernement, si les deux hypothèses sont aujourd’hui étudiées, les autorités monégasques ont tout de même une préférence pour le site de Peille. « Son accès est en effet beaucoup plus rapide, des études ont d’ores et déjà été réalisées et des dossiers d’autorisation sont en cours, ce qui permettrait d’envisager une livraison en 2020 », indique Serge Telle. Avant d’ajouter. « Je pourrai vous dire dans les deux mois, dans le cadre du budget primitif, dans quelles conditions exactement on le construira et à quel délai. » Rendez-vous donc à la mi-décembre.
« Dernier recours » Un refuge à Monaco ?
Au-delà des communes françaises voisines, une solution d’implantation avait été aussi envisagée sur le territoire monégasque. Le gouvernement avait étudié la piste de construire un abri au Jardin exotique, à côté du musée d’anthropologie. Une solution qui, toutefois ne convainc pas le gouvernement pour des raisons à la fois de coûts de construction et de conditions d’accueil des animaux : « D’abord, le m2 est rare à Monaco. Ensuite, nous avions chiffré la construction de cet abri à plus de 7 millions d’euros. Je considère enfin que dans un environnement hyper urbain comme le nôtre, enfermer des animaux dans des cages, n’est pas optimal pour leur bien-être, explique Marie-Pierre Gramaglia. Même si c’est propre, même si c’est insonorisé et que les animaux ont à manger, il est difficile d’imaginer un refuge avec des chiens qui ne peuvent pas sortir de leur cage car il n’y a pas de terrain. Ils vivront, selon moi, dans des conditions qui ne sont pas acceptables. » Pour Stéphane Valeri, la piste monégasque doit être tout de même gardée sous le coude, mais en dernier recours : « Le gouvernement cherche une solution depuis de très nombreuses années, depuis peut-être deux ou trois décennies sans ne jamais en trouver. Il ne faut négliger aucune piste. L’abri à Monaco serait une solution de dernier recours en cas d’échec à Peille et Blausasc. Des spécialistes anglais ont réussi à construire des abris pour animaux dans les villes anglaises. On peut tout à fait construire un abri avec des espaces pour promener les animaux y compris autour du musée anthropologique. On ne peut pas se contenter du statu quo. »
