POLITIQUE/Kouchner, Minc, Lepage… A gauche comme à droite, les soutiens se bousculent au portillon pour Emmanuel Macron. Arnaud Leroy, député socialiste des Français de Monaco (mais aussi d’Espagne et du Portugal), est l’un des premiers à avoir rejoint le candidat à l’élection présidentielle et son mouvement En marche. Il nous explique pourquoi.
Pourquoi vous êtes-vous engagé auprès d’Emmanuel Macron alors que vous souteniez précédemment Arnaud Montebourg ?
J’ai soutenu le Montebourg de 2011 et l’ancien ministre de l’Economie, qui était moins embarqué à gauche du parti. Montebourg était attaché à un vrai travail de refondation du PS mais, depuis 5 ans, je me suis rendu compte que nous n’étions plus en phase. J’ai fait un choix. Je suis pour une gauche moins sectaire, qui accepte qu’il y ait des gens de bonne volonté au centre et au centre droit et surtout, qui l’assume devant les Français. Souvent, il y a des politiques qui le font mais uniquement en coulisses… Il faut mettre en place un contrat de gouvernement parce qu’il y a péril en la demeure. Ce péril s’appelle le Front national, qui sera puissant en 2017 et peut-être le plus fort en 2022. Pour le prochain mandat, nous avons une responsabilité historique.
Emmanuel Macron n’est ni de droite ni de gauche ?
Lui se qualifie comme un homme de gauche. C’est son mouvement qu’il a qualifié dans un premier temps ni de gauche ni de droite. Depuis, les choses ont évolué vers une addition des engagements. Quand on a des personnalités politiques comme Renaud Dutreil, ancien président de l’UMP, Serge Lepeltier et Jean Arthuis, anciens ministres, ou encore Jean-Louis Borloo, qui envoie son successeur à Valencienne au meeting de Lille d’Emmanuel Macron, on voit bien qu’une partie de la droite est intéressée par sa démarche. Par cette volonté de ne pas s’enfermer dans des broutilles de partis…
Avec Macron, vous militez pour sortir de l’immobilisme ambiant, mais comment ?
On prône par exemple le droit à l’erreur. Les employeurs pourraient invoquer leur bonne foi en cas de litige avec l’administration, et ce sera alors à elle de prouver que l’erreur a été commise intentionnellement. Aujourd’hui, l’ère de la suspicion règne en France dans les rapports avec l’administration. Le droit à l’erreur, c’est que vous avez le droit de vous planter, d’oublier pour 48h voire 72h de déclarer votre salarié saisonnier… Ce contrat de confiance suppose une contrepartie. Il faut des contrôles inopinés et surtout beaucoup plus sévères en cas de tricherie. C’est une vraie révolution dans un pays très orienté administratif. Même les patrons du Medef qui nous font des leçons de libéralisme, sont les premiers à venir gratter à la porte et réclamer de l’argent à l’Etat !
On reproche à Emmanuel Macron d’être le candidat des banquiers, des médias et plus largement du système ?
C’est Emmanuel Macron qui a remis en cause le système des notaires, qui a secoué la fourmilière pour que les candidats au permis de conduire puissent le passer dans des conditions normales, en termes de délai… C’est un homme qui vient du système certes, mais il ne s’en satisfait pas ! Il aurait pu faire des choses beaucoup moins contraignantes en termes de vie ou d’exposition personnelle. Pourtant, il est candidat à l’élection présidentielle ! Au final, ces critiques me font penser à ce que la droite disait de Mitterrand dans les années 80… Pour déverrouiller le système, il faut lutter à armes égales avec quelqu’un qui en connaisse les rouages. Malgré son jeune âge, Emmanuel Macron en a acquis l’expérience en tant qu’ancien secrétaire général de l’Elysée et banquier. Ce n’est pas un trader mais quelqu’un qui construit. Alors, oui, il est photogénique, il a un couple atypique, il fait la Une des médias… Toutes ces attaques-là ont simplement éveillé la curiosité des Français et de plus en plus de monde le rejoint, notamment une kyrielle d’entrepreneurs de la nouvelle économie.
Votre constat de la situation économique en France ?
Cela fait quarante ans qu’on entend parler de crise. Ce n’est pas une crise ! Il y a peut-être quelque chose de nouveau à écrire ! C’est ce qu’on propose. On ne va pas revenir aux années 60… Il y a aujourd’hui deux alternatives dans le modèle politique français qui sont assez complémentaires parfois, car c’est un électorat flottant, c’est le Front National et Emmanuel Macron. Il y a beaucoup de gens désabusés. Il n’y a pas 30 % de racistes en France qui voteront Marine Le Pen — si l’on se fie aux sondages. Il existe surtout un ras-le-bol contre des politiques de gauche et de droite qui tournent en rond.
Qu’est-ce que vous proposez de nouveau ?
Le chômage pour tous. On propose l’ouverture de l’assurance chômage pour les démissionnaires, mais aussi pour les indépendants, commerçants et artisans. On assume l’étatisation de l’Unedic. La mesure, chiffrée à 4 milliards, sera financée par une hausse de 1,7 point de la contribution sociale généralisée (CSG) et par une fiscalité écologique qui sera expliquée bientôt – qui compenseront la suppression des cotisations maladie et chômage acquittées par un salarié. Il faut mieux gérer le régime du chômage. Aujourd’hui, 35 milliards d’euros partent dans la formation et il n’y en a que 15 % qui vont aux chômeurs !
Vous partagez la vision de l’Europe d’Emmanuel Macron, candidat pro-européen. L’UE représente pourtant un sujet de ras-le-bol des populations, de mécontentement contre la bureaucratie de Bruxelles…
Il faut refonder l’Europe. On ne peut rien faire sans elle dans le monde actuel. Avec un leadership économique de la Chine, de la Russie et d’une Amérique déclinante, ou encore le problème d’une OTAN où la Turquie se rapproche de l’Iran, etc.. Le seul pays capable de faire quelque chose, c’est la France et à une moindre mesure la Grande-Bretagne.
Même avec le Brexit ?
Le Brexit, ce n’est pas fait ! Un sondage réalisé sur plus de 17 000 européens, montre même que l’envie de Brexit est tombé à 48 % en Grande-Bretagne. Et qu’en France et en Allemagne, le sentiment proeuropéen est en hausse… Attention, cela ne signifie pas qu’il ne faut rien changer. Mais parler de souveraineté aujourd’hui, c’est bien. Parler de souveraineté européenne, c’est mieux car c’est là que tout se joue… On assume parfaitement d’aller à contre-courant sur ces questions-là.
Quelle refondation imaginez-vous ?
Il faut acter l’Europe des cercles plus fortement car tous les pays ne peuvent pas aller au même rythme. L’Europe doit progresser sur certaines problématiques comme l’impôt sur les sociétés, afin d’éviter des délocalisations. Il y a des convergences à reprendre, l’Europe de la sécurité ou de la défense. La France continue à s’armer mais il faudrait peut-être partager le fardeau budgétaire ou retirer ce budget de défense de 37 milliards d’euros des fameux 3 % (Cette règle, imposée par le traité de Maastricht en 1992, prévoit que le déficit public d’un État ne dépasse pas 3 % du PIB, allant de pair avec une limite de l’endettement fixée à 60 %, N.D.L.R.). La France est le seul pays à détenir l’arme nucléaire, une marine nationale et à être au Conseil de sécurité de l’ONU… Nous sommes en position de force pour négocier ! Tout le monde en bénéficie. La France participe au service d’action extérieure de l’Union européenne.

Emmanuel Macron a fait le choix de ne pas s’embarquer dans la primaire de la gauche. Quelle est la logique ?
Emmanuel Macron propose un chemin de rassemblement. Un axe central. Il est donc logique de ne pas s’embarquer dans un camp ! Par ailleurs, il était hors de question de servir de punching-ball à des candidats dont la seule ambition est de diriger le PS en mai prochain, dans une primaire, dont les règles du jeu ont été, qui plus est, fixées très tard ! De nombreux candidats à la primaire ont acté la défaite de la gauche en 2017. Ce n’est pas notre cas. Et puis surtout, nous avons tenté pendant 5 ans de travailler avec différentes parties de la gauche. C’est un euphémisme de dire que l’on a eu du mal ! Personnellement, j’ai beaucoup plus en commun avec quelqu’un comme Edouard Philippe (le député-maire Les Républicains du Havre) que certains socialistes avec qui on ne partage pas la même grille de lecture.
La multiplication des candidats va pourtant fatalement diviser l’électorat de gauche ?
Une question de responsabilité sera posée aux électeurs. Est-ce que pour assurer la survie du PS, on passe à côté de l’occasion de mettre à la tête de l’Etat quelqu’un qui assume de vouloir travailler, au nom du progrès, avec des hommes et des femmes d’autres partis ?
Comment analysez-vous cette primaire (1) ?
Les débats étaient peu enthousiasmants. Il faut dire que 7 candidats dont un guignolo, cela n’aide pas… Imaginez si François Hollande, embarqué dans 5 conflits internationaux, avait dû débattre avec Bennahmias ! Chacun s’est positionné. Montebourg a de la stature. Peillon est très bon mais très complexe, il est parti très tard en campagne. Manuel Valls, c’est la surprise. Il paye son autoritarisme. Je fais une différence entre l’autorité nécessaire à ses fonctions et des comportements brutaux qui vous incitent à vous installer dans la résistance… L’autorité, ça ne se décrète pas à coup de bâtons. L’autorité naturelle, je la reconnais à Bernard Cazeneuve.
Benoît Hamon a fait son chemin (1) ?
Benoît Hamon a récolté ce qu’il a semé. Avec le revenu universel, il a mis sur la table l’évolution de la société. Comme nous. Quand on dit que le modèle social instauré en 1945 est caduque, je n’ai pas l’impression d’insulter le conseil national de la résistance ! Nous ne sommes plus dans la situation de 1945. C’est également la réflexion que pose à droite Nathalie Kosciusko-Morizet : dans quel monde rentre-t-on ? Qu’est-ce qu’on doit écrire et tricoter ?
Que pensez-vous du revenu universel ?
Je ne suis pas fan du modèle que Benoît Hamon propose car je pense qu’il y a un réel problème de financement. 400 milliards d’euros de budget, c’est 25 % du PIB français, c’est plus que le budget de l’Etat !
En revanche, j’avais déposé des amendements à la loi sur la République numérique avec Nathalie Kosciusko-Morizet et Frédéric Lefebvre pour qu’on étudie sérieusement le revenu universel. Nous demandions au gouvernement de présenter un rapport au parlement comprenant une étude de faisabilité macro-économique, une étude d’impact comparative des différentes approches ainsi qu’une analyse des expérimentations en cours, internationales et locales, d’un tel revenu de base. Ce sujet mérite d’être débattu. Car c’est comme les confitures Bonne maman, il existe 45 000 concepts de revenu universel, chacun a sa définition.
Vous dites qu’il faut tricoter de nouvelles recettes dans un monde qui mute. Lesquelles ?
Quand j’ai commencé mon mandat, Uber n’existait pas, il y avait 4 Airbnb à New York, alors que ces phénomènes ont aujourd’hui chamboulé l’économie et l’industrie hôtelière ! Il faut organiser de nouvelles protections juridiques, de nouveaux recours. Le droit à la déconnexion, c’est le droit au repos hebdomadaire d’il y a 100 ans ! De même, le transhumanisme apparaît aujourd’hui comme de la science-fiction. Pourtant, avec des Elon Musk et Mark Zuckerberg qui financent la recherche à coup de milliards privés, on ne sait pas ce qui va se passer… Le Japon pense déjà à une armée de robots pour contrecarrer les velléités chinoises. A Dallas, il y a eu la première exécution d’un criminel par un robot ! Aujourd’hui, on a la cohabitation d’un monde ancien et d’un monde nouveau qui irrigue la société.
Vous n’imaginez qu’une victoire ?
Si Emmanuel Macron est au second tour, il gagne. Selon les derniers sondages, il l’emporterait contre Marine Le Pen ou François Fillon. Notre objectif est donc d’être au second tour.
Avec la percée surprise de François Fillon ou la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis, vous croyez encore aux sondages ?
Ce n’est pas les sondages qui envoient les gens dans les salles de meeting ! Entre 10 000 et 12 000 personnes à la porte de Versailles en décembre, 5 000 personnes à Lille… Ça, c’est la réalité. C’est du bio-indicateur, pas des sondages ! Il y a une vraie curiosité. Toute une partie de l’électorat de gauche est sensible à la rectitude d’Emmanuel Macron sur les valeurs, notamment sur les questions des réfugiés, de la déchéance de la nationalité — il a dit être contre la mesure -, ou encore dans le cadre du débat ésotérique sur la laïcité et le burkini… Il est également le candidat assumé de la transition écologique.
