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    Mission : traquer le financement

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    ARGENT/A Monaco, le Siccfin contrôle les mouvements financiers suspects liés au terrorisme.

     

    Pour démasquer les terroristes ou les acteurs du crime organisé, l’une des chevilles ouvrières du renseignement à Monaco s’appelle le Siccfin. Equivalent du Tracfin français, « le Service d’information et de contrôle sur les circuits financiers est complémentaire de la police, avec un pouvoir d’investigation relativement important auprès des professionnels soumis à la loi sur le blanchiment, des banques aux agents immobiliers, en passant par les marchands d’art », rappelle sa directrice Marie-Pascale Boisson. Mais comme le terrorisme est un phénomène mondial, il s’agit de développer une stratégie commune entre cellules de renseignement financier (CRF). « Depuis les attentats de janvier 2015, le financement du terrorisme, une thématique prioritaire pour le GAFI et d’autres organismes tels le G20, est classé comme prioritaire. Dès février 2015, le Groupe Egmont, qui regroupe les CRF de 102 pays, s’est réuni à ce sujet à la Barbade », indique Marie-Pascale Boisson.

     

    Profils de combattants étrangers

    Début février, c’est en principauté que s’est tenu la réunion de cette organisation internationale. Objectif : produire une analyse opérationnelle du financement des combattants terroristes étrangers (CTE). « On s’est attachés à définir leur profil financier opérationnel. On travaille sur les flux, les places qui sont utilisées, les techniques d’autofinancement, les secteurs où peut circuler de l’argent liquide… » évoque la directrice du Siccfin. La cellule monégasque affiche déjà sur son site un appel à la vigilance financière à l’encontre de Daech. Tout professionnel est ainsi appelé à se montrer particulièrement diligent sur les opérations en provenance et à destination des zones contrôlées par Daech, au commerce de pétrole ainsi qu’à la vente de biens culturels, deux sources identifiées de revenu pour Daech. Mais ce n’est pas suffisant.

    Monaco ne saurait être totalement épargné par ces flux financiers. Pourtant, « nous n’avons jamais été saisis d’une déclaration de soupçon pour financement du terrorisme pour le moment, indique Marie-Pascale Boisson. Les déclarations de soupçon ou demandes de renseignement portent essentiellement sur la fraude commerciale, l’escroquerie, l’abus de confiance, la corruption et le détournement de fonds. » Pourquoi ? « Monaco n’intéresse peut-être pas les CTE car c’est une petite place financière, en lien direct avec les autorités et réputée pour être sous grande surveillance. » Ou bien l’argent est tout simplement très bien caché…

     

    Bitcoin dans le viseur

    C’est pourquoi, aujourd’hui, la traque s’intensifie. En Europe, elle vise désormais les monnaies virtuelles (type bitcoin) et les cartes prépayées, permettant la circulation d’importantes sommes d’argent en toute discrétion… Les cartes prépayées, qui ne sont pas nominatives, avaient été notamment utilisées pour commettre les attentats du 13 novembre à Paris, financer les voitures et les appartements des assaillants. Quant aux monnaies virtuelles, elles permettent de réaliser des transactions internationales en dehors de tout contrôle.

    La France compte doper les pouvoirs de Tracfin. Déjà habilité à accéder aux fichiers de police, il pourra demander aux banques et autres personnes assujetties à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme de pister des personnes ou mouvements financiers suspects. Une tendance que le Siccfin relaiera auprès du gouvernement monégasque et qui fera peut-être l’objet, à terme, d’une nouvelle loi à Monaco. Pour l’heure, depuis décembre, le Siccfin supervise une évaluation nationale des risques en matière de blanchiment et de financement du terrorisme, sous l’égide de la Banque mondiale.

    _Milena Radoman

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