COUTUMES/Coups de canon, dons, doubles naissances… C’est un ensemble de traditions qui entourent une naissance princière. Focus.
19h50, le 10 décembre, au palais de Monaco. 42 coups de canons célèbrent les naissances princières de Gabriella et Jacques. Une tradition qui remonte au développement de l’artillerie. « Depuis la fin du Moyen-Age, la salve d’artillerie est, pour l’autorité politique (comme les cloches pour l’autorité religieuse), une manière d’avertir la population d’un événement important (entrée solennelle d’un souverain ou d’un personnage de haut rang dans une ville, décès d’un souverain et intronisation de son successeur…). Le nombre de coups est traditionnellement fonction du rang du personnage », explique Thomas Fouilleron, directeur des archives du palais princier. Avant la naissance, le couple princier avait annoncé qu’il dérogerait à la coutume de tirer 101 coups de canon pour la naissance d’un garçon et 21 coups pour celle d’une fille. Histoire de ne pas faire de distinction entre les deux enfants.

21, chiffre symbolique
Traditionnellement « le nombre 21 est un multiple de sept, qui est naturellement symbolique dans la civilisation judéo-chrétienne (le monde créé en sept jours…). Le vaisseau de marine tirait sept coups à l’entrée du port. L’artillerie qui contrôlait l’entrée du port lui répondait et, par une sorte d’émulation, doublait : ce qui a fait 3 X 7 = 21 », raconte Thomas Fouilleron, directeur des archives de Monaco.
Pour le nombre 101, en revanche, l’origine semble plus obscure. « Certains racontent qu’un artilleur ne sachant plus s’il était arrivé à cent pour l’entrée de l’empereur romain germanique en avait ajouté un cent-unième… Le plus ne pouvant pas nuire », explique l’historien. Mais ce n’est pas la seule version qui existe. D’autres racontent que cela viendrait d’une habitude qu’auraient eu les Allemands de toujours ajouter un à quelque chose (dans le commerce, le vie quotidienne, le droit…). La tradition des 101 coups de canon pour l’héritier du trône est attestée dans l’histoire, à différentes époques et dans divers pays (le fils de Napoléon Ier, de Napoléon III, de François-Joseph et de Sissi), et encore aujourd’hui en Belgique, au Luxembourg, au Maroc…

Souscription pour le baptême
Au final, au fil du temps, la coutume a varié. En 1923, la naissance du prince Rainier (III) avait été saluée de 21 coups de canon ; en 1958, celle du Prince Albert (II) de 101 ; en 1870, celle du prince Louis (II) de 21 ; en 1848, celle du Prince Albert (Ier) de 11… En France aussi, la tradition a changé. C’est De Gaulle qui a réduit de 101 à 21 le nombre de coups pour l’investiture du président de la République…
Signe des temps, les présents offerts lors d’une naissance princière ont également évolué. « La population se manifestait généralement, selon le talent de chacun, par des hommages sous forme de poésies, de pièces musicales, de compositions artistiques », souligne Thomas Fouilleron. Le prince Albert et la princesse Charlène appellent aujourd’hui à privilégier les dons. Comme l’avaient d’ailleurs fait le prince Rainier et la princesse Grace à la naissance de leurs enfants. « Les sommes ainsi recueillies seront redistribuées aux associations de leur choix », explique le palais. Pour le baptême des bébés en revanche, la mairie va lancer une souscription. Sur le même principe que ce qui avait été fait pour le jubilé de Rainier III, l’avènement d’Albert II et le mariage princier, il s’agira de récolter des fonds pour offrir un cadeau aux enfants princiers. « Chacun donne s’il le veut, ce qu’il veut », indique le maire Georges Marsan.
