samedi 2 mai 2026
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    « Les commerçants de Fontvieille sont désemparés et fatigués par les atermoiements du gouvernement »

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    Depuis vingt ans, la rénovation du centre commercial de Fontvieille est annoncée puis repoussée, laissant les commerçants dans une attente interminable. Entre une galerie qui se dégrade, un parcours client devenu chaotique, un dispositif d’indemnisation encore très opaque, et une incertitude pesant sur plus de 200 salariés, l’inquiétude est à son comble.

    Souvenez-vous… En 1992, le centre commercial de Fontvieille ouvrait ses portes et rencontrait aussitôt un franc succès. Dès 2002, l’idée d’une extension et d’une rénovation s’impose naturellement. « Il fallait absolument l’agrandir pour continuer à progresser », rappelle Philippe Clérissi, président du Groupement d’Intérêt Économique (GIE) de ce centre. Pourtant, rien n’avance. En 2008, alors qu’il rejoint le Conseil national, ce commerçant et élu relance le dossier auprès du ministre d’État de l’époque, Jean-Paul Proust. Un projet incluant notamment un nouveau cinéma est validé, mais la crise financière, les changements d’orientation et les reports successifs vont freiner toute évolution. Fin 2018, l’État confie finalement le futur centre à un opérateur unique, la société SOCRI : une décision « unilatérale » selon les commerçants, prise sans appel à concours et sans concertation. Dès lors, les annonces de calendrier s’enchaînent… et ne se réalisent jamais : travaux espérés en 2018-2020, puis 2020-2021, repoussés après le Covid. En octobre 2023, coup de théâtre : ce projet est jugé trop ambitieux et surtout trop onéreux. Il est donc décidé de le revoir à la baisse. En juillet 2025, une nouvelle version est alors bouclée. Aux dernières nouvelles, le gouvernement prévoit un début des travaux le 1er janvier 2028, pour trois ans. Tous les commerçants devront quitter les lieux pendant la durée des travaux, à l’exception de l’hypermarché Carrefour et de la pharmacie. Pendant ce temps, la concurrence, elle, avance : Cap 3000, Nice Étoile, Nice Valley ou encore Polygone Riviera se sont modernisés ou agrandis. À Fontvieille, rien n’a changé. Bien au contraire, le centre vieillit et se dégrade.

    « Un parcours client chaotique »

     Les commerçants parlent d’un lieu “bricolé”, mais jamais véritablement rénové. Une “cosmétique” a bien été réalisée à l’initiative d’une ancienne administratrice des Domaines : nouveau carrelage, éclairage, quelques éléments décoratifs. Mais aux yeux des commerçants, cela ne répond ni aux standards modernes des centres commerciaux, ni aux attentes du public. « Les commerçants sont désemparés, désabusés, désorientés, fatigués par les atermoiements et les volte-face du gouvernement », résume Philippe Clérissi.  Aujourd’hui, le constat est sévère : escalators et ascenseurs souvent hors service, palissades partout et un centre commercial morose qui compte déjà sept boutiques fermées sur les 36. Le tabac-presse fermera à son tour ses portes fin décembre.  « Le parcours client est donc chaotique », résume ce commerçant présent dans les lieux depuis l’origine.

    Le tabac-presse fermera à son tour ses portes fin décembre 2025 @ Sabrina Bonarrigo

    Une indemnisation “one shot” vécue comme une mise à la porte

    La vraie rupture intervient lorsque le conseiller pour les finances, Pierre-André Chiappori, a annoncé la philosophie du dispositif d’indemnisation, pour l’heure encore très opaque : les commerçants seraient indemnisés une seule fois, en one shot”, et surtout, sans garantie de retour dans le nouveau centre. Pour espérer revenir, les quinze commerçants qui souhaitent continuer l’aventure devront candidater dans un nouvel appel à candidatures, comme n’importe quel autre opérateur. Une perspective rude pour des commerçants parfois présents depuis l’ouverture. « C’est sympa pour les jeunes qui ont 30 ou 40 ans quand on leur dit : tu dégages, et peut-être qu’un jour tu reviendras si ton dossier est retenu », ironise Philippe Clérissi. Les commerçants s’attendaient à une priorité de réintégration. À l’époque, disent-ils, cela leur avait été laissé entendre. Aujourd’hui, ce n’est plus à l’ordre du jour. « Le relogement des commerçants historiques a toujours été un postulat de base au projet. Or, en juillet dernier, le gouvernement a annoncé qu’un solde de tout compte serait versé aux commerçants qui quitteront les lieux. Un véritable choc pour les commerçants qui seront obligés de stopper net leur activité sans garantie de pouvoir la retrouver dans le futur centre », précisent les commerçants.

    Plus de 200 salariés sans emploi

    En toile de fond, il y a aussi un enjeu social massif : environ 200 salariés (hors Carrefour) se retrouveront sans emploi. «Parlons également de la fermeture de McDonald’s en décembre 2027 pour 3 ans. Le volet social, ça se passe comment ? Il y a 80 salariés. Qui les prend en charge ? Certains sont là depuis le début », alerte encore Philippe Clérissi. Gaia Sillari, fille d’Antonio Sillari qui dirige la pharmacie de Fontvieille, est également inquiète : « Même si la pharmacie, comme Carrefour, restera ouverte pendant toute la durée des travaux, la situation est très préoccupante pour nous. Sans aucun autre commerce autour et avec le chantier, nous nous attendons à une baisse de fréquentation de l’ordre de 40 à 50 %. Dans ces conditions, comment pourrons-nous maintenir 50 salariés ? », indique-t-elle. Autre point de tension majeur : les commerçants qui ont racheté leur activité, parfois avec l’encouragement direct de l’administration, se retrouvent aujourd’hui piégés. Certains, par exemple, ont repris des activités, parfois devant notaire, avec publication au Journal officiel et validation des Domaines. On les avait alors sollicités pour reprendre des activités en difficulté. Aujourd’hui, ces mêmes commerçants entendent que ce modèle n’est plus “acceptable”, alors même qu’il avait été encadré par un nouveau dispositif mis en place en 2015 par le gouvernement à la demande du Conseil national de l’époque. Point positif toutefois : le ministre d’État actuel, lorsqu’ils l’ont rencontré, leur est apparu « à l’écoute » et « posant les bonnes questions ». Mais depuis cette entrevue qui a eu lieu en octobre, aucune avancée concrète ne leur est parvenue. Selon Monaco-Matin qui a sollicité le gouvernement sur ce sujet :  « Les commerçants du CCF recevront un courrier personnalisé et seront reçus individuellement par l’Administration dans les plus prochains jours, priorité étant donné à ceux qui ont décidé de cesser leur activité en 2025, relate le quotidien. Ces entretiens permettront d’apporter des informations précises à chacun, dans un esprit de transparence et de dialogue continu avec l’ensemble des commerçants concernés ».

    Les membres du GIE @ Sabrina Bonarrigo

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