mardi 26 mai 2026
plus
    AccueilInfosSociétéAprès avoir conquis La Turbie, Ma Première Boulangerie s’attaque à Monaco

    Après avoir conquis La Turbie, Ma Première Boulangerie s’attaque à Monaco

    -

    À La Turbie, Ma Première Boulangerie s’est forgé une belle réputation. Bientôt (quand elle aura surmonté les contraintes administratives) l’enseigne tentera de se faire une place en Principauté.

    À 37 ans, Pierre Briand est porté par une vision : redonner ses lettres de noblesse à la boulangerie artisanale. Fils d’un commerçant de bestiaux, il grandit dans le milieu agricole en Touraine. « Je suis parti de chez mes parents à 15 ans parce que j’avais de bonnes notes, mais l’école ne m’intéressait pas, je voulais travailler », confie-t-il à L’Obs’. Un stage de découverte en boulangerie l’a orienté sur cette voie. Malgré l’insistance de ses professeurs qui le poussent vers la filière générale, le jeune Pierre choisit la voie de l’artisanat d’excellence : il se forme pendant huit ans, fais le tour de la France et devient Compagnon du Devoir.

    © Photo Ma Première Boulangerie

    « On a commencé à 3, on est maintenant 32 »

    Il y a dix ans, il débarque dans le sud de la France et quatre ans plus tard, le destin frappe à sa porte. Le maire de La Turbie et les propriétaires d’une ancienne boulangerie historique située dans le centre et équipée d’un four à bois le contactent. Ils cherchent un artisan capable de reprendre le flambeau. L’aventure démarre. « Quand j’ai repris le fonds, j’étais à -3 000 euros sur mon compte. C’était soit ça marche, soit je rentre chez mes parents », raconte-t-il. Pari risqué, mais pari gagnant : la croissance est fulgurante. « Depuis 6 ans, c’est la guerre (rires). On a commencé à 3, on est maintenant 32 », se targue-t-il. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’entreprise passe une tonne de beurre, entre six et huit tonnes de farine par mois, et environ 300 croissants par jour…

    © Photo Ma Première Boulangerie

    100 % fait maison

    Alors que beaucoup de boulangeries utilisent des produits semi-finis (viennoiseries ou encore fonds de tartes tout prêts, qu’il ne reste qu’à cuire) Ma Première Boulangerie mise sur du 100 % fait maison. Tout est réalisé dans un laboratoire, lui aussi situé à La Turbie. L’exigence se paye : les salariés sont nombreux et le rythme infernal, mais sa réputation s’étend rapidement. L’enseigne a déjà conquis les habitants de La Turbie, d’Eze, et bien au-delà. « On a des clients qui viennent de Monaco, et même d’Antibes », se réjouit l’artisan. Sa société fournit également l’AS Monaco, Dean & Deluca, My Way ou encore le petit Casino récemment ouvert boulevard d’Italie. En août 2025, elle a ouvert un nouveau dépôt de pain à Èze. Le pain est fabriqué à La Turbie et livré deux à trois fois par jour. « On a eu un bel accueil des Ézasques », se réjouit Pierre Briand. Ce dernier a par ailleurs racheté l’immeuble de sa boutique pour agrandir cette dernière et ajouter un second laboratoire.

    Le rêve monégasque… qui prend du temps

    L’étape suivante, c’est l’ouverture d’une nouvelle boutique à Monaco, au 2 boulevard d’Italie, dans les locaux de l’ancienne boulangerie Helena, fermée depuis plusieurs années après une faillite. Un projet qui le réjouit, mais qui se révèle semé d’embûches. « Je suis sur l’affaire depuis 3-4 ans. J’espère ouvrir début 2026, mais c’est très compliqué », explique-t-il à L’Obs’. Pierre Briand a acquis le fonds de commerce appartenant aux Domaines il y a un an et demi. Depuis il paie un loyer tous les mois, mais les choses n’avancent pas comme prévu. « Au départ, on m’a dit que c’était exploitable tout de suite avec un coup de peinture. En réalité, pas du tout. On n’était pas aux normes, et je n’y aurais jamais fait travailler des salariés en l’état ». Les obstacles sont nombreux : obligation de passer par un architecte monégasque, procédures interminables, contraintes esthétiques imposées… « Une fois les travaux acceptés, puis réalisés, nous pourrons passer au recrutement en respectant la priorité aux Monégasques », ajoute le gérant. La future boutique monégasque reprendra l’esthétique de Ma Première Boulangerie mais troquera le bleu pour un bordeaux, clin d’œil à la Principauté. Tout sera fait maison sur place, sauf le pain, qui sera livré depuis La Turbie à moins que les copropriétaires ne donnent leur accord pour l’ajout d’un four. « Il faut leur consentement car ça dégage des odeurs de pain… Bon, il y a pire comme odeur », sourit Pierre Briand.

    Les défis du métier

    Malgré son succès, il ne cache pas les difficultés de son métier, notamment en matière de recrutement. « Ce sont des professions pénibles, il faut sortir des salaires conséquents pour trouver des gens, et en France on est extrêmement taxés sur la main-d’œuvre », déplore-t-il. À cela s’ajoute l’explosion des coûts de l’énergie et des matières premières. « On paye le beurre 11 euros HT le kilo… Ce n’est pas le business le plus rentable », admet-il. « Les gens sont capables de payer un café trois euros sans problème, mais une baguette façonnée à la main par un artisan qui est debout depuis 2 heures du matin, si ça dépasse 1,50 euro c’est compliqué… Si on veut encore de vraies boulangeries à l’avenir, je crois qu’il va falloir que ça change », termine-t-il.

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.