Créée en 1995, la chorale U Cantin d’a Roca célébrera son trentième anniversaire le dimanche 12 octobre lors d’un concert-apéritif au Marché de la Condamine. Retour sur l’histoire de cet ensemble musical qui anime depuis trois décennies les fêtes populaires, les cérémonies et les moments forts de la vie culturelle monégasque.
Connaissez-vous “Piam’u Frescu”, “U Campanin de San Niculau”, “I limunàri” ou encore “Vegnivene”… ? Ces chansons font partie intégrante de la mémoire collective de la Principauté. Depuis trois décennies, elles résonnent grâce au Cantin d’a Roca, une chorale fondée en 1995, qui célèbre cette année ses 30 ans d’existence. Présente lors des fêtes populaires et des grands moments de la vie culturelle du pays, la “Chanterelle du Rocher” est devenue une voix incontournable du patrimoine monégasque.
Un peu d’histoire
Pour connaître l’histoire de cette formation musicale, un bond dans le temps s’impose. Plus précisément en 1993. Cette année-là, le Comité National des Traditions Monégasques relance les cours de langue monégasque pour adultes. Dans la salle, une poignée de passionnés… Parmi eux, Jo di Pasqua, musicien et auteur-compositeur. À la fin de ces cours du soir, ce petit noyau dur, avec Alex et François Bovini, soucieux de perpétuer les traditions du pays, prennent l’habitude d’entonner des chants monégasques. Peu à peu, une véritable dynamique créative se met en marche. Paroliers et compositeurs unissent leurs forces pour donner un nouveau souffle au répertoire traditionnel. Les textes s’inspirent des poèmes de Paulette Cherici-Porello, Louis Principale, Georges Franzi, Alex et Audrey Bovini ou encore Ange Fasciolo. Jo di Pasqua, lui, en compose les mélodies. « Ce mouvement s’inscrit dans la continuité d’un héritage musical porté par des figures comme José Bergonzi, Henri Crovetto, Marc Curti ou encore Louis Notari », souligne Françoise Cellario, à la tête de la chorale depuis 4 ans, et membre de cet ensemble musical depuis 25 ans. C’est dans ce contexte qu’en octobre 1995, l’idée de former un groupe vocal devient réalité. U Cantin d’a Roca est né.
Chanter le Monaco d’antan
Aujourd’hui, la Chanterelle du Rocher réunit une vingtaine de chanteurs amateurs, accompagnés de Roger Rossignol, enfant du pays et pianiste professionnel. Et que racontent-elles, justement, ces chansons ? « Elles parlent de la vie monégasque d’autrefois. D’un peuple pauvre mais digne, qui vivait simplement, de la pêche, de la terre, des citronniers, des oliviers… Les gens travaillaient dur, mais ils chantaient chaque jour leur amour pour ce petit pays béni des dieux. Il y avait de la joie, toujours », explique-t-elle. Parmi les chansons emblématiques, on retrouve bien sûr “Piam’u Frescu” — une des préférées du Souverain — ou encore “I limunàri”, “Les citronniers”, une référence à une époque où Monaco possédait Roquebrune et Menton. « Seul le Rocher était habité, le reste n’était que champs, vergers, oliveraies et citronniers. Cette chanson est magnifique car elle raconte avec justesse le quotidien de ces hommes et femmes au travail : les hommes dans les arbres, les femmes avec les paniers remplis de citrons sur la tête. C’est un fragment d’histoire en musique. »
Au-delà du patrimoine, un lien humain fort
U Cantin d’a Roca, ce n’est pas seulement une chorale. C’est une communauté de vie. Les liens qui s’y tissent comptent autant que les notes chantées. « Nous sommes effectivement une petite famille, souligne Françoise Cellario. Il y a cinq ans par exemple, au moment de la crise du Covid, j’ai créé un groupe WhatsApp pour garder le lien avec la chorale. Notre local, prêté par l’Académie des langues dialectales, était trop petit pour permettre les répétitions dans le respect des règles sanitaires. J’ai alors contacté la paroisse de Saint-Nicolas pour voir s’ils avaient une salle disponible. Grâce à eux, nous avons pu continuer à nous retrouver, à chanter et à répéter… même avec les masques ! C’est ce qui nous a permis de maintenir un lien social fort ». Un esprit de solidarité qui fait la force du groupe, mais qui ne dispense pas de l’exigence du chant. Faire partie de cette chorale demande tout de même régularité, rigueur et travail. Un investissement que Françoise Cellario espère transmettre aux générations futures. Car si la chorale fait preuve d’une belle vitalité, la moyenne d’âge des choristes se situe depuis le temps entre 60 et un peu plus de 80 ans. « Il est important que les jeunes générations s’emparent à leur tour de ce patrimoine musical », confie-t-elle. Bonne nouvelle : deux jeunes femmes entre 20 et 30 ont récemment rejoint l’ensemble, insufflant ainsi une nouvelle énergie au groupe.
Une date marquante en perspective
Cette nouvelle génération pourra d’ailleurs célébrer une date symbolique aux côtés des plus anciens. Le 12 octobre, U Cantin d’a Roca sera à son tour sous le feu des projecteurs à l’occasion de ses 30 ans. « Ce sera l’occasion pour notre chorale de faire connaître davantage notre patrimoine monégasque à travers le chant et pourquoi pas faire naitre des vocations multigénérationnelles. » La chorale donnera un concert-apéritif au Marché de la Condamine. « J’ai voulu quelque chose de local, de simple, à notre image, souligne la Présidente. Ce sera une soirée sur invitation car les places sont malheureusement limitées. Et surtout, un hommage à tous ceux qui, depuis trente ans, œuvrent dans l’ombre pour faire vivre ce patrimoine musical. » Et qui sait ? Peut-être qu’au détour d’un accord de piano, le Prince Albert II lui-même, entonnera sans doute un de ses chants favoris : « Piam’u Frescu ».


