L’idée d’un métro transfrontalier reliant l’aéroport de Nice à Vintimille en passant par la Principauté de Monaco refait surface. À nouveau, c’est Philippe Ortelli, président de la Fédération des entreprises monégasques (FEDEM), qui le défend. Le tracé prévoit plusieurs arrêts stratégiques : Allianz Riviera, Nice Nord, Pasteur, Monaco, Carnolès et enfin Vintimille.
Philippe Ortelli a une nouvelle fois exprimé sa colère. Lors d’une conférence de presse tenue hier, le président de la FEDEM a dénoncé, encore une fois, la congestion persistante des routes et du réseau ferroviaire menant à la Principauté. Il décrit une situation devenue intenable pour de nombreux salariés monégasques. « Une heure et demie pour venir bosser tous les matins à Monaco, c’est inhumain. Nos salariés ne sont pas corvéables à merci. Le principal problème des entreprises monégasques, désormais, c’est l’attractivité auprès de nos salariés. Depuis plus de 10 ans, aucune infrastructure de transport ou de logement pour actifs n’a été véritablement mise en œuvre par la Principauté alors que nous avons accueilli presque 15 000 salariés de plus en un peu plus de 10 ans. Sur les 20 dernières années, nous avons presque créé 25 000 emplois, indique-t-il. Le dernier ouvrage réalisé par les autorités monégasques, c’est le tunnel descendant qui a maintenant quelques années.» Selon lui, les solutions actuelles – notamment les parkings de dissuasion comme celui des Salines au Jardin exotique – sont loin d’être suffisantes. « Ce n’est pas avec les 1 000 places du parking des Salines ni les éventuelles 3 500 places de la Brasca que nous résoudrons durablement la situation. Ces solutions ne sont pas acceptables au quotidien pour nos salariés, car la rupture de charge et le changement de mode de transport rallongent encore le temps de trajet ! Cela peut être intéressant seulement pour les visiteurs ponctuels. » Une colère qui intervient alors que la circulation automobile est particulièrement chaotique actuellement. Depuis le 2 septembre, les travaux réalisés à Cap-d’Ail sur l’avenue Prince-Rainier-III — désormais réduite à une seule voie et limitée à 30 km/h — engendrent d’importants embouteillages à la sortie de Monaco. « Les conséquences de cette imprévoyance et de cette non-structuration dans le temps, c’est que les salariés ne veulent plus venir travailler ici parce qu’ils en ont marre de passer des heures et des heures sur les routes. C’est une absurdité économique, une absurdité écologique et une absurdité humaine.»
« Nice-Est accessible en 11 minutes, l’aéroport en 23 minutes » avec un métro
Aux grands maux, les grands remèdes… Face à l’ampleur des difficultés de mobilité, Philippe Ortelli défend depuis des années une solution d’envergure : la réalisation d’un métro transfrontalier électrique et moderne reliant l’aéroport de Nice à Vintimille. Une étude de faisabilité à grande échelle devrait, selon lui, être engagée. « Le projet, estimé à 4 milliards d’euros par des groupes de travaux publics, serait amorti sur un siècle – comme tous les grands projets d’infrastructure de ce type dans le monde. Le billet coûterait bien plus d’un euro, mais moins que les frais quotidiens de carburant, de péage et de stationnement. Nice-Est serait accessible en 11 minutes, l’aéroport en 23 minutes. Cela changerait tout ! » Pour l’entrepreneur (qui assure avoir reçu le soutien d’autres membres de la FEDEM, mais aussi de Thomas Brezzo, président du Conseil national, de Christian Estrosi, président de la Métropole ou encore d’Alexandra Masson, députée de la 4ème circonscription des Alpes-Maritimes) il faut penser à des solutions concrètes et durables pour les prochaines décennies. Ce métro qui fonctionnerait 24h/24 et 7 jours sur 7 aurait des arrêts clés à l’Allianz Riviera, Nice Nord, Pasteur, Monaco (Fontvieille, Sainte-Dévote, Monte-Carlo, Saint-Roman), Carnolès et Vintimille. Le choix d’étendre le projet de métro jusqu’à la cité italienne s’explique par la volonté de développer un potentiel de main-d’œuvre encore peu exploité côté italien. Cette zone est perçue comme une réserve importante d’actifs à mobiliser pour l’avenir. Dans le tracé de métro présenté par la FEDEM, on voit également que certaines zones comme Villefranche-sur-Mer, Beaulieu-sur-Mer ou bien Saint-Jean-Cap-Ferrat ne seraient pas desservies par le métro, et ce, « en raison de contraintes géologiques ». Toutefois, le fait de réduire la circulation des autres communes voisines permettrait déjà de désengorger significativement l’accès à la Principauté.
Les nuisances ?
Le président de la FEDEM assure également que la construction de ce métro souterrain de 30 kilomètres « ne causerait pas de nuisances » et que « deux grands groupes français » – sans toutefois les nommer – ont travaillé dessus. « Le projet a été pensé pour ne pas avoir d’expropriations foncières, a-t-il indiqué. Nous avons travaillé géographiquement et géologiquement pour essayer de mettre au point un trajet qui tienne la route. Il est très important que des études sérieuses soient lancées pour que l’on puisse lever des fonds, lever de la dette, lever des subventions européennes, car on est sur trois pays, et ainsi équilibrer le budget. C’est un projet qui fait peur. Certes, il faut être prudent, mais nous pouvons y arriver. » La FEDEM rappelle également que le projet de métro profiterait à trois territoires : la Ligurie, les Alpes-Maritimes et Monaco. Pour illustrer la faisabilité, l’exemple de la Suisse est cité : Lausanne dispose déjà de deux lignes de métro et le pays a construit 52 km de tunnel à travers les Alpes en quelques années. « À ceux qui disent que c’est trop gros, que c’est trop ceci, que c’est trop cela… Je réponds, les Suisses l’ont fait. Désormais, nous mettons ce projet entre les mains de ceux qui peuvent décider. »

