La publication d’un article du quotidien La Lettre, intitulé Bruxelles place Monaco sur sa liste noire en matière de lutte contre le blanchiment, a suscité de nombreux commentaires en Principauté. Robert Laure, Président de l’Association Monégasque des Activités financières (AMAF), donne sa version des faits et dément l’existence d’une liste noire qui concernerait la Principauté.
Selon un article publié le 4 juin 2025 dans La Lettre, Monaco pourrait prochainement être inscrite sur la « liste noire » de l’Union européenne des juridictions présentant un risque élevé de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Pierre-André Chiappori, conseiller-ministre aux Finances et à l’Économie, a récemment démenti cette affirmation la qualifiant de « complètement fausse ». Quelle est votre lecture de la situation ?
Les propos de notre Conseiller-Ministre Pierre-André Chiappori expriment une réalité factuelle à laquelle je m’associe. Dans l’article de La Lettre tous les mots y sont, mais ils ne sont pas dans le bon ordre, et ils sont appliqués à des sujets erronés. Cet article crée une confusion en suggérant que la Commission européenne envisagerait d’inscrire Monaco sur une liste noire en raison d’un manque de coopération en matière de lutte anti-blanchiment. Or, il y a deux erreurs à ce propos. Premièrement, il n’existe pas de « liste noire » européenne spécifique au blanchiment d’argent. Celle qui existe, la liste des ETCN (1), concerne la non-conformité aux échanges automatiques d’informations fiscales (standards de l’OCDE). Il se trouve que, dans ce domaine, Monaco respecte pleinement ses obligations. Un rapport très positif a été publié à ce propos. L’article sous-entend également que Monaco n’a pas fait ce qu’il fallait pour se mettre en conformité en matière de lutte contre le blanchiment. Or, le 10 décembre 2024, Moneyval a publié le premier rapport de suivi de la Principauté, qui relève « des progrès significatifs dans le niveau de conformité » avec 39 recommandations positives sur 40. Bien sûr, les actions et les résultats doivent être poursuivis et complétés en matière d’effectivité, mais on ne peut pas dire que la Principauté n’a pas suffisamment réagi depuis son inscription sur la liste grise du GAFI en juin 2024.
Concernant cette liste des juridictions à haut risque qui sera très prochainement publiée par la Commission européenne, est-ce la suite logique de la liste du GAFI ? Ou est-ce une nouvelle dégradation de la position internationale de Monaco ?
Il ne s’agit pas d’une nouvelle dégradation et, encore une fois, il n’est pas question d’une quelconque liste noire. La Commission européenne va prochainement mettre à jour et publier sa liste des pays placés sous surveillance pour des insuffisances en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB/FT). Cette liste est établie à partir de celle établie par le GAFI. Je précise que cette mécanique s’applique automatiquement, sauf pour deux catégories de pays : les membres de l’Union européenne et les candidats officiels à l’adhésion. Ce n’est donc pas une surprise mais une formalité. Les grands acteurs du monde de la finance, aujourd’hui, savent très bien comment fonctionnent ces mécanismes. Pour eux, il n’y a aucun étonnement sur le fait que prochainement, la liste de l’Union européenne soit mise à jour et que le cas de Monaco soit traité à ce moment-là. Pour eux, c’est évident. Ce qui n’était pas prévisible en revanche, c’était le délai d’un an qui a été nécessaire pour que la Commission européenne mette à jour et publie cette liste.
Justement, la Principauté a été inscrite sur la liste du GAFI en juin 2024. Pierre-André Chiappori avait alors indiqué qu’une inscription sur la liste européenne suivrait logiquement dans un délai de six mois. Pourtant, cela a pris près d’un an. Qu’est-ce qui explique ce retard ?
Car des échanges et des arbitrages politiques existent. Le Parlement européen ou le Conseil de l’Union peuvent émettre des objections sur l’intégration ou la sortie de certains pays. Par exemple, lors d’une précédente mise à jour, certains États membres s’étaient interrogés sur la sortie de certains pays de la liste, ce qui a entraîné un long processus de négociation interne, qui a duré près d’un an. Pour Monaco, ces discussions et négociations ont allongé la procédure d’environ six mois.
Si la Commission européenne inscrit Monaco sur la « liste des juridictions de pays tiers à haut risque » ne satisfaisant pas les exigences de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, cela placerait la Principauté aux côtés de pays comme l’Afghanistan, la Corée du Nord ou encore le Panama. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Il convient de faire la distinction entre une procédure administrative soumise à un calendrier d’exécution commun aux juridictions citées et une évaluation qualitative menée dossier par dossier. Sans commenter les juridictions étrangères, je peux affirmer qu’à Monaco, nous collaborons étroitement avec les organismes internationaux (Moneyval, GAFI, OCDE). Des réformes concrètes ont été mises en œuvre dans les délais, et à ce stade de complétude, Moneyval a déjà reconnu les progrès substantiels réalisés. Notre rendez-vous d’évaluation finale avec le GAFI est prévu au premier semestre 2026. Restons groupés et concentrés sur l’objectif.
(1) États et Territoires non Coopératifs.
