Ancien palace luxueux devenu copropriété, le Riviera Palace de Beausoleil rouvre depuis peu ses portes à la curiosité du public grâce à des visites guidées proposées par l’Office du tourisme de la commune. Plongée dans l’histoire flamboyante d’un joyau architectural, témoin privilégié des fastes de la Riviera du XIXème siècle.
27 Boulevard de la Turbie à Beausoleil, perché à 180 mètres d’altitude au-dessus de Monaco, le Riviera Palace trône comme le témoin silencieux d’une époque révolue. C’est ce bâtiment imposant que l’on peut apercevoir depuis le marché en levant un peu les yeux. Un établissement d’une impressionnante largeur, avec des façades ocres ornées de balustrades en majolique bleue. Ancien hôtel de luxe aujourd’hui copropriété résidentielle, ses murs chargés d’histoire offrent un bond dans la Riviera dorée du 19ème siècle et dans l’art du confort et le souci du détail qui régnaient à cette époque. L’office du tourisme de Beausoleil propose depuis peu des visites guidées permettant de découvrir les secrets et anecdotes de ce joyau architectural. Pour comprendre pleinement le cachet qui émane encore de ses façades, il faut remonter le temps, à l’époque où la Riviera attirait, en particulier l’hiver, souverains, aristocrates et artistes venus profiter de la clémence du climat régional. Flashback.
Accueillir l’aristocratie exubérante du 19ème
Nous sommes en 1898. La Riviera française est une destination de villégiature privilégiée pour les élites européennes. Le succès de la Société Internationale des Wagons-lits (à l’origine notamment de l’orient express) avec le Riviera Palace de Nice (Cimiez 1892) l’amène à en construire un autre à Beausoleil (qui était à l’époque en territoire turbiasque). La société rachète ce terrain à un particulier. Les travaux du Riviera Palace démarrent en 1898 et suivent les plans dessinés par l’architecte parisien Georges Chedanne. La Société des Bains de Mer (SBM) qui tenait déjà le Casino et plusieurs hôtels en Principauté, est ravie de l’apparition de ce nouvel hôtel, à la hauteur des exubérances de la clientèle aristocratique, notamment russe, trop tapageuse pour ses palaces plus feutrés comme l’Hôtel de Paris ou l’Hermitage.

Un paquebot hôtelier employant 1 000 personnes
Le chantier, finalisé en 1903, laisse place à un bâtiment majestueux typique du style Belle Époque : une façade en béton recouverte de stuc, flanquée de deux tours carrées de six étages, des balcons sculptés, des bow-windows, des encorbellements… Le Riviera Palace impressionne par ses volumes. C’est un véritable paquebot hôtelier doté de 150 chambres, qui mobilise pas moins de 1 000 employés. Les clients de l’hôtel y arrivent en calèche et s’arrêtent juste devant la porte à tourniquet. L’intérieur est tout aussi impressionnant. Dans l’entrée dotée de colonnes, un escalier monumental en marbre, orné de vitraux, avec des marches larges et peu hautes, pensées pour le confort des dames en robes imposantes. Au milieu, un ascenseur (encore en service plus d’un siècle plus tard) avec structure en fer forgé, cabine en bois verni, banquette intégrée… un bijou de technologie du tournant du siècle.
Le jardin d’hiver, pièce maîtresse de l’établissement
Le matin, les invités peuvent prendre leur petit-déjeuner dans le jardin d’hiver, pièce architecturale maîtresse du bâtiment. Cette serre, d’une envergure remarquable — plus de 900 m² et jusqu’à 27 mètres de hauteur —, est enveloppée d’une immense verrière que l’on dit sortie des ateliers Eiffel (sans preuve formelle). Elle accueille une luxuriante végétation où se mêlent plantes grasses, palmiers, cactus et autres végétations subtropicales. Une longue galerie est dédiée à la promenade, et un patio avec des assises, un bar américain et un orchestre de chambre permet de déjeuner, mais aussi de faire la fête (cet espace fait aujourd’hui partie des parties communes de la copropriété). Le Riviera Palace accueille les plus grands noms de l’aristocratie, de la politique et de la culture du 19ème siècle tels que le tsar Nicolas II, le shah d’Iran, Léopold II roi de Belgique, Winston Churchill, la femme de lettres Colette — qui y a écrit L’Ingénue libertine —, Stravinski, Maurice Ravel, Serge Diaghilev et ses célèbres danseurs russes…
Un tram pour se rendre au Casino
Pour accéder facilement au Casino de Monte-Carlo, les clients de l’hôtel peuvent emprunter, sur la terrasse du Riviera palace, le tramway électrique à crémaillère qui relie la Turbie à Monaco. Le matériel roulant est composé de deux locomotives luxueusement aménagées. Problème : quatre jours après sa mise en service, une motrice déraille dans la courbe précédant le Riviera Palace et redescend la forte pente à une allure folle, soulevant un nuage de poussière, détruisant tout sur son passage, franchissant en trombe le Boulevard du Nord (actuel boulevard princesse Charlotte) coupant en deux un malheureux fiacre et venant s’écraser dans la vitrine d’un antiquaire « avec un fracas épouvantable », selon la presse locale. Heureusement, l’accident ne fait que quelques blessés légers. Mais par prudence, après modification des dispositifs de freinage, le service ne reprend qu’un an plus tard… A partir de 1910, le service est réduit à une seule motrice n’assurant que vingt départs par jour et l’hôtel met en place un service de navettes automobiles qui déposent les clients à l’entrée du Casino. Le tramway est arrêté lors de la déclaration de guerre, en août 1914.
Hôtel, hôpital militaire, puis copropriété
C’est aussi lors de la Première Guerre mondiale que le sort de l’hôtel a basculé. La fête n’est plus de mise et le bâtiment est réquisitionné en hôpital militaire. Il rouvre en 1920, mais la révolution bolchévique et la montée en puissance des sports d’hiver détournent sa riche clientèle vers d’autres horizons. Par manque de fréquentation, il est contraint de fermer définitivement en 1932 et est même voué à la démolition. Il est finalement sauvé en 1936 par une société immobilière qui le rachète et transforme les chambres en 100 appartements. Le Riviera Palace est donc à présent une copropriété. Il faut compter entre 6 500 et 12 000 euros le mètre carré environ pour acheter l’un de ses biens. Notons que de nombreux propriétaires y proposent des séjours via Airbnb, ce qui peut permettre à un panel plus large de personnes de découvrir les charmes de ce bijou, et la vie de palace… Actuellement en pleine rénovation, le bâtiment ne risque plus aujourd’hui d’être rasé puisque sa façade, ses pièces communes et son jardin d’hiver sont inscrits aux monuments historiques depuis 1989.














