Après des décennies d’attente, les bénévoles et les salariés de la Spa de Monaco voient enfin leur projet se concrétiser. Un nouveau refuge accueillant les animaux abandonnés de la Principauté et des villes voisines a été construit à Peille et devrait ouvrir ses portes en septembre prochain. En attendant le déménagement, c’est toujours à Èze, au sein du refuge l’Abri, qu’ils sont accueillis et soignés. Quelles sont les causes les plus fréquentes d’abandon ? Malgré la vétusté du refuge actuel, les animaux se sentent-ils bien ? Océane Barascut, cheffe d’équipe au sein du refuge d’Èze et future responsable du refuge de Peille nous répond.
Vous avez intégré l’Abri, le refuge d’Èze, il y a 4 ans. Pouvez-vous nous dire quels types d’animaux sont accueillis en ce lieu ?
Au refuge d’Èze, nous accueillons les chiens et les chats abandonnés de la Principauté ainsi que ceux en provenance des zones limitrophes. Nous prenons également en charge les animaux en divagation (qui n’ont pas de propriétaires), mais uniquement ceux retrouvés sur le territoire monégasque. Nous assurons également la prise en charge temporaire des animaux appartenant aux personnes monégasques pendant une hospitalisation de courte durée. Les animaux errants situés sur le territoire français sont quant à eux d’abord recueillis en fourrière. Ils y restent durant une durée légale de huit jours ouvrés. Ensuite, la fourrière nous contacte pour savoir si nous avons la capacité de les prendre en charge, ce qui est le cas le plus fréquent.
Combien avez-vous d’animaux actuellement au sein du refuge ?
Concernant les chiens, s’ils parviennent à cohabiter, nous pouvons en placer deux ou trois dans un même box et accueillir plus d’une vingtaine de chiens. En revanche, certains ont des tempéraments plus difficiles et ne s’entendent pas avec leurs congénères. Pour ceux-là, nous sommes obligés de les placer seuls. Par conséquent, le nombre d’animaux que nous accueillons est aléatoire selon le profil des chiens. Actuellement, nous en avons 16.

Qu’en est-il des chats ?
La chatterie est très grande. On peut donc en accueillir un grand nombre, jusqu’à une trentaine potentiellement si la cohabitation se passe bien. A ce jour, nous en avons dix qui vivent ensemble, pas tous adoptables, et cinq dans des espaces individuels.
Quelles sont les causes d’abandon les plus fréquentes ?
Souvent, les propriétaires nous disent qu’ils travaillent toute la journée et que leur chien qui reste en appartement aboie beaucoup et dérange le voisinage. D’autres nous indiquent que leur chien détériore leur appartement. Les problèmes d’allergies sont également souvent mis en avant. Il arrive aussi que le chien, en raison d’un manque d’exercice et de stimulation, ne parvienne pas à s’intégrer à la famille et les propriétaires sont dépassés. Il y a aussi malheureusement, les abandons de départs en vacances.
Il y a également sans doute des personnes âgées qui n’ont plus la capacité de s’occuper de leurs animaux ?
Absolument oui. C’est une autre cause fréquente. L’abandon peut être également lié à des difficultés financières, en raison de l’inflation ou à la suite d’une perte d’emploi par exemple. C’est particulièrement problématique pour les gros chiens, car les coûts de nourriture et de soins sont élevés.
Recueillez-vous aussi des chiens maltraités ?
Oui, très souvent. On peut voir des signes de maltraitance, soit physiquement, soit à travers leur comportement. Dans la quasi-totalité des cas, ces animaux proviennent de la fourrière. Nous devons alors entreprendre un travail important avec eux pour tenter d’apaiser leurs traumatismes. C’est parfois difficile, car certains sont profondément ancrés.
Au sein du refuge d’Èze, accueillez-vous également ce que l’on appelle des “NAC”, des nouveaux animaux de compagnie, à savoir des rongeurs, des oiseaux, ou encore des reptiles…
Nous devons effectivement accueillir ce type d’animaux, mais uniquement s’ils viennent de Monaco. Cela peut être un lapin, une tortue ou bien encore un serpent. En revanche, il s’agit simplement d’un accueil d’urgence temporaire, car nous n’avons pas de certificat capacitaire pour les prendre en charge. On s’arrange donc rapidement pour leur trouver un autre lieu d’accueil. Cela peut être par exemple le Jardin animalier de Monaco.
Accueillez-vous également des oiseaux blessés ?
Oui effectivement, notamment les martinets et les goélands qui sont des espèces protégées. Quand nous n’arrivons pas à les soigner, nous les confions au Jardin animalier de Monaco ou à des associations spécialisées.
Malgré la vétusté du refuge d’Èze, pensez-vous que les chiens et les chats s’y sentent bien ?
On ne peut pas le nier, le refuge est effectivement vieux et vétuste. En revanche, je suis certaine que les chiens s’y sentent bien. Les boxes sont grands, entre 15 m2 pour les plus petits, et 50 m2 pour les plus grands, ce qui est vraiment important pour un refuge. Ils ont de la place et sont en plein air. Quant aux six agents animaliers qui y travaillent, ils sont très compétents, et font leur maximum pour assurer le bien-être des animaux.

Les chiens partent-ils en balade durant la journée ?
Les chiens sortent tous les jours obligatoirement. Nous nous organisons pour qu’ils fassent chacun, quatre à cinq jours par semaine, deux sorties, une de 45 minutes dans le petit parc de détente, seuls ou à plusieurs en fonction de leurs ententes et une balade individuelle. Quand nos journées sont très chargées, ils vont uniquement dans le parc de détente. Lorsque nous avons du temps, nous organisons également des balades supplémentaires.
Par rapport aux nuisances sonores, avez-vous des plaintes de voisinage ?
Nous faisons le maximum pour diminuer les nuisances. Il faut savoir que le refuge est fermé au public. Personne ne peut rentrer dans le chenil. Les personnes qui souhaitent adopter ne se rendent pas devant les boxes pour voir les chiens. C’est aussi pour cette raison qu’il y a peu d’aboiements.
Pourquoi le public n’est-il pas autorisé à entrer dans le refuge ?
D’une part, lorsque des visiteurs entrent au refuge, 80 % des chiens présents vont aboyer. Cela peut être assez anxiogène. Ce n’est agréable ni pour les visiteurs, ni pour les chiens, ni pour le voisinage. D’autre part, car cela peut être dangereux. Il suffit qu’un visiteur passe un doigt à travers une cage par exemple et il peut y avoir un risque de morsure.
Le refuge étant inaccessible au public, comment vous organisez-vous pour que les personnes qui souhaitent adopter rencontrent les chiens ?
En général les personnes nous contactent après avoir consulté les réseaux sociaux du refuge l’Abri de la S.P.A. de Monaco (1). Nous leur faisons d’abord remplir un formulaire de manière à déterminer quelle race de chien elles souhaitent, quel tempérament et dans quel environnement évoluera l’animal : en appartement, en villa, avec d’autres animaux, des enfants, etc. Si nous identifions un chien au refuge correspondant à leur demande et aux besoins de l’animal, nous organisons une rencontre en extérieur, et nous faisons ensuite une balade. C’est beaucoup plus bénéfique pour tout le monde. A la fois pour le futur propriétaire et pour le chien, qui est heureux de sortir. Nous optimisons ainsi les chances d’adoption.
Vous allez superviser le nouveau refuge situé à Peille. Que pouvez-vous nous en dire ?
C’est un bâtiment entièrement neuf. Le gros avantage de ce refuge c’est son environnement. A Èze, il n’y a qu’une petite zone de balade, alors qu’à Peille, les sentiers pour se promener sont beaucoup plus nombreux. L’autre atout c’est l’absence de pollution. Ici à Èze, elle est très forte, car nous sommes situés à proximité d’une route avec du passage permanent. D’un point de vue architectural, le projet faisant partie d’une zone naturelle protégée, nous avons travaillé en étroite collaboration au début du projet avec l’architecte des bâtiments de France. Deux principes architecturaux ont été retenus : l’intégration dans la pente pour limiter la perception extérieure du bâtiment et l’utilisation de matériaux locaux pour ne pas dénaturer le site, notamment la pierre en façade. C’est un bâtiment éco responsable qui s’intègre parfaitement dans son environnement.
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Le nouveau refuge sera également plus fonctionnel pour vous ?
Oui absolument. Bien que les boxes soient plus petits à Peille qu’à Èze, ils ont l’avantage d’être tous rassemblés les uns à la suite des autres. Pour le nettoyage, par exemple, c’est bien plus fonctionnel.
En capacité pleine, combien pourrez-vous accueillir d’animaux à Peille ?
Difficile de vous dire avec précision, car c’est toujours aléatoire, mais je dirais une quarantaine de chiens et plusieurs dizaines de chats. En revanche, à l’ouverture du refuge, nous ne serons pas en capacité pleine. Nous assurerons un accueil progressif, le temps que tout soit fonctionnel et que l’ensemble du personnel ait adopté les automatismes. Le but est que les animaux se sentent bien, soient calmes, et présentables aux familles d’adoption.
Un espace pour les NAC a également été prévu ?
Oui tout à fait. Là encore, comme à Èze, il s’agira d’un accueil temporaire d’urgence le temps de transférer ces animaux dans des lieux plus habilités à les recevoir.
Quand peut-on espérer une ouverture officielle de ce refuge ?
Nous espérons une ouverture officielle au mois de septembre prochain.
Vous êtes actuellement 6 salariés au refuge d’Èze. Allez-vous devoir recruter ?
Oui, très probablement. Nous étudions actuellement les besoins futurs en salariés qualifiés.
Êtes-vous beaucoup sollicités pour du bénévolat ?
Nous avons effectivement beaucoup de demandes, à la fois pour du bénévolat, mais également pour postuler au sein du nouveau refuge. Ce sont toujours des personnes très bien attentionnées qui veulent donner de l’amour aux animaux, mais la réalité d’un refuge n’est pas celle que l’on peut voir dans certaines émissions de télévision… La vie d’un agent animalier n’est pas facile, car il peut y avoir des chiens agressifs, maltraités et traumatisés qu’il faut savoir gérer, et nous devons tous pouvoir le faire. Certains peuvent mordre, d’autres se bagarrer entre eux. Certains font plus de 30 kg. Il y a des protocoles de sécurité à suivre. Nous avons donc besoin de personnes parfaitement formées (2). C’est la raison pour laquelle nous recherchons des profils bien précis pour les postes d’agents animaliers. Concernant les bénévoles, nous envisageons bien sûr de les accueillir, de les sensibiliser et de leur proposer des tâches adéquates en sécurité.
Le chiffre : 101
C’est le nombre d’adoptions au sein du refuge d’Èze sur l’année 2023. Au 31 mai 2024, 54 adoptions ont été enregistrées.
(1) Facebook & Instagram : Refuge l’Abri – SPA de Monaco. www.spamonaco.mc
(2) Les agents animaliers doivent avoir obtenu la certification ACACED, Attestation de Connaissances des Animaux de Compagnie des Espèces Domestiques.

