Le numérique est un secteur prometteur dans lequel les femmes sont sous-représentées. Orientation scolaire, préjugés, syndrome de l’imposteur… Une récente étude de l’OPIIEC apporte des explications.
La parité progresse indéniablement dans le monde du travail. Les femmes constituent aujourd’hui la moitié des effectifs parmi les médecins, les professionnels du droit, les cadres administratifs et de la fonction publique (1)… Mais certains secteurs font de la résistance à l’instar du numérique, très mauvais élève en la matière. En France, la part des femmes diplômées et en emploi y est seulement de 17%, (le taux est équivalent à la moyenne européenne), et seul 21% des postes de cheffes de projets et de responsables informatiques sont occupés par des femmes. Un constat d’autant plus préoccupant que le numérique est un secteur d’avenir qui devrait créer 232 000 emplois en France entre 2017 et 2027, et que les bénéfices de la présence des femmes sur la performance des entreprises sont aujourd’hui documentés. Par ailleurs, alors que le numérique participe largement à la construction du monde de demain, « la mixité est la seule solution pour éviter le biais de masculinité : qu’il ne soit construit par et pour les hommes », alerte L’Observatoire des métiers du numérique, de l’ingénierie, du conseil et de l’évènement (OPIIEC), qui a publié une étude sur le sujet en mai 2023.
Un problème de mixité dès l’orientation
Le bureau d’étude français a tenté de comprendre les raisons de cette forte masculinisation, qui trouve en fait sa source dès l’orientation scolaire. En 2020 et 2021, les filles représentaient seulement 14% des élèves ayant choisi la spécialité « Numérique et sciences informatiques (NSI) » au lycée. Quant aux études supérieures, seul 23% des candidatures aux formations du numérique sont féminines. Pour les sociétés du secteur, même les plus volontaires, la difficulté à embaucher des femmes se pose donc dès le recrutement. 88% des entreprises interrogées dans le cadre de l’étude disent faire face à une pénurie de candidatures féminines. Mais alors, les filles ont-elles moins d’attrait pour ces métiers ? Il semblerait qu’elles soient surtout inconsciemment moins dirigées vers eux que les garçons…
Une image stéréotypée du métier
Pour l’OPIIEC, « les choix d’orientation sont sous-tendus par les cultures métiers et leurs représentations diffusées au niveau sociétal ». L’image stéréotypée du secteur impacterait ainsi la capacité des filles à s’y projeter. Le bureau d’étude explique que dans le domaine du numérique, les métiers étant nombreux et émergents, ils restent assez obscurs pour les élèves qui s’arrêtent alors à l’image du geek informaticien désocialisé dans laquelle les filles se retrouvent peu.
Le manque de confiance des filles… et de leurs parents
Le manque de confiance en elles est aussi un frein. L’étude montre que même lorsqu’elles ont plus de 14/20 de moyenne dans les matières scientifiques, les filles sont bien moins nombreuses à estimer avoir le niveau pour suivre une formation en école d’informatique : 43%, contre 78% chez les garçons. Pire, leurs parents, qui on le sait jouent un rôle déterminant dans le choix des options et de l’orientation scolaire, seraient du même avis… L’étude rapporte que 61% des garçons sont encouragés par leurs parents à s’orienter vers les métiers du numérique, contre seulement 33% des filles.
Campagnes de communication et modèles féminins
Pour celles que les freins précédemment cités n’ont pas arrêté, et qui parviennent donc à travailler dans le secteur, ce sentiment d’illégitimité se retrouve sous la forme du syndrome de l’imposteur, une tendance psychologique au doute permanent. Cette sensation de ne pas mériter leur réussite, parfois couplé à du sexisme au sein de l’entreprise, serait la cause de nombreuses reconversions et alourdirait ainsi le mauvais bilan de la parité dans le numérique. Une fois les problèmes identifiés, reste à savoir comment l’enrayer. Outre l’éventuel durcissement des quotas (compliqué), l’OPIIEC évoque l’importance de la mise en avant de modèles féminins occupant des postes à responsabilité dans le numérique. Il considère par ailleurs que des campagnes publiques de communication et de sensibilisation, notamment dans les collèges et lycées, devraient être mises en place pour faire mieux connaître les métiers de l’informatique et tenter de susciter des vocations chez les filles.
Une mixité à reculons
Entre les années 1940 et 1980, les femmes aux Etats-Unis comme en Europe étaient davantage présentes dans les métiers de l’informatique. Entre 1982 et 1984, le taux de féminisation du secteur était deux fois plus élevé qu’aujourd’hui (30%). L’informatique était considérée comme du « travail de bureau » et ainsi associé à un rôle social féminin. A partir des années 1980, le secteur s’est développé et les hommes l’ont investi. L’usage du micro-ordinateur dans les foyers leur est en grande partie réservé et les compétences visibilisées dans le numérique deviennent techniques, et donc assimilées à des rôles masculins.
(1) Selon une étude de l’Observatoire des inégalités publiée le 4 mars 2022.
