Quels sont les secteurs qui recrutent le moins en Principauté et pourquoi ? Emmanuelle Cellario-Florio, cheffe du service de l’emploi et Muriel Bubbio, responsable de la commission d’insertion des diplômés (CID) nous dressent un inventaire des métiers qui n’embauchent pas, ou très peu, actuellement à Monaco.
Immobilier : un secteur inaccessible aux jeunes diplômés
Vous imaginiez peut-être que devenir vendeur immobilier dans le pays où le m2 est le plus cher au monde est le métier idéal pour gagner beaucoup d’argent ? En théorie oui, mais en pratique, trouver sa place dans ce micromarché hautement concurrentiel n’est pas du tout aisé. « Le secteur de l’immobilier monégasque est un secteur réglementé. Ce qui est logique comme tenu des limites du territoire. Les sommes en jeu sont très importantes. La clientèle est toujours plus exigeante, à la recherche de produits d’exception, de sécurité et souvent de discrétion. Tout ceci nécessite une certaine expertise qui ne peut s’acquérir pour les profils juniors qu’avec le temps », note Emmanuelle Cellario-Florio, cheffe du service de l’emploi. Même constat pour Muriel Bubbio, responsable de la commission d’insertion des diplômés (CID). « Un agent immobilier aura tendance à confier la vente d’un bien immobilier de plusieurs millions d’euros à une personne déjà expérimentée. Par conséquent, pour un profil junior, s’il est possible de trouver un emploi en tant que commercial dans l’immobilier en Principauté, il devra faire ses preuves du fait de la nature même du marché monégasque. » Ces deux professionnelles conseillent donc aux jeunes générations qui souhaitent tout de même faire carrière dans ce domaine à Monaco, d’entrer par la « petite porte », en faisant de l’opérationnel ou bien encore du back-office. « Dans le même secteur d’activité il faut également mettre en avant les métiers de syndic ou de gestion immobilière qui offrent de nombreuses opportunités, auxquels il nous faut intéresser les plus jeunes générations. »
Yachting : un secteur fermé aux ultra-juniors ?
Devenir commercial dans l’immobilier en Principauté tout comme dans le yachting n’est pas chose aisée. Et les causes sont fondamentalement les mêmes dans les deux secteurs. Ces bijoux nautiques étant vendus à des prix exorbitants, il n’y a pas vraiment de place pour la jeunesse fraîchement diplômée. « Compte tenu de l’importance des transactions, du niveau d’exigence des clients, on peut comprendre qu’il est parfois difficile de confier ces ventes à une personne dont l’expérience professionnelle est encore limitée. C’est la raison pour laquelle j’attache une grand importance à développer un réseau de partenaires, à proposer des stages et à présenter des candidatures auprès des professionnels de la place », confirme Muriel Bubbio, responsable de la commission d’insertion des diplômés (CID). Même constat pour Emmanuelle Cellario-Florio, cheffe du service de l’emploi. « Avant de devenir broker et d’être au contact direct des clients, il faut là aussi passer par des métiers transverses ou des missions administratives et/ou juridiques, notamment en droit maritime. » Autre problématique dans ce secteur encore très anglo-saxon : il n’existe pas de diplômes de yachting en tant que tel. « L’International University of Monaco (IUM) propose toutefois une spécialisation qui permet d’enseigner aux jeunes les codes du yachting », précise Muriel Bubbio. Pour trouver un travail dans le domaine du yachting, une autre option existe : travailler dans les assurances de bateaux ou faire partie de l’équipage « mais ce ne sont pas les aspirations principales des jeunes que nous suivons aujourd’hui », constate la responsable de la CID.
Ostéopathie : le trop-plein (et un record mondial à Monaco)
Depuis plusieurs années, le nombre d’ostéopathes sur Monaco ne cesse d’augmenter. La Principauté enregistrerait même un record mondial dans ce domaine d’activité avec 1 ostéopathe pour 2000 habitants. Comment expliquer un tel afflux massif de Monégasques intéressés par cette profession ? « Il y a eu une vague d’étudiants lorsque le diplôme a été reconnu, explique Muriel Bubbio, responsable de la commission d’insertion des diplômés (CID). Cela a été une alternative pour les jeunes qui souhaitaient travailler dans le domaine de la santé, sans pour autant faire des études longues de médecine ou d’une autre profession de santé. Si cette profession a séduit de nombreux jeunes, il faut bien constater qu’il est difficile aujourd’hui, compte tenu de l’offre existante, d’ouvrir de nouveaux cabinets en Principauté. » La CID conseille donc aux futurs étudiants de choisir plutôt la kinésithérapie, branche où il y a beaucoup plus de besoins à Monaco. « La durée d’études est la même, à savoir 5 ans, mais le cursus est différent. Dans un cas, il faut faire une école d’ostéopathie, dans l’autre, il faut faire médecine et passer un concours. »

Management du sport : des opportunités très limitées
En Principauté, il n’y a que deux équipes sportives professionnelles, l’une en basket, l’autre en football. Ainsi, ce n’est pas à Monaco que les offres d’emplois seront nombreuses dans ce domaine. « Ainsi, tout ce qui est relié au management du sport, nous déconseillons à nos jeunes, explique Muriel Bubbio, responsable de la commission d’insertion des diplômés (CID). Cela ne veut pas dire pour autant qu’on va leur déconseiller totalement de faire des études dans ce domaine. On va simplement leur expliquer qu’il vaut mieux faire des études de management de manière générale, sur un spectre large, quitte à plus tard, durant leur carrière, se spécialiser dans le sport. »
Marketing, communication et événementiel : un secteur séduisant mais avec peu d’offres
Ce sont des secteurs qui séduisent beaucoup les jeunes générations. Problème : « ce ne sont pas des métiers très porteurs actuellement car il y a énormément de demandes par rapport à l’offre », note Emmanuelle Cellario-Florio, cheffe du service de l’emploi. Dans ces domaines, pour espérer toutefois tirer son épingle du jeu, mieux vaut avoir des compétences numériques et s’être formé en communication digitale.
Métiers artistiques : des emplois au compte-goutte
Régisseur, musicien, danseur, chef d’orchestre, scénographe, ingénieur du son, ou encore costumier… tous ces métiers artistiques sont bel et bien présents à Monaco. Problème : très concrètement, il n’y a pas d’employabilité. « Les institutions culturelles monégasques peuvent parfois être pourvoyeuses d’emplois, mais pas en volume. Ce sont des domaines très spécifiques où les offres sont extrêmement rares », note Muriel Bubbio, responsable de la commission d’insertion des diplômés (CID).
Désindustrialisation et érosion des offres
Comme de nombreux pays, la Principauté a connu à son tour une lente mais inéluctable érosion du nombre de ses industries. « En raison de cette désindustrialisation, il n’y a donc plus de lignes de production, et donc presque plus de recrutements d’ouvriers », note Emmanuelle Cellario-Florio, cheffe du service de l’emploi. Étant donné le prix du foncier en Principauté, ce sont les industries à haute valeur ajoutée, et peu gourmandes en m2 qui perdurent et se développent à Monaco. « Les recrutements se font donc surtout sur des métiers très qualifiés, dans la R&D et l’ingénierie. »
Par Mélicia Poitiers et Sabrina Bonarrigo


