À Monaco comme en France, le scoutisme semble connaître une seconde jeunesse, attirant à chaque rentrée de plus en plus d’enfants. Marie-Hélène Gamba, présidente de l’Association des guides et scouts de Monaco — dont la présidente d’honneur est la princesse Caroline de Hanovre —, nous explique pourquoi.
Dans de nombreuses régions de France, le scoutisme semble revenir à la mode. Avez-vous également constaté cela à Monaco ?
Oui, incontestablement. Cela a commencé après la pandémie. Celle-ci avait mis un terme à la plupart de nos activités, en raison notamment des interdictions de se regrouper, ce qui reste l’essence du scoutisme. Depuis, nos effectifs augmentent régulièrement. En cette rentrée par exemple, une quarantaine de jeunes supplémentaires nous ont rejoints. Cela tient aussi au fait que nous avons su nous adapter aux journées des enfants, désormais plus occupés qu’il y a quelques années. Le mercredi, nous savons qu’ils sont très pris par le sport ou la musique ; alors, nous concentrons nos camps et nos regroupements sur les week-ends, au rythme d’un week-end sur deux.
Qu’est-ce qui attire les jeunes dans le scoutisme ?
Lorsque l’on organise nos camps de scouts, les jeunes partent pour un week-end avec la tente, avec ce qu’il faut pour faire à manger. Ce format-là a beaucoup de succès auprès des enfants. Pourquoi ? Il y a d’abord cette rencontre avec la nature, l’idée de vivre en équipe, de se répartir des tâches, de s’organiser. Et puis, le fait que l’on organise des conseils de cabane, des réunions de concertation où ils font remonter à leurs chefs leurs préoccupations, durant lesquelles la parole de chacun est importante et prise en compte, pour améliorer ensemble la vie en collectivité. Globalement, le scoutisme réveille aussi la capacité des jeunes à façonner le monde, à changer les choses. Les scouts ont vocation à s’engager dans la communauté : on leur apprend à observer ce qu’il se passe autour d’eux et à développer les qualités pour améliorer le monde.
Quel est le poids des parents dans ce retour des jeunes vers le scoutisme, souvent considéré comme une activité « de nos aînés » ?
De fait, on a souvent des enfants d’anciens scouts. Régulièrement, les parents viennent nous voir et nous disent « moi j’ai été scout, j’ai été là, je suis allé ici… ». Alors effectivement, des parents anciens scouts ont proposé cette activité à leurs propres enfants. Mais le retour à la mode des scouts ne se limite pas à des jeunes qui se mettraient à suivre les recommandations de leurs parents ! Nous avons aussi des enfants qui viennent par eux-mêmes, qui ont entendu parler de ce que l’on propose, par exemple par leurs camarades de classe. C’est aussi pour ceux-là que l’on a mis en place des week-ends de découverte, durant lesquels les enfants peuvent venir voir comment ça se passe, tester l’ambiance, se plonger un peu dans la vie d’un scout. Parce que ce serait mentir de dire que cela peut convenir à tout le monde.
Pourquoi ?
Parce qu’il faut accepter de laisser un peu le confort de la ville, être prêt à dormir sous la tente, sans être sur son téléphone portable constamment… Ainsi, s’il y a des enfants très demandeurs, d’autres vont vite se rendre compte que ce n’est pas pour eux. Nous, on ne force pas du tout. On propose une activité, on la fait tester. Par la suite, on a des jeunes qui se réinscrivent d’une année sur l’autre et qui font de très beaux parcours au sein de l’association. Et qui apprennent à se découvrir, à travers des projets ambitieux, solidaires, qu’ils sont capables d’organiser de A à Z, qui nécessitent de mobiliser des personnes qu’ils n’auraient jamais fréquentées sans les scouts.
À ce titre, le projet Grand Chef Pour Tous est symbolique de ce que proposent les scouts de Monaco…
Absolument. Il est porté par les Pionniers et Caravelles, les 14-17 ans, qui participent régulièrement à des maraudes à Nice. À l’occasion de Noël, ils se sont rendu compte il y a quelques années que tout ce qu’on offrait aux personnes dans le besoin, c’étaient des sandwichs, des choses comme ça. Ils se sont dit que les plus pauvres n’avaient jamais un repas gastronomique, et l’occasion de manger des choses qui sortent de l’ordinaire. Ils sont alors allés solliciter des grands chefs de Monaco pour qu’ils préparent un menu, sont allés collecter les denrées. Et chaque année depuis, ils vont au restaurant du Fourneau économique à Nice — un restaurant pour sans-abri — pour Noël et mettent les petits plats dans les grands, accompagnés par un chef, comme Laurent Colin récemment.
Quelles sont les valeurs clés des scouts aujourd’hui ? Est-ce qu’elles sont différentes de celles d’avant ?
Elles restent dans le sillon creusé par Baden-Powel [Robert Baden-Powell est considéré comme le père des scouts, ayant organisé le premier camp scout en 1907 à Brownsea Island — NDLR]. Les valeurs sont toujours les mêmes, et tournent autour du sens de l’engagement pour la nature, pour les autres. S’engager, ça ne veut pas dire qu’à un moment, on ne peut pas faillir. Mais il y a cet idéal de dépassement de soi, de ses attentes, de porter un regard neuf sur ce qui nous entoure, d’apprendre par l’action.
Aujourd’hui, quelle est la place de la dimension religieuse chez les scouts ? Et par extension, est-ce qu’on peut être un bon scout et non-croyant ?
À Monaco, nous faisons partie des associations du diocèse. Donc la religion catholique fait partie de notre ADN. Mais la foi, cela reste quelque chose de personnel. Ce n’est pas parce qu’on dit à un jeune qu’il doit croire en Dieu, que ses parents sont pratiquants, qu’il va à la messe tous les dimanches… qu’il va avoir un vrai parcours de foi. En revanche, je suis convaincue que le scoutisme — à travers le fait de vivre dans la nature, de créer des moments de spiritualité, d’observer la nature, de donner des clés pour développer une culture intérieure — constitue une porte d’accès à la foi. Nous n’imposons donc pas d’être pratiquant, encore moins d’être baptisé, pour être scout. Mais il n’est pas interdit de se découvrir plus croyant qu’on ne l’imaginerait au fil de nos activités !
Grégory Moris
121 : c’est le nombre de jeunes scouts à Monaco. Il y a également 30 adultes.
Les catégories chez les scouts de Monaco
• 6-8 ans : Farfadets
• 8-11 ans : Louveteaux / Jeannettes
• 11-14 ans : Scouts / Guides
• 14-17 ans : Pionniers / Caravelles
• 17-20 ans : Compagnons
Les inscriptions chez les scouts se font en début d’année scolaire, avant le 31 octobre. Au-delà de cette date, il est possible de venir découvrir l’Association des Guides et Scouts de Monaco à l’occasion d’une activité organisée dans la branche correspondant à l’âge de l’enfant, en écrivant à secretariat@guides-scouts-monaco.asso.mc.



