Chez vous ou au restaurant, vous avez sans doute l’habitude de consommer de la sole, du saumon, du loup, de la daurade ou encore du turbot. Et si vous essayiez d’autres espèces de poissons, un peu moins connues ? Par exemple, la vive, le mulet, ou le grondin qui sont tout aussi savoureux et qui ne subissent pas de surpêche ? C’est ce changement d’habitude alimentaire que prône Mr Goodfish. Ce programme européen – qui vise à préserver les ressources halieutiques – est soutenu par la Fondation prince Albert II de Monaco sur la façade méditerranéenne.
Chaque jour, d’innombrables tonnes de poisson sont prélevées dans la mer. Parfois, à un rythme très supérieur à celui de la reconstitution naturelle des stocks. Selon certaines associations, c’est même un véritable pillage qui se produit. La mer n’est pourtant pas une ressource inépuisable (1). Parce qu’elles sont surexploitées, certaines espèces sont même menacées de disparition. Pour favoriser la consommation de poissons qui sont, au contraire, disponibles en abondance en mer, et dont les stocks ne sont pas en danger, un programme européen a été créé (2). Son nom : Mr Goodfish. « Le principe est d’essayer d’encourager les consommateurs à modifier leur comportement alimentaire lorsqu’ils achètent des produits de la mer. Le message s’adresse aux professionnels (poissonniers, restaurateurs, grossistes, ou encore grande distribution) mais aussi au grand public », explique Tom Biscéré, chargé de mission pour la région Méditerranée. Le message que souhaite faire passer ce programme soutenu par la Fondation prince Albert II est simple : « Nous souhaitons faire prendre conscience qu’il existe une multitude de poissons autres que les produits de la mer que l’on consomme habituellement, et qui, en général, subissent moins de pression de pêche », continue Tom Biscéré.

Des stocks menacés
Les poissons que l’on surconsomme sont bien connus. Ce sont ceux que l’on retrouve généralement dans la restauration, à savoir la sole, le loup, la daurade, ou encore le turbot. Pourquoi faut-il alors veiller à ne pas les surpêcher ? « Car cela entraîne une dégradation, voire, parfois, un effondrement des stocks de ces poissons. A partir du moment où l’on passe sous un certain seuil, les populations n’arriveront plus à se reconstituer. Il faut donc agir avant que ce ne soit trop tard. Le merlu en Méditerranée par exemple, s’est complètement effondré, précise ce coordinateur. Le thon rouge a bien failli également être dans la même situation. Heureusement, un plan de gestion a été mis en place. Un certain tonnage de pêche a été autorisé, et ce tonnage augmente chaque année, car le plan de gestion a bien fonctionné.»
Plusieurs dizaines de poissons inhabituels
Pour découvrir quels sont les poissons issus de la pêche durable, et donc présents en abondance dans les mers, il suffit de jeter un oeil au site https://www.mrgoodfish.com/, ou de télécharger l’application. Plusieurs dizaines d’espèces sont recensées. « Nous nous réunissons quatre fois par an, et à chaque saison, nous établissons une nouvelle liste de recommandations que l’on envoie aux professionnels pour qu’ils puissent faire des choix durables. Il y a des périodes de reproduction, et nous faisons attention à l’état des stocks ». Pour la saison automnale (du 23 septembre au 21 décembre 2023), Mr Goodfish recommande par exemple la vive, la baudroie rousse, la bonite à dos rayé, l’araignée de mer, ou encore le mulet… Le programme fournit même des idées recettes avec les poissons correspondants.
Promotion du programme à Monaco
Pour faire la promotion de ce programme en Principauté, Tom Biscéré a tenu un stand lors du dernier Salon Monte-Carlo Gastronomie organisé sous le chapiteau de Fontvieille. Une bonne occasion de sensibiliser le grand public et les professionnels de passage. « Nous avons pas mal d’adhérents sur Monaco. La plupart des restaurants proposant des plats de poissons le sont. Je réalise également des actions au lycée hôtelier pour sensibiliser les élèves, qui sont potentiellement de futurs chefs. Pendant la Monaco ocean week, il y aura également un évènement destiné aux professionnels pour rendre le programme plus efficient. » Les restaurateurs qui adhèrent au programme ont certaines obligations. Au-delà d’une cotisation annuelle de 50 euros à payer, ils doivent proposer à la carte un ou deux plats de poissons issus des listes établies par le programme Mr Goodfish. « Il ne s’agit pas de dire aux restaurateurs de proposer 100% de poissons inhabituels. On leur demande, en fonction du nombre de plats qu’ils ont à la carte, de proposer un ou deux poissons issus de nos listes, rajoute Tom Biscéré. Ils doivent également faire de la communication sur le programme. C’est-à-dire que le personnel de salle doit être en mesure de répondre aux questions s’il y a des interrogations de la part des clients. Le logo doit également être apposé quelque part sur le menu. Idéalement à proximité du poisson durable qui est proposé. » Ce programme qui vise à préserver les ressources halieutiques estime d’ailleurs que si chaque français consommait une espèce conseillée par Mr.Goodfish simplement une fois par an, ce sont 20 000 tonnes d’espèces menacées qui pourraient être sauvegardées.
(1) Selon la FAO (SOFIA- 2022), au niveau mondial, 57,3 % des stocks de poissons commerciaux évalués en 2019 sont pleinement exploités ce qui exclut toute intensification, 35,5 % sont surexploités. Seuls 7,2 % des stocks sont aujourd’hui considérés comme « sous exploités ».
(2) Mr.Goodfish a été initié par trois aquariums (Acquario di Genova en Italie, Aquarium Finisterrae en Espagne et Nausicaá – Centre National de la Mer, en France). Ils sont parmi les plus importants d’Europe.



