Si certaines industries déclinent en principauté, d’autres ont su s’adapter pour perdurer. C’est le cas de la Samupe, l’entreprise de la famille Mantica qui fabrique des cornets de glace depuis des décennies.
De l’extérieur, rien ne laisse apparaître que de ce bâtiment de quatre étages, niché entre les rues Malbousquet et Honoré Labande, sont fabriqués plus de deux millions de cornets de glace traditionnels par an. C’est en fait l’odeur sucrée qui se dégage des lieux qui nous met sur la piste. Installée dans cette bâtisse depuis la fin des années 1970, la Samupe emploie une quinzaine de personnes. Outre les administratifs, quelques manutentionnaires sont chargés de procéder à la fabrication de la biscuiterie : principalement des cornets de glace moulés et roulés, des cigarettes et des éventails en biscuit. D’autre part, depuis plusieurs années, la Samupe procède également à la revente de produits et petits accessoires pour glaciers (matières premières pour la fabrication de la glace, pâtes et crèmes concentrées, granites, petits pots, petites cuillères, emballages…) et représente de grandes marques italiennes de matériels.
« On s’est adaptés car on veut rester ici »
A chaque étage, l’entreprise dispose de 150 m2 intelligemment répartis pour accueillir les matières premières (sucre, crème, eau et arômes) qui sont déversés à l’étage du dessous par des tuyaux directement dans les machines qui vont fabriquer les divers biscuits. « A Monaco, le handicap, c’est le manque de place. Mais on s’est adaptés car on veut rester ici. On a choisi de limiter notre production mais de ne proposer que de la grande qualité. Ici, on prépare le Louis Vuitton du cornet de glace », réagit avec humour François Mantica, le président délégué général. En principauté, c’est le prix à payer si on veut exploiter une industrie. Au lieu d’y voir une contrainte, les Mantica en ont donc pris leur parti en imaginant une façon de fonctionner qui permette à la fois d’être productif mais aussi rentable. Et ça marche ! Cette industrie génère très peu de nuisances pour le voisinage, qui d’ailleurs ne s’en plaint nullement. « Nous ne sommes pas polluants, on ne fait pas vraiment de bruit. Nous sommes discrets et personne ne se plaint de l’odeur de biscuit », ajoute Jacques Mantica.
De génération en génération…
L’histoire de la Samupe s’est forgée au fil des générations. C’est le grand-père de Jacques et père de François, Ange qui à son arrivée de San Remo a lancé la Gaufretterie de la Côte d’Azur à Monaco en 1952. Ange Mantica avait appris les ficelles du métier par Lupi, l’oncle de sa femme, alors fabricant de cornet de glace à Milan. A son arrivée en principauté, il l’avait d’abord installé rue de la Turbie, puis déménagé avenue Saint-Charles avant que ne soit trouvé cet emplacement près de l’avenue Hector Otto. Un espace plus conséquent qui a permis une accélération de l’activité avec l’usage de plus d’automatisation. Parce que l’affaire est familiale, c’est désormais Jacques qui a repris les rênes de la société à Monaco. Avec l’appui constant de son père François, ils mettent un point d’honneur à assurer tous les stades de la production. Au final, grâce à une machine capable de produire 5 000 à 6 000 cornets de glace par heure, la Samupe en vend plus de deux millions par an. Principalement en France à des glaciers artisanaux ou bien des revendeurs situés sous une ligne entre Bordeaux et Lyon. Beaucoup évidemment sur la Côte d’Azur, notamment chez le fabricant de glaces artisanales Fenocchio à Nice.
Limitation de production obligatoire
Une fois fabriqués, les cornets prennent la direction du dépôt de 3 000 m2 que l’entreprise possède à Contes. Là-bas, les stocks attendent d’être vendus et envoyés aux clients. Un cornet de glace ayant une durée de vie de deux ans. Si la Samupe en produit tout au long de l’année, c’est principalement en période estivale que les demandes sont les plus fortes. Les clients lui sont fidèles. Mais cette qualité a un coût que le patriarche François n’hésite pas à dévoiler. « Nous sommes plus cher que nos concurrents. Notre qualité est supérieure. » En France, seuls deux fabricants sont installés. La majorité d’entre eux se trouvent — étonnamment — en Allemagne. « Car c’est là où ils fabriquent les machines », nous éclaire François Mantica. Dans les ateliers de fabrication, ce sont des dizaines de machines qui peuvent alors être installées. Conscients que la Samupe ne puisse pas s’aligner face aux mastodontes allemands, père et fils ont tout de même fait le choix de poursuivre leur activité en principauté. « On souhaite vraiment rester à Monaco. Certes, on n’a pas autant d’espaces qu’on le voudrait mais on a décidé de se limiter. Cependant, le commerce se porte bien et continuera de fonctionner car la glace il y en aura toujours », réagit Jacques Mantica.



