Jean-Luc Biamonti a annoncé hier qu’il quittera ses fonctions le 24 janvier prochain. Président-délégué depuis 2013 de la Société des Bains de Mer, il laisse à son successeur, Stéphane Valeri, une société avec des comptes en pleine forme.
Il laisse un groupe en pleine santé financière… Après 10 années passées aux commandes de la Société des Bains de Mer, et après de nombreuses crises – à la fois sociales et économiques – à surmonter, le président-délégué, Jean-Luc Biamonti, tire sa révérence. Hier soir, il a présenté ses voeux au groupe. A cette occasion, il a annoncé son départ prochain, prévu à l’issue de la réunion du conseil d’administration des 23 et 24 janvier. Administrateur depuis 1985, président du conseil d’administration depuis 1995, et président-délégué depuis 2013, il a félicité les équipes « pour les excellents résultats » obtenus : « De tout coeur, je souhaite le meilleur pour cette magnifique société et pour vous tous ».
Le Méridien et le Sporting d’été : les deux futurs grands projets de la SBM
Questionné sur son bilan il y a quelques semaines, Jean-Luc Biamonti, estime avoir fait sa part du job durant ses 10 années de mandat. « La feuille de route que l’on m’avait donnée était de rendre cette société profitable, hors loyers. Cette année, a priori, les deux activités traditionnelles, à savoir les jeux et les restaurants, seront à l’équilibre, voire légèrement positives, tous frais chargés, et les bénéfices seront les loyers », a-t-il déclaré à la presse. Les plus grandes réussites du groupe à ses yeux sous son mandat ? Le One Monte-Carlo, la place du Casino renouvelée, et le Café de Paris bientôt agrandi. « Je ne serai pas là pour le voir, mais ce sera à coup sûr très bien. » Les deux futurs projets majeurs qu’il reste à accomplir pour la SBM sont le Méridien et le Sporting d’été, mais sur des échéances beaucoup plus longues. « Stéphane Valeri aura peut-être d’autres projets. Aujourd’hui, il y a 820 millions d’euros dans les caisses de la SBM. Ça aide pour avoir des ambitions », a-t-il ajouté avant de rappeler que si le Sporting d’été appartient au groupe, ce n’est pas le cas du Méridien. « La SBM n’est pas propriétaire. Si un jour, il y a un projet, on ne sera donc peut être pas les seuls à le regarder… »,a-t-il conclu.
« L’ensemble des secteurs se porte bien »
Le patron de la SBM peut se vanter de tirer sa révérence avec un très bon bilan financier. Le 29 novembre dernier, ce Monégasque avait d’ailleurs présenté les chiffres du groupe sur la période comprise entre le 1er avril 2022 et le 30 septembre 2022 (voir encadré). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats sont là. « Nous avons réalisé les six mois records de l’histoire de la société. Pour les six mois suivants, cela se présente très bien également. Octobre a notamment été très bon, avait-t-il indiqué. Ce résultat exceptionnel n’est pas le résultat d’un secteur qui surperforme. L’ensemble des activités du groupe se porte bien. » Mention particulière toutefois pour l’hôtellerie / restauration qui selon Jean-Luc Biamonti, « a vraiment explosé à la hausse durant ces six mois. » Quant aux jeux, le secteur a également été particulièrement performant.« Même si nous n’avons pas eu l’aléa le plus favorable, on s’est bien défendus. » Satisfecit également pour la partie locative, puisque l’ensemble du parc immobilier de la SBM est loué. « Tout ceci aboutit à de très bons résultats opérationnels, et au-delà de ces résultats opérationnels, nous avons vendu notre participation Betclic, ce qui a dégagé un profit de 824 millions d’euros qui vont directement dans les caisses de la société. »
« Il a fallu se battre »
Au-delà de ce gain majeur lié à Betclic, comment expliquer que les comptes de la SBM, qui, deux ans plus tôt allaient très mal, aient retrouvé une telle vigueur ?« Il a fallu se battre. Il y a eu une grande discipline des équipes, a répondu Jean-Luc Biamonti. Bizarrement, ce qui nous a aidés, j’ose à peine le dire, c’est le Covid, car – et ce n’est pas de gaieté de cœur – nous avons été malheureusement obligés de faire un plan de restructuration et de réduire assez sensiblement le nombre d’employés permanents. Le deuxième élément favorable est que nous sommes arrivés au terme du paiement de la location du Sun casino. »
Une clientèle à fort pouvoir d’achat
Une autre explication de ce succès est avancée par Jean-Luc Biamonti : après deux années de paralysie liée au Covid-19 est apparu le “revenge buying“,un phénomène de consommation qui se dessine depuis la sortie de la crise sanitaire. En clair, ce terme désigne ceux ayant économisé durant cette pause forcée et qui ont des grosses envies dépensières. Parmi ceux qui ont eu envie de dépenser à Monaco, il y a manifestement les Américains et les Moyen-orientaux. « Nous avons constaté un retour en force des Américains. Tout est 20% moins cher en Europe pour eux. La clientèle russe n’est plus là, mais elle a été remplacée par la clientèle américaine et moyen-orientale avec beaucoup de pouvoir d’achat. La première destination des moyen-orientaux sur la Côte d’Azur était plutôt Cannes. Mais beaucoup sont venus à Monaco. On pense que le restaurant Em Sherif y est pour quelque chose. Nous avons gagné des parts de marché sur la clientèle moyen-orientale grâce à ce restaurant libanais », a assuré Jean-Luc Biamonti.
Une saisonnalité qui change
Ce bilan chiffré est aussi l’occasion de faire un autre constat : habituellement, dans ce groupe, la saisonnalité est très marquée avec, grosso modo, six mois qui cartonnent (d’avril à septembre inclus) et six mois en berne (une période creuse allant d’octobre à mars). Mais la donne, manifestement, change peu à peu. « Nous gagnons désormais plus d’argent sur les six premiers mois, et nous n’en perdons presque plus sur les six derniers. Cela change l’équilibre de la société », affirme Jean-Luc Biamonti. Le groupe constate également que depuis deux à trois ans, la SBM fait « un très bon début d’automne ». Comme en témoigne les bons chiffres enregistrés en octobre 2022. « Nous avons eu un temps de rêve. Les clients ont pu déjeuner et dîner dehors en terrasse. Beaucoup d’évènements annulés durant les années Covid ont également été reportés. Nous en avons donc bénéficié au mois d’octobre » a-t-il conclu.
Bilan d’avril 2022 à septembre 2022 – Premier semestre de l’exercice : les chiffres à retenir
– Le chiffre d’affaires du 1er avril 2022 au 30 septembre 2022 est en forte augmentation par rapport au premier semestre de l’exercice précédent. Il s’élève à 432,3 millions d’euros contre 311,4 millions d’euros en 2021/2022. Il était de 408,6 millions d’euros en 2019/2020 (exercice pré-covid).
– Le chiffre d’affaires jeux est de 131,3 millions d’euros contre 112,6 millions d’euros en 2021/2022. Les recettes hôtelières se hissent à 235,4 millions d’euros contre 140 millions d’euros précédemment.
– Le chiffre d’affaires des activités locatives est lui aussi en hausse à 62,8 millions d’euros contre 58,5 millions d’euros sur la même période de l’exercice précédent.
-Le résultat opérationnel s’établit en profit de 91,9 millions d’euros contre 50,1 millions d’euros pour le premier semestre 2021/2022 et 69,4 millions d’euros pour le premier semestre 2019/2020 (exercice pré-covid).
– Le résultat net consolidé s’établit en profit de 918,8 millions d’euros contre 45,6 millions d’euros pour le premier semestre 2021/2022.

