Déficit de spécialistes en ville ou encore loyers trop élevés pour exercer en Principauté… Les difficultés sanitaires de la Principauté sont également devenues un thème central de la campagne électorale. Lors d’une rencontre avec les Monégasques le 22 novembre, la liste l’Union, candidate aux élections nationales en février prochain, a ouvert le débat
Souvent qualifié « d’excellent », le système de soins de la Principauté est encensé de toutes parts depuis des décennies. Et à bien des égards, il l’est. Mais depuis plusieurs mois, l’offre de santé, que ce soit en ville ou dans le public, fait l’objet de nombreuses critiques. Côté politique, Philippe Brunner, candidat de la liste L’Union (portée par Brigitte Boccone-Pagès) est l’un de ceux qui a décidé de mettre cette problématique au centre des débats. L’homme connaît plutôt bien le sujet puisqu’il est chef du département radiologie interventionnelle au CHPG.
« A Monaco, des loyers 4 à 5 fois plus chers qu’à Beausoleil »
Ce professionnel de santé dresse un diagnostic on ne peut plus clair sur l’état du système de santé à Monaco, qu’il soit privé ou public. Comme le gouvernement et l’Ordre des médecins, ce professionnel pointe du doigt le déficit de médecins libéraux – principalement des spécialistes. « Pas assez de pédiatres, pas assez de psychiatres, pas assez de gynécologues, indique-t-il. Le déficit s’accroît d’année en année, notamment parce que des départs à la retraite ne sont pas remplacés. » Ce médecin pose donc une question devenue aujourd’hui centrale : « Pourquoi les jeunes praticiens préfèrent s’installer dans les communes limitrophes ou à Nice plutôt qu’à Monaco ? », interroge-t-il. Sa réponse : « Essentiellement, en raison du coût de cette installation. Les loyers sont 4 à 5 fois plus chers qu’à Beausoleil par exemple. » Ce médecin estime qu’un cabinet de deux ou trois pièces en Principauté va coûter entre 5 000 et 8 000 euros par mois. Sans parler du coût lié à l’emplacement de parking. « C’est beaucoup trop cher. Quel jeune spécialiste pourrait surmonter ces charges et accepter de s’installer à Monaco ? Il faut être très courageux », souligne-t-il.
Des locaux médicaux dans les domaines
Pour faciliter l’installation de spécialistes en Principauté, le groupe politique l’Union a avancé une piste : la création de maisons médicales, non pas dans le privé, mais dans les domaines. « Il pourrait s’agir de petits bâtiments ou d’étages dans des immeubles qui ne sont pas intéressants pour loger les Monégasques car ils se trouvent au rez-de-chaussée ou au premier étage. L’idée est de permettre à des médecins de s’y installer, de se regrouper et, pourquoi pas, de mutualiser certaines charges comme le secrétariat et certaines espaces, comme la salle d’attente. » Ces maisons médicales feraient ainsi partie des domaines, et ne seraient donc pas soumis à la spéculation immobilière et aux propriétaires privés. « Il faut que ce soit l’État qui prenne en charge ces maisons médicales », affirme-t-il. Un autre candidat, Christophe Brico, a également rappelé qu’un projet de loi à destination des professionnels de santé (et des vétérinaires) — non étudié encore par le Conseil national — a été déposé. Son but est de permettre à ces professionnels de pouvoir créer une nouvelle forme de société civile, dénommée “société civile particulière de santé”. L’idée est là encore de mettre en commun leurs moyens pour faciliter l’exercice de leur profession.
Des praticiens recrutés « dans des pays lointains »
Qu’en est-il alors de l’hôpital public ? Le problème principal selon Philippe Brunner est la difficulté de recrutement. « Nous ne parvenons plus à recruter des médecins, des infirmières, des aides-soignants du pays voisin », indique-t-il. Et le fait que les soignants et les médecins exerçant en Principauté soient mieux rémunérés qu’en France ne suffit plus. Selon ce professionnel l’hôpital monégasque serait donc dans l’obligation d’étendre considérablement le bassin de recrutement. « On recrute donc maintenant des praticiens de pays éloignés, pour ne pas dire de pays lointains. De nouvelles difficultés naissent forcément, alerte-t-il. Sans parler de compétences, cela pose des problèmes de connaissance de l’offre médicale locale et régionale, des problèmes de culture et même parfois de langue. Et les jeunes médecins français, ceux qui parlent le même langage que leurs aînés du CHPG, restent en France. » C’est pourtant ces jeunes talents-là que la Principauté devrait attirer selon lui. « Ils seraient les mieux placés pour s’inscrire dans le sillage de quelques cadors qui ont porté la réputation du CHPG bien au-delà de nos frontières et qui vont très bientôt partir à la retraite, indique-t-il. Cette hémorragie de talents, de compétences, il faut qu’elle cesse d’urgence ! » La tête de liste Brigitte Boccone-Pagès a de son côté salué l’engagement des professionnels de santé et la qualité du système de soins monégasque. « Nous sommes les premiers, et j’y tiens beaucoup, à vanter l’excellence de notre système de soins, et à vanter le formidable dévouement des centaines de professionnels qui permettent au quotidien à notre modèle social de faire ses preuves, indique-t-elle. Pour autant, les demandes qui ont été faites aujourd’hui, ne sont pas des demandes de confort mais bien la condition pour que ce modèle continue, aujourd’hui et demain, de bien remplir sa promesse. »
