Avec les ouvertures en janvier 2023 de 50 berceaux à la crèche du Testimonio dans le quartier du Larvotto, puis en septembre suivant de 30 berceaux au Palais Honoria sur le boulevard de Belgique, le nombre total de places dans ces structures collectives dédiées aux enfants de 2 mois à 3 ans s’est grandement enrichi en principauté. Une bonne nouvelle quand on sait qu’il s’agit du mode de garde privilégié des parents.
C’est toujours un moment délicat que de laisser pour la première fois l’enfant dont on s’occupe à chaque seconde depuis sa naissance. Mais c’est encore plus délicat et stressant de ne pas avoir de solution de garde à l’approche de la reprise du travail. Pendant des années, la Principauté n’était pas suffisamment pourvue en places de crèches collectives. Un retard qui a été en partie rattrapé lorsque la mairie a alerté en 2018 le gouvernement des besoins qui allaient émerger en ce sens à l’horizon 2030, chiffres prédictifs de l’Imsee à l’appui. « Nous avons négocié avec le gouvernement car nous avions constaté une augmentation à la fois des naissances et des demandes. Même si toute naissance ne signifiait alors pas forcément une demande de place en crèche, on se rend compte que maintenant c’est vraiment le cas. Il fallait qu’on anticipe sur ces ouvertures annoncées de logements domaniaux pour être certain d’avoir de nouvelles structures », explique Chloé Boscagli-Leclercq, 7ème adjointe au maire en charge de la jeunesse, déléguée au service petite enfance et familles. Des arguments qui ont vraisemblablement été entendus puisqu’en quelques années, un certain nombre de places de crèches a vu le jour. « Notre mission numéro 1, c’est que les familles soient satisfaites et que l’on puisse répondre à l’augmentation des demandes. On constate cette forte tendance et c’est pour cela que l’on a bien fait de négocier des places avec le gouvernement jusqu’en 2030 », poursuit l’élue communale.
Répartition équitable
Le Larvotto, Saint-Roman et la Rousse étaient les derniers quartiers de Monaco où aucune solution n’était encore proposée aux Monégasques et résidents. Avec l’ouverture le 3 janvier 2023 de 50 berceaux à la crèche du Testimonio, situé dans la tour Elsa, ce manquement sera réparé. Au grand soulagement de Chloé Boscagli-Leclercq. « L’attribution d’une crèche dans une zone où nous n’avions pas encore d’établissement, c’est primordial. Avec le déploiement de logements domaniaux, il fallait impérativement qu’on dispose d’une crèche dans cette zone-là afin d’avoir une répartition équitable », observe la conseillère communale, élue depuis 2015. Après Testimonio II, il faudra compter sur la livraison de 30 berceaux au Palais Honoria, sur le boulevard de Belgique en septembre 2023. Il y aura aussi une crèche dans le futur Grand Ida (29 berceaux), puis une autre au sein du nouvel immeuble domanial Bel Air (50 berceaux). « Les plans sont établis, c’est certain. Mais nous ne pouvons pas encore avancer de dates. Cependant, il s’agit d’une vraie bouffée d’oxygène dont nous avions besoin », se réjouit Chloé Boscagli-Leclercq. L’élue espère surtout ne plus faire face à ces tensions récurrentes sur le plan des demandes en matière de crèche collective.

Des réfections en prévision
Totalement indépendantes de la volonté de la mairie, les fermetures pour travaux du jardin d’éveil ou de la crèche du Larvotto (refaite deux fois d’affilée en six mois), ont fait s’accumuler sur les bureaux du service de la petite enfance les dossiers. « Ces tensions supplémentaires ne sont évidemment pas ce que nous voudrions offrir aux familles, avance Chloé Boscagli-Leclercq. Quand on a un déséquilibre, c’est très embêtant. Pendant longtemps, on a eu une surcharge sur la crèche de Monte-Carlo. Les enfants ont été répartis dans les autres structures pour essayer d’absorber ces fermetures. On ne pouvait évidemment pas inventer des places », souligne l’adjointe au maire. En parallèle, des travaux de rénovation dans des crèches existantes vont être lancés. Ce qui a été déjà le cas à Monaco-Ville. L’appel d’air de ces nouveaux berceaux ne présente que des avantages aux yeux de la municipalité. « C’est indispensable car il s’agit de notre mission numéro 1. Nous travaillons à essayer d’anticiper pour que la demande puisse avoir un écho. Avec ces réfections, cela nous permet de garantir la qualité que l’on conçoit de base pour ces espaces dédiés aux enfants. »
« Un phénomène de société »
Jean-Luc Magnani est le chef du service petite enfance à la mairie depuis 1998. Ce qui lui permet d’avoir un certain recul sur l’évolution de la petite enfance et notamment du succès grandissant des crèches. « C’est lié à un phénomène de société. Les grands-parents travaillent plus longtemps. Avant, il y avait beaucoup de mères au foyer. Je pense que la demande ne va faire qu’augmenter. A Monaco, on continue d’offrir nos services aux personnes en recherche d’emploi. Même si le critère, c’est que les deux parents travaillent. On peut même prendre les bébés à partir de 2 mois, pendant le congé maternité de façon ponctuelle pour une journée. Ce n’est absolument pas fréquent mais nous pouvons le faire », met-il en avant. Une charge de travail très conséquente pour son service qui compte 8 administratifs au total. Et qui répond à entre 12 000 à 15 000 demandes par an. « La crèche est vraiment de plus en plus demandée par de plus en plus de familles et sur une durée de plus en plus longue. C’est important que la mairie contribue à la fois à rendre ce service accessible au plus grand nombre et de proximité », poursuit Chloé Boscagli-Leclercq. Outre le fait que les repas en fruits et légumes soient à 90 % bio, c’est le système de halte-garderie qui a été réformé pour le rendre, comme les autres contrats, dépendants des moyens des familles. « Avant c’était un tarif fixe, alors que maintenant c’est en fonction des revenus, comme les places en crèche. » L’ensemble des crèches bénéficie enfin du support du seul pédiatre de Monaco, le docteur Stéphanie De Smet. Et du côté des nouveautés à venir, le portail Famille concrétisé en 2019 sera rénové l’an prochain pour encore en facilité l’accès.
Vocation et recrutement
Concernant le personnel de crèche, ils sont actuellement au nombre de 180. Et des recrutements importants sont en cours pour les ouvertures des nouvelles structures : notamment 20 personnes pour Testimonio et 14 personnes pour le Palais Honoria. Mais Monaco fait face aux mêmes problématiques de vocation, et donc de recrutement, que la France. Si le pays voisin a choisi d’ouvrir ses portes à des personnels non qualifiés, ce n’est pas le cas de la Principauté qui exige au minimum un diplôme d’auxiliaire petite enfance. « Nous essayons d’avoir beaucoup de jeunes en formation mais aussi en stage », répond Jean-Luc Magnani. « Nous ne changerons pas le niveau de diplôme et le nombre d’encadrant par enfant », promet Chloé Boscagli-Leclercq. À ce jour, chaque structure nécessite 1 professionnel pour 5 enfants qui ne marchent pas et 1 professionnel pour 8 enfants qui marchent. Il reste aussi deux places d’assistantes maternelles à pourvoir au sein de la crèche familiale. Mais la difficulté réside souvent dans le fait que cette option de garde oblige le ou la professionnelle à pouvoir offrir un logement agréé à Monaco. L’ouverture de places en crèche relève donc du vrai challenge et va encore donner au service petite enfance de la mairie un travail conséquent dans les années à venir.
Collectif, familial, micro-crèche ou jardin d’Éveil : le panel des modes de garde à Monaco
La mairie de Monaco dispose d’une capacité de près de 414 berceaux en structures Petite Enfance, pour 440 enfants inscrits, ainsi que de 50 places d’accueil pour le mini-club situé au Larvotto. L’ensemble de ces structures d’accueil est agréé par les services du département des affaires sociales et de la santé. 180 personnels spécialisés dont 2 hommes constituent la masse salariale indispensable au bon fonctionnement de ces structures. Les places sont réservées, en priorité, aux enfants de nationalité monégasque et/ou résidents en principauté. Au sein de ces structures municipales, on compte pour l’heure sept crèches collectives accueillant les enfants de 2 mois à 3 ans entre 7 h 30 et 18 h 30. D’ici l’an prochain, deux autres crèches viendront compléter le dispositif. Soit l’équivalent de 80 berceaux. Sans compter l’arrivée ultérieure d’une autre crèche au Grand Ida, puis au Bel Air pour 79 berceaux supplémentaires. Il est également possible de bénéficier d’un multi-accueil familial — plus communément appelé crèche familiale — avec l’appui de 8 postes d’assistantes maternelles, dont seulement 6 actuellement en fonction, rattachées à la mairie de Monaco. Ces professionnelles de la petite enfance sont agréées et peuvent recevoir à leur domicile de 1 à 3 enfants de 2 mois à 3 ans de 7 heures à 19 h 30, sans que l’accueil n’excède 50 heures par semaine. Les priorités vont aux enfants de santé fragile, et aux familles dont les horaires de travail des parents ne coïncident pas avec une crèche collective. De plus, la Principauté comptabilise trois micro-crèches au Moneghetti qui accueillent au maximum 11 enfants de 2 mois à 3 ans dans des appartements spécialement aménagés. Elles sont ouvertes de 8 heures à 19 heures Enfin, il existe un jardin d’éveil au Larvotto, un établissement d’accueil collectif qui reçoit des enfants de 2 et 3 ans de 8 heures à 18 h 30. Sans oublier, chaque été, le jardin d’éveil qui se transforme en mini-club pour proposer à 50 enfants de 3 à 12 ans des activités estivales au Larvotto.
Les espaces parents pour répondre à toutes les interrogations
C’est une initiative ancienne qui a été remise au goût du jour et améliorée. « Dans sa politique d’accompagnement et de soutien à la parentalité, la mairie propose à l’ensemble des familles résidentes en principauté, ayant ou non un enfant inscrit en crèche, de rencontrer des professionnels de la petite enfance pour échanger sur les préoccupations que peuvent avoir les jeunes parents. » Presque tous les jeudis soir de 17 heures à 18 h 30, un espace d’échanges est ouvert à destination des parents d’enfants de moins de trois ans ainsi qu’aux futurs parents résidents en principauté. « Les parents sont soumis à beaucoup de questionnements. Ces espaces parents sont gratuits et sont réalisés uniquement avec l’aide de professionnels qui travaillent en crèche », renchérit Chloé Boscagli-Leclercq. Sur des thèmes choisis par une infirmière puéricultrice, en coordination avec les équipes municipales de la petite enfance, ces échanges sont animés par des professionnels. L’entrée y est gratuite. Il est en revanche obligatoire de s’inscrire en amont. Tous les ateliers se déroulent au sein de la crèche de Monaco-Ville au 3 rue Philibert Florence. Depuis la rentrée, les derniers thèmes abordés étaient : les colères et les émotions des jeunes enfants — pourquoi les enfants font des crises ; l’étape de la diversification alimentaire ; grandir c’est se séparer ; le sommeil du jeune enfant — pourquoi mon enfant ne dort pas ; la période du non et les limites posées à l’enfant ou encore la charge mentale. Le dernier atelier se déroulera le jeudi 15 décembre sur le thème : Un vécu difficile d’accouchement. D’autre part, des ateliers parents-enfants autour du jeu pourront leurs être également proposés. Il existe enfin des ateliers massage et portage mais qui sont quant à eux réservés aux parents dont les enfants sont inscrits en crèche. Renseignements et inscriptions : espacesparents@mairie.mc ou (+377) 93 15 61 80. Pour accéder au programme des différents espaces, vous pouvez vous rendre sur le site ici.
Pourquoi si peu de crèches privées à Monaco ?
Alors qu’elles fleurissent partout en France, seules deux existent à Monaco : la crèche dévouée aux enfants des personnels du centre hospitalier Princesse Grace (CHPG) qui comptabilise 100 berceaux. Mais aussi celle de la Croix-Rouge Monégasque, la crèche et garderie Rosine Sanmori qui accueille des enfants de 3 mois à 4 ans dans 1 200 m² de locaux et 537 m² de terrasses à Fontvieille. La crèche dispose de 40 berceaux pour les enfants de 3 mois à 2 ans, et la garderie accueille 50 enfants de 2 ans à 4 ans. Certains avaient tenté de lancer le concept mais la rentabilité n’étant pas au rendez-vous, elles ont vite fermé. « L’activité est extrêmement déficitaire, reconnaît Chloé Boscagli-Leclercq, adjointe au maire, déléguée au service petite enfance et familles. Chez nous, un jour de crèche coûte 130 euros par enfant. Avec le paiement qu’effectue les familles, il reste 95 euros à charge nette pour la mairie. C’est un ratio énorme. » Tout en sachant que la mairie consacre 9 à 10 % de son budget global à la petite enfance. Soit environ 6 à 7 millions d’euros par an. Une seule entreprise a ouvert pendant quelques temps une crèche d’entreprise pour les enfants de ses salariés. Il s’agissait de la Single Buoy Mooring (SBM) dans le quartier de Fontvieille mais elle a fermé elle-aussi. Et puis il y a toujours ce paradoxe monégasque : des résidents extrêmement riches qui auraient tout à fait les moyens de payer une crèche privée mais qui — justement du fait de ses moyens — préfèrent se tourner vers une nounou à domicile pour la garde des enfants.
