Enfants au cœur d’un divorce difficile, en perte de repères suite à un passage en prison, victimes d’inceste ou de violences, tous sont accueillis au Foyer de l’enfance Princesse Charlène depuis 10 ans. Une maison tout à fait particulière, dans laquelle les âmes anéanties se reconstruisent.
Si pour beaucoup d’entre nous la famille est un refuge, ce n’est pas le cas pour ces petits, ados et jeunes adultes, qui souvent n’ont pas d’autre choix que le placement. À Monaco, le seul établissement dédié est le Foyer de l’enfance Princesse Charlène. Construit à l’emplacement de l’ancien couvent des Dominicaines en 2012, il accueille soit des mineurs en fugue retrouvés seuls sur le territoire monégasque, soit des Monégasques et résidents en Principauté pour qui le juge a délivré une ordonnance de placement en raison d’un divorce litigieux, de problématiques psychiques ou de comportements inadaptés suite à une sortie de prison. Mais il peut également y avoir « des cas d’inceste, d’alcoolisme et de violences physiques, ajoute Marie Thouvenin-Rapaire, la directrice des lieux. Le but du placement est de faire en sorte que la situation problématique s’arrête rapidement. Il ne doit pas durer toute la vie ». Même si des séjours ont pu s’étendre sur 10 voire 12 ans.
« Des jeunes ont déjà détruit des chambres, volé nos téléphones ou nos clés. Ils sont très imaginatifs pour contester »
Un lien solide…
Si certains pensionnaires résident au foyer une semaine sur deux ou uniquement une partie de la semaine, d’autres sont présents 7 jours sur 7. Alors forcément, ils finissent par tisser des liens avec les 40 membres du personnel qui les encadre nuit et jour. Les éducateurs notamment, sont présents du lever au coucher, pour les repas et les devoirs, puisque les 18 jeunes pris en charge sont scolarisés. Ils se rendent disponibles également pendant les vacances. Quatre fois dans l’année, tout ce petit monde part en camp avec la participation de la Croix-Rouge monégasque. À Port Grimaud au mois d’août dernier, et en décembre prochain à la Foux d’Allos. « La relation qu’on crée est tellement forte, que lorsque les enfants s’en vont, c’est toujours compliqué. On s’attache à eux », confie Manon, l’une des maîtresses de maison en charge de la propreté des lieux. Souvent, après leur départ, les jeunes aiment garder contact avec le foyer, et vice-versa. « On les appelle pour leur anniversaire, s’ils veulent passer pour nous demander conseil pour un entretien d’embauche ou de l’aide pour un déménagement par exemple, on est toujours là », assure la directrice.

Pour 2023, un projet de médiation par l’animal sera déployé au sein du foyer. « Nous allons aménager un coin sur la terrasse pour des cochons d’Inde »
Malgré les moments difficiles
À contrario, quelques anciens pensionnaires préfèrent couper les ponts. « On les croise dans la rue et ils ne nous voient pas. Certainement parce que le foyer leur rappelle des moments de vie difficiles », suppose Viviana, l’une des éducatrices. « L’arrivée pour les enfants ici est un choc. Il leur faut un temps d’adaptation », poursuit-elle. « Des gamins ont déjà détruit des chambres, volé nos téléphones ou nos clés. Ils sont très imaginatifs pour contester », a remarqué à plusieurs reprises la directrice. « Quand on fait face à la violence physique et verbale, ce n’est jamais évident. Cela peut être fatiguant voire épuisant », témoigne l’éducatrice, qui reconnaît qu’il est impossible de se couper totalement du foyer. « Quand un jeune est en fugue, on se demande où il est, et est-ce qu’il a mangé », confie la maîtresse de maison. Chaque semaine, le personnel participe à une réunion autour d’un psychologue pour prendre du recul sur ce qu’il vit. « On a envie du meilleur pour ces enfants, s’émeut la jeune femme. Quel que soit le poste qu’on occupe, ils peuvent trouver auprès de nous, une oreille attentive. »

Au dernier étage du foyer, des studios sont à la disposition des jeunes adultes et des mamans dont le nourrisson doit être placé. « Ça se fait souvent lorsqu’il y a une suspicion de violences conjugales ou intrafamiliales »
La médiation par l’animal
Tous ceux qui en possèdent un le savent, un animal est une source de réconfort. C’est pourquoi pour 2023, un projet de médiation par l’animal sera déployé au sein du foyer. « Nous allons aménager un coin sur la terrasse pour des cochons d’Inde », précise la directrice, qui informe que huit personnes ont été formées au mois d’avril, et huit autres le seront en novembre. “La maison” comme beaucoup appellent le pensionnat, portera d’autant mieux son nom. « C’est un lieu chaleureux, où on essaye de se rassembler le plus possible. La semaine avant les vacances de Noël par exemple, tout le personnel était présent avec les enfants pour une soirée sur le thème du cinéma. Nous avons installé des écrans géants sur la terrasse », se souvient Marie Thouvenin-Rapaire. Finalement, même si le passage en foyer reste un moment difficile dans une vie, toute l’équipe se démène pour rendre cette étape la plus douce et courte possible.
Au quotidien : la vie en foyer
Les adolescents comme les petits ont tous une chambre individuelle avec bureau, armoire et salle de bain. Il existe aussi des chambres doubles pour les fratries qui souhaitent être réunies. Chaque palier est doté d’une grande salle commune avec cuisine, salon et ordinateur. Les repas sont préparés sur place par les trois cuisiniers. Petit-déjeuner, déjeuner, goûter et dîner, « il y a tout un travail sur la diététique pour varier au maximum », se félicite la directrice. Au dernier étage, des studios sont à la disposition des jeunes adultes et des mamans dont le nourrisson doit être placé. « Ça se fait souvent lorsqu’il y a une suspicion de violences conjugales ou intrafamiliales », poursuit l’ancienne éducatrice spécialisée. Pour les jeunes, les sorties sont autorisées à condition qu’elles soient prévues un peu à l’avance et qu’elles n’empiètent pas sur leurs rendez-vous, qu’il s’agisse de suivi psychologique ou d’activités sportives et musicales. « Le foyer n’est pas une prison, mais comme en famille, il y a des règles à respecter », souligne par ailleurs Marie Thouvenin-Rapaire en faisant référence à des petites tâches ménagères du quotidien comme débarrasser la table ou faire son lit.
Inclusion : et les parents dans tout ça ?
Si les parents ne sont pas autorisés à accéder aux trois étages d’internat, ils ne sont pas exclus pour autant de la vie du foyer. Une salle leur est dédiée au premier étage. « On les reçoit régulièrement pour faire le point sur la santé et la scolarité de leur enfant », précise la directrice. « Au départ, c’est toujours un problème pour un parent de laisser son enfant être placé. Ils se retrouvent face au juge qui expose leurs problématiques et le vivent comme un échec. » Il y a souvent un conflit au départ, mais en les incluant, ils finissent souvent par considérer les membres de l’équipe comme des alliés. À savoir que certains enfants demandent eux-mêmes à quitter le domicile familial.




