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    Ces bâtiments démolis à Monaco qui ont fait polémique

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    Durant cette dernière décennie, la démolition de deux bâtiments en Principauté a tout particulièrement fait polémique : le Sporting d’hiver dans le Carré d’or et le Palais de la Plage sur l’avenue princesse Grace. Des affaires qui avaient, à l’époque, relancé un débat sensible : comment, sur un si petit territoire, préserver le patrimoine historique immobilier de la Principauté, tout en ne freinant pas son développement économique ? Retour sur cet épineux sujet…

    Petit bond dans le temps… Quasiment 15 ans en arrière. Durant l’année 2008, une pétition avait fait grand bruit en Principauté. Initiée par l’artiste monégasque Claude Rosticher, celle-ci dénonçait la démolition prochaine du Sporting d’hiver, un monument Art Déco construit en 1932 en plein Carré d’or. Plusieurs voix s’étaient alors élevées pour pointer du doigt « le saccage d’un patrimoine rare, sur l’autel de la rentabilité ». Une pétition qui, malgré son vif succès, n’avait pas empêché la démolition, en juin 2015, de ce bâtiment signé Charles Letrosne.

    « L’opération brutale » du Palais de la plage

    Autre destruction : autre polémique. En février  2015, le Palais de la Plage, un bel édifice construit en 1931 situé sur l’avenue Princesse Grace, fut à son tour rasé. La démolition de cet immeuble bourgeois appartenant au groupe Pastor avait également considérablement ému la population. À l’époque, divers observateurs avaient qualifié cette démolition « d’opération brutale. Tout a été rasé en une nuit ! ». Certains espéraient, qu’a minima, la façade soit préservée. D’autres ont dénoncé le fait qu’aucune information relative au projet de substitution n’avait été donnée à la population. « Seul un cénacle restreint semble en avoir eu connaissance… », pouvait-on entendre à l’époque de la bouche de certains élus. Dans une lettre adressée à l’ancien ministre d’État, Michel Roger, le Conseil national regrettait également que le Palais de la Plage ne figurait pas sur la liste des « éléments bâtis remarquables, inscrits dans un document d’urbanisme. » Face à cette polémique, le gouvernement avait été contraint de rappeler qu’il s’agissait « d’une opération privée sur un terrain privé » et que le Comité consultatif pour la construction avait donné un avis favorable au permis de démolition…

    En février  2015, le Palais de la Plage, un bel édifice construit en 1931 situé sur l’avenue Princesse Grace, fut à son tour rasé. © Photo L’Observateur de Monaco

    Une loi sur la préservation du patrimoine en 2017

    C’est dans ce contexte très tendu — et pour éviter qu’un scénario similaire à celui du Palais de la Plage ne se reproduise — qu’en 2017, une loi sur la préservation du patrimoine national a été remise sur le devant de la scène et votée au Conseil national. Il a fallu sept ans et des centaines d’heures d’études en commission pour mettre au point ce texte. Qu’a-t-il concrètement apporté ? Tout d’abord, un inventaire beaucoup plus précis du patrimoine monégasque a été, depuis, effectué. Ensuite, deux entités ont été créées. D’une part, l’Institut du patrimoine. D’autre part, le Conseil du patrimoine. Aujourd’hui présidée par Célia Bernasconi, cette entité a pour mission de conseiller le ministre d’État sur toutes les questions relatives à la conservation, à la valorisation, et à la préservation du patrimoine de la Principauté, qu’il soit bâti, naturel, ou immatériel. Ce comité d’experts est composé de personnalités du monde de la culture monégasque, mais aussi de représentants de l’Ordre des architectes, des Travaux Publics, de l’Équipement, ainsi que d’experts extérieurs à la Principauté. C’est donc également ce conseil qui étudie les éventuels projets de démolition touchant des bâtiments protégés. Toutefois, l’avis exprimé par ce conseil d’experts n’a rien de coercitif, ni de contraignant. Il n’est que consultatif.

    « Les questions sont débattues et posées en Conseil du patrimoine : le bâtiment doit-il être conservé ou non ? Doit-on préserver ou non la façade ? La décoration intérieure aussi fait l’objet de discussions. »

    Le Conseil du patrimoine : un garde-fou suffisant ?

    C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, à l’époque, le projet de loi avait soulevé de nombreuses critiques. Certains élus avaient jugé ce texte « inutile », trop peu « contraignant » et « peu protecteur » pour le patrimoine du pays. D’autres avaient toutefois estimé que c’était « mieux que rien ».  « Interdire, purement et simplement, comme dans certains pays et comme l’auraient désiré certains, avec une loi contraignante, risquerait de conduire à des blocages, contraires aux besoins du pays », avait alors défendu l’élu Daniel Boéri. Ce conseiller national estime que le Conseil du patrimoine constitue tout de même un garde-fou. « Les questions sont débattues et posées en Conseil du patrimoine : le bâtiment doit-il être conservé ou non ? Doit-on préserver ou non la façade ? La décoration intérieure aussi fait l’objet de discussions. Les promoteurs privés n’ont pas les pleins pouvoirs à Monaco. La réelle pression en Principauté, c’est celle du besoin. Les besoins en termes de développement », estime cet élu.

    Le bâtiment chargé d’histoire de RMC Monaco  au boulevard princesse Charlotte a également été détruit © Photo RMC 

    « Un objet de polémique présent et futur »

    Bien avant le Sporting d’hiver, et le Palais de la plage, d’autres démolitions avaient également suscité de l’émotion. Pêle-mêle : le Palais des Beaux-Arts (voir encadré plus bas), le Tir aux Pigeons, les villas du Métropole, l’immeuble chargé d’histoire de Radio Monte-Carlo, et bien d’autres. « Dans le bâti, il faut être très prudent. Se demander, est-ce de l’Histoire ? Ce bâtiment a-t-il de la valeur ? Est-ce qu’il mérite d’être permanent ? Le problème est que chacun voit l’histoire à sa manière… C’est donc un objet de polémique présent et futur », résume encore Daniel Boéri.

    « Monaco est un pays qui de tout temps, a détruit pour reconstruire, et effacé son passé pour créer son futur »

    « Effacer son passé pour créer son futur »

    Dans ce débat sensible, toute la difficulté réside sur un point : l’exiguïté du territoire monégasque. Comment, sur une si petite surface, préserver à la fois le patrimoine historique du pays, tout en ne freinant pas son développement économique ? Un équilibre forcément complexe à trouver. « Monaco est un pays qui de tout temps, a détruit pour reconstruire, et effacé son passé pour créer son futur », avait à son tour rappelé l’ancien élu Jean-Charles Allavena. Tout en rajoutant une petite subtilité : « Tout ce qui est ancien n’est pas forcément beau. Tout ce qui est lié à l’affectif non plus !… » S’il doit sans doute encore subsister des nostalgiques de l’ancien Sporting d’hiver, tout le monde s’accorde à dire, qu’au moins économiquement, le projet qui l’a remplacé, le One Monte-Carlo, est mille fois plus fructueux pour la Société des Bains de Mer. Durant la crise sanitaire, c’est même ce nouveau projet qui a clairement permis au groupe de ne pas totalement s’effondrer.

    © Photo Archives SBM Monaco

    L’éphémère Palais des Beaux-Arts : Un bijou architectural au cœur du Carré d’or

    Vous vous demandez peut-être quel est donc ce bel édifice situé à Monaco qui a occupé le cœur du Carré d’or pendant plus de 35 ans ? Il s’agit du Palais des Beaux Arts. Ce véritable bijou architectural conçu par Jules Touzet a été inauguré le 12 janvier 1893 et fut détruit seulement trois décennies plus tard, en 1929. Cet édifice fut détruit à l’époque pour être remplacé par le Sporting d’hiver de l’architecte Charles Letrosne, à son tour rasé en 2015. « Le Palais des Beaux Arts était un bâtiment absolument splendide. S’il existait encore aujourd’hui, il ne serait pas question de le toucher », avait d’ailleurs souligné il y a quelques années Jean-Luc Biamonti, l’actuel président-délégué de la Société des Bains de Mer. En ce temps-là, cette grande verrière accueillait tour à tour des expositions de peintures, des expositions florales ou encore philatéliques.

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