Le recours des jeunes à la médecine et à la chirurgie esthétiques se démocratise de plus en plus. L’influence des réseaux sociaux sur ce phénomène est réelle. Plusieurs médecins azuréens nous expliquent les causes (et les risques) de cet engouement.
La chirurgie et la médecine esthétiques ne prennent pas une ride… Et elles attirent même des patients de plus en plus jeunes. Les professionnels de ce secteur font aujourd’hui le même constat : la démarche de consultation des « millennials » est complètement différente de celle des plus âgés. « En amont, les jeunes filles s’informent énormément sur les réseaux sociaux et sur internet. Quand elles consultent, elles savent exactement ce qu’elles veulent. Elles font l’acte dans la foulée, sans angoisse, sans stress, et elles le répètent de façon spontanée », constate le chirurgien niçois Dr Frédéric Braccini.
Les jeunes n’attendent plus que les signes de l’âge s’installent
Ce professionnel remarque également qu’elles sont dans une démarche de « pro-aging » plutôt que d’« anti-anging ». Autrement dit, les jeunes anticipent le vieillissement et n’attendent plus que les signes de l’âge s’installent pour essayer de faire marche arrière. « Ils ont envie d’une part, de changer leur visage pour être en phase avec des modèles vus à la télévision ou sur les réseaux sociaux, et d’autre part, ils veulent éviter d’évoluer comme leurs parents », témoigne le praticien azuréen.
Les demandes se suivent et se ressemblent
Parmi les demandes les plus fréquentes, trois se dégagent tout particulièrement : le regard, le nez et la bouche. « Les opérations les plus demandées sont celles liées au regard : les cernes ou encore la position des sourcils. La mode est aussi aux petits nez, plus discrets et moins présents sur le visage, et puis la bouche avec le succès des lèvres pulpeuses. » Un engouement nettement influencé par les smartphones. « Quand on fait un selfie avec filtre, la bouche est plus imposante et on va avoir un highlighting sur le regard. Automatiquement, cela va impacter la demande », ajoute Dr Braccini.
« Génération selfie »
L’influence d’Instagram est également réelle, car selon le Dr Phillippe Kestermont , ce réseau social est « une mise en perspective de l’image de soi ». Il parle d’une « génération selfie », « narcissique », « qui prend pour modèle les influenceurs qui imposent les tendances et font émerger les nouveaux standards de beauté ». Mais pour Hervé Calvez, biochimiste et directeur qualité chez Adoderm, le fait de vouloir ressembler à quelqu’un d’autre ne date pas d’hier. « On a toujours été inspiré par un source, qu’elle soit dans l’art, le cinéma ou la publicité. Aujourd’hui, il y a en plus les réseaux sociaux avec des logiciels de filtres et de retouches ».
L’essor de la beauté non genrée
Parmi les nouvelles tendances, figure la beauté non genrée. « Pour les femmes qui souhaitent être plus masculine, on va travailler l’aspect carré du visage. Inversement, les hommes qui veulent se féminiser vont désirer un visage plus rond, et cela s’obtient aussi avec des injections », ajoute Hervé Calvez. À noter aussi que le recours à la chirurgie esthétique chez les hommes stagne. « Il y a une demande croissante chez les homosexuels et transgenres, mais il n’y a pas beaucoup de poussée ailleurs », poursuit le Dr Braccini.
La chirurgie banalisée par nos écrans
Il n’est pas rare de voir des influenceurs parler de leurs interventions esthétiques. Certains vont même jusqu’à se filmer sous le bistouri. « Moi je ne suis pas fan de ça. Je suis peut-être d’une génération qui est plus rationnelle, plus prudente », se confie le Dr Braccini qui remarque que certains praticiens sont parfois eux-mêmes des influenceurs. « On voit les chirurgiens courir, faire une photo le matin au réveil, prendre leur petit-déjeuner et puis au bloc opératoire toute la journée… Le problème c’est qu’à trop banaliser un acte, on peut ensuite avoir des complications liées aux produits et aux personnes qui vont les injecter. Il faut faire attention. » La nouvelle génération de consommateurs d’esthétique « a favorisé l’émergence d’injecteurs auto-proclamés, sans formation, ni diplômes », regrette le Dr niçois Philippe Kestermont. Son confrère, Hervé Calvez, met en garde : « Il faut comprendre qu’il s’agit d’un geste médical voire chirurgical. »
Qui a l’autorisation de pratiquer une injection ?
En France comme à Monaco, les injections d’acide hyaluronique ou de botox ne peuvent légalement être pratiquées que par un médecin ou chirurgien esthétique inscrit à l’Ordre des médecins. Or sur Instagram – pour ne citer que ce réseau social – des dizaines d’instituts de beauté proposent ce type d’intervention. Hervé Calvez insiste sur le fait qu’on ne s’improvise pas médecin. « Il y a quand même 10 ou 15 années d’études pour comprendre parfaitement l’anatomie du visage et des vaisseaux sanguins ». Le biochimiste rappelle les risques : « une goutte d’acide hyaluronique dans un vaisseau sanguin peut boucher ce dernier et les conséquences sont parfois dramatiques. Cela peut provoquer des nécroses, le patient peut perdre un oeil, voire même souffrir d’une embolie cérébrale ». Le professionnel va plus loin et rappelle que « la littérature rapporte des cas de décès suite à des injections tout à fait anodines au niveau du visage ». Même s’il concède que c’est une erreur qui peut arriver à tout le monde, il pense qu’« un médecin saura peut-être mieux gérer la situation là où une infirmière ou une esthéticienne ne se rendra même pas compte qu’elle bouche une artère ». Prudence donc, et attention aussi à l’origine des produits. Se coller à la réglementation européenne est une obligation, mais certains produits peuvent venir d’Asie ou d’autres pays étrangers, et sont soumis à d’autres règles
