samedi 2 mai 2026
plus
    AccueilInfosSociétéTroubles DYS : À Monaco, 5 à 7 % des enfants scolarisés sont...

    Troubles DYS :
    À Monaco, 5 à 7 % des enfants scolarisés sont concernés

    -

    Dyslexie, dysplasie, dyspraxie… Ces termes un peu barbares recouvrent tous une même réalité : celle des troubles spécifiques du langage et des apprentissages (TSLA). À Monaco, ce handicap invisible touche de plus en plus d’enfants. Aujourd’hui, l’enjeu est donc de mieux le repérer et le reconnaître pour assurer aux enfants une scolarité des plus normales.

    C omme n’importe quel pays au monde, la Principauté est touchée par ces troubles spécifiques du langage et des apprentissages chez les enfants. En 2021, selon les derniers chiffres de la direction de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports (DENJS), 340 élèves du primaire et du secondaire sont concernés par un plan d’accompagnement personnalisé à Monaco. À cela s’ajoute 54 élèves de primaire et du secondaire qui se trouvent en classe d’adaptation avec des effectifs réduits, ainsi que 4 élèves en très grande difficulté — atteints de dysplasie sévère — qui bénéficient d’un programme de scolarisation individualisé en classe élémentaire. « Les troubles DYS regroupent les troubles spécifiques des apprentissages. Ils concernent environ 5 à 7 % des enfants en âge scolaire selon les chiffres de l’INSERM 2019, ce qui corrobore les chiffres donnés par la DENJS », indique le docteur Marcelline Renaud-Yang, pédopsychiatre et responsable du centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) de Monaco. En un mot, ces troubles consistent en une altération de la capacité à retenir, comprendre et à reconnaître les mots qui sont écrits ou dits par le professeur.

    « L’enjeu est de bien faire reconnaître les difficultés d’apprentissage de ces enfants par rapport à un manque de volonté de leur part, et de les aider au maximum pour qu’ils ne cumulent pas trop de retard dans leur scolarité »

    Bilans spécialisés

    « Les neurosciences ont beaucoup avancé ces dernières années concernant leur compréhension même s’il reste encore des questions à élucider. Par exemple au niveau des causes. Leur diagnostic nécessite des bilans spécialisés et souvent pluridisciplinaires, car dans 40 % des cas, les enfants ont des comorbidités, c’est-à-dire des troubles associés. Comme il s’agit d’apprentissages, donc de développement, les symptômes vont apparaître à différents moments de la vie de l’enfant. Par exemple, on ne peut parler de dyslexie avant l’âge de 7 ans car la lecture s’acquiert vers la classe de CE1 », explique encore le docteur Marcelline Renaud-Yang. Cela fait maintenant plus de deux ans que ce sujet des troubles DYS est régulièrement abordé en séance publique ou bien en commission entre le Conseil national et le gouvernement. Il y a quelques semaines, le président de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports de l’hémicycle, Marc Mourou, a réuni ses membres ainsi qu’une délégation du gouvernement pour faire un point sur le sujet. « L’enjeu est de bien faire reconnaître les difficultés d’apprentissage de ces enfants par rapport à un manque de volonté de leur part, et de les aider au maximum pour qu’ils ne cumulent pas trop de retard dans leur scolarité », développe Marc Mourou.

    Repérer, dépister et diagnostiquer

    Quels traitements des troubles DYS s’effectuent à l’heure actuelle en principauté et quelles améliorations doivent être apportées ? Voilà tout l’enjeu de ces discussions. À ce jour à Monaco, l’organisation de la prise en charge se base sur la doctrine “repérage, dépistage et diagnostic”. Repérer signifiant porter une attention particulière aux difficultés relatives des élèves dans certains domaines en donnant une information claire aux parents, et en formant les enseignants aux signaux d’alerte. Dépister ensuite en identifiant au sein d’une population générale les porteurs d’une anomalie grâce à des outils étalonnés et validés utilisés par les médecins et psychologues scolaire ainsi que les médecins de ville formés. Enfin, diagnostiquer implique d’identifier le trouble grâce à des consultations spécialisées d’orthophonistes ou de psychomotriciens, des bilans spécifiques sur plusieurs niveaux, du trouble simple aux troubles complexes avec des comorbidités. « La formation des acteurs de terrain, et l’information auprès du grand public sont deux éléments clefs pour être efficace, considère le docteur Renaud-Yang. Grâce aux moyens mis en place par le gouvernement, des stratégies de gestion ont pu être déployées. » Même constat pour Marc Mourou. « De nombreux dispositifs et prises en charge médicales et scolaires sont proposés aux élèves de la Principauté dans le but de les accompagner au mieux dans leur parcours, et ce dès la maternelle. Il est donc indéniable que des progrès ont été fait ces dernières années dans le suivi et le traitement des troubles DYS. »

    troubles DYS
    RECRUTEMENT — « Il est donc primordial d’avoir des professionnels d’horizons divers, diplômés et reconnus dans leur milieu. Je dirais donc qu’il faut continuellement se former, s’informer, rester attractif et vigilant afin de s’entourer de professionnels de qualité. » © Photo DR

    « Plus tôt on décèlera un enfant atteint d’un trouble DYS, plus tôt ce dernier pourra être pris en charge afin d’acquérir tous les apprentissages nécessaires pour suivre une scolarité normale »

    « Le vrai défi demeure toujours le dépistage et le diagnostic »

    Pour autant, des points d’inquiétude persistent toujours dans le pays. Difficultés que la responsable du CATTP n’occulte pas. « Les études ont montré que si 5 à 7 % des enfants en âge scolaire présentent des troubles des apprentissages, ce sont 15 à 20 % des jeunes scolarisés qui sont en difficultés. Il y a donc d’autres causes de souffrance que les troubles DYS. Les évaluations diagnostiques doivent donc être basées sur les différents aspects du développement de l’enfant et ne pas seulement se baser sur les capacités d’apprentissages », considère le docteur. Pour l’élu Priorité Monaco (Primo !), Marc Mourou, la Principauté se doit cependant de continuer à répondre de plus en plus finement aux besoins des élèves ayant des TSLA et de tout mettre en œuvre pour en limiter les conséquences. « Le vrai défi demeure toujours le dépistage et le diagnostic. En effet, plus tôt on décèlera un enfant atteint d’un trouble DYS, plus tôt ce dernier pourra être pris en charge afin d’acquérir tous les apprentissages nécessaires pour suivre une scolarité normale. »

    Un manque criant de professionnels

    D’autre part, c’est aussi du côté de la prise en charge par les professionnels que les choses coincent. « Il manque encore des offres de suivi en orthophonie, ergothérapie, psychomotricité et neuropsychologie etc. Aussi bien en libéral que dans le service public », souligne le docteur Marcelline Renaud-Yang. « Sur le plan professionnel, nous avons encore un manque criant de pédopsychiatres, neuropsychologues ou psychomotriciens à Monaco. Ce sont des spécialistes très recherchés et nous devons pouvoir augmenter leur nombre dans les prochaines années. Autre profession très importante dans l’accompagnement des troubles DYS, les orthophonistes de Monaco qui connaissent une réelle problématique de locaux ou encore une saturation de leurs créneaux horaires », ajoute Marc Mourou. Aux yeux du conseiller national, les nouvelles technologies pourraient apporter un soutien complémentaire aux jeunes, avec des applications et logiciels pour aider les enfants et adolescents à une meilleure lecture et écriture. « D’autres pistes telles que la e-orthophonie à mettre en place dans des cas bien précis permettront également un accès facilité et supplémentaire aux séances classiques », renchérit-il.

    « La carence actuelle réside dans le fait que certains troubles DYS, tels que la dysphasie ou la dysgraphie, restent encore mal connus et sous-estimés du grand public. Il faut donc sensibiliser toujours plus dans les établissements scolaires notamment, mais aussi auprès des parents qui peuvent parfois se sentir démunis face à la situation personnelle qu’ils rencontrent »

    « Les neurosciences avancent vite »

    Des avancées sont donc à impulser pour améliorer le sort réservé aux 6,2 % d’élèves concernés par les troubles DYS à Monaco. Gouvernement et Conseil national ont d’ailleurs déjà évoqué des pistes d’améliorations. « Il nous faut poursuivre le travail actuel en partenariat avec la DENJS, la médecine scolaire et celle de ville. J’ai également à cœur de promouvoir le service public dans sa qualité et son accessibilité via la gratuité et la facilité de prise de rendez-vous, mets en avant le docteur Marcelline Renaud-Yang. Les neurosciences avancent vite. La formation continue des professionnels n’est pas un vain investissement. Par ailleurs, avoir différents regards sur le développement de l’enfant permet de le voir dans sa singularité. Il est donc primordial d’avoir des professionnels d’horizons divers, diplômés et reconnus dans leur milieu. Je dirais donc qu’il faut continuellement se former, s’informer, rester attractif et vigilant afin de s’entourer de professionnels de qualité. »

    « Prendre ce sujet à bras-le-corps »

    Soutenu par Marc Mourou et le président Stéphane Valeri, il a aussi été porté aux oreilles des membres du gouvernement des avancées possibles sur le plan de la communication et de la formation. « La carence actuelle réside dans le fait que certains troubles DYS, tels que la dysphasie ou la dysgraphie, restent encore mal connus et sous-estimés du grand public. Il faut donc sensibiliser toujours plus dans les établissements scolaires notamment, mais aussi auprès des parents qui peuvent parfois se sentir démunis face à la situation personnelle qu’ils rencontrent. Les synergies avec de nouvelles associations monégasques, telles que ALTA, doivent également être privilégiées. Plus nous serons à prendre ce sujet à bras-le-corps, plus les familles de Monaco seront aidées dans leur difficulté », a argumenté le président de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports, Marc Mourou.

    Professionnels :Des interlocuteurs différents tout au long du parcours de l’enfant

    Voici les conseils du docteur Marcelline Renaud-Yang, pédopsychiatre et responsable du CATTP de Monaco. « Si les parents se posent des questions sur les apprentissages, leur premier interlocuteur est certainement l’enseignant mais aussi leur pédiatre. Puis en fonction des difficultés détectées, l’enfant peut être orienté vers un paramédical libéral (orthophoniste, psychomotricien…) pour un premier bilan et prise en charge, et/ou vers le médecin scolaire pour des aménagements spécifiques ou des conseils plus spécialisés. Si les difficultés s’avèrent plus complexes et nécessitent un regard pluridisciplinaire, l’orientation peut se faire vers le centre de dépistage des troubles des apprentissages (CDTA), crée en 2012, du pôle médico-psychologique dont je suis le médecin responsable, ou le centre référent des troubles des apprentissages (CERTA) à Nice, lieu de référence pour le département des Alpes-Maritimes. Cela se fait donc au cas par cas, en fonction des besoins de l’enfant. Du côté administratif, la direction de l’éducation nationale, la direction de l’action sociale et la direction de l’action sanitaire sont au service des familles pour les orienter au mieux. »

    -

    Les dernières news

    L’Observateur de Monaco

    Créé en 2005, L’Observateur de Monaco s’est progressivement imposé comme un rendez-vous mensuel d’information et d’analyse consacré à la vie de...

    Plongée nostalgique dans le Monaco des années 50 à 70

    C’est une immersion dans le Monaco d’hier. À travers un document baptisé Florilège d’actualités monégasques filmées par TMC, la plateforme de l’Institut audiovisuel de Monaco a exhumé des mini-reportages tournés entre 1956 et 1974 par Télé Monte-Carlo.

    Sécurité, projets pour le Devens, salles de prières, relations avec Monaco… Les propositions des candidats aux municipales de Beausoleil

    De la sécurité au réaménagement du Devens, en passant par la question des lieux de prière, les candidats aux municipales de Beausoleil déclinent leurs priorités et leurs propositions.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.