Après avoir subi de plein fouet la crise sanitaire, le marché de l’emploi à Monaco est en pleine ébullition. Même si elles n’ont pas retrouvé leur niveau de 2019, les embauches repartent à la hausse. Dans cette enquête, l’Observateur de Monaco dresse la liste des métiers qui recrutent et ceux plutôt à fuir.
Emploi à Monaco : Les métiers qui recrutent
1 – Comptabilité et audit (Bac + 2 à Bac + 5)
Comptable, commissaire au compte, contrôleur des risques, tous les métiers de l’audit : le bilan est le même qu’il y a 3 ans. C’est un secteur qui peine à attirer de nouveaux talents. « C’est simple, si une entreprise de Monaco souhaite embaucher un junior, il faut absolument qu’elle le prenne en apprentissage ou en alternance pour le conserver ensuite dans la société. Il faut les recruter encore étudiant », prévient Magali Imperti, directrice adjointe de la direction du travail. La comptabilité et l’audit font clairement parti du top 3 des secteurs qui embauchent le plus à Monaco. « Le baccalauréat comptabilité ne suffit plus. Il faut au moins un BTS. Et c’est une formation qui existe en principauté », avertit Emmanuelle Cellario, chef du service de l’emploi. Le ressenti de terrain est unanime, et les offres reçues au quotidien en sont bien la preuve. « Dès que nous avons un candidat, il ne reste pas une semaine chez nous », en rigolerait presque Emmanuelle Cellario. Plus sérieusement, pour combler le déficit, Magali Imperti pense que c’est aussi à la filière de mieux se faire connaître. « Pour l’instant, ce ne sont pas des métiers qui font rêver les jeunes car ils ont une image austère alors que ce sont des métiers très diversifiés. »
2 – Métiers du juridique (Bac + 5 minimum)
Là encore, ce sont des métiers qui sont dans le top 3 des recherches des employeurs monégasques. Mais attention, cela concerne principalement tout ce qui est lié à la partie contractuelle. Soit le droit des affaires, le droit maritime et le droit des contrats. « La difficulté réside dans le fait de trouver des profils qui ont le type de formation spécifique et qui maîtrisent l’anglais courant », fait savoir la cheffe du service de l’emploi.
3 – Métiers du numérique (Bac + 5)
« Ça explose et nous n’avons vraiment personne. » Constat amer pour la direction du travail concernant les métiers du numérique qui conclut ce top 3 des métiers les plus recherchés à Monaco. Sur le terrain, on embauche des développeurs et des chefs de projet. Mais très peu de candidats sont déclarés. Avec une difficulté propre à ce métier du futur : une évolution ultra-rapide des outils utilisés qui en 6 mois peuvent devenir obsolètes. « Il faut se former très régulièrement. C’est pour cela que nous avons choisi d’accompagner certains profils sur des formations courtes et des besoins identifiés », poursuit Emmanuelle Cellario. La raison de ce boom ? La transition numérique que beaucoup d’entreprises du pays sont en train de réaliser. « La question de la mise à jour est fondamentale dans ces métiers, insiste Magali Imperti. Il faut faire preuve de curiosité et de remise en question perpétuelle. Et ce n’est pas une question de salaire. »
4- Métiers d’aide à la personne (Niveau BEP)
Il y a trois ans, face aux besoins croissants dans le secteur, le service de l’emploi avait choisi de saisir le problème à bras-le-corps. Avec, à la clé une formation sur-mesure, créée en partenariat avec le syndicat des entreprises d’aide à la personne, qui devait inciter certains demandeurs d’emploi à se reconvertir dans ce domaine. « Cela n’a pas fonctionné, indique, déçue, Emmanuelle Cellario, chef du service de l’emploi. Sur cinq personnes, une seule l’a terminée. Et encore, je ne suis même pas sûre qu’elle travaille dans ce secteur dorénavant. » La faute à des bas salaires, des horaires compliqués et des tâches difficiles. « Ce n’est pas attractif », tranche Magali Imperti. Cela reste pourtant un métier très recherché, toujours autant en pénurie. « Nous n’arrivons tout simplement pas à capter l’intérêt des demandeurs d’emploi. Il y a un vrai problème de vocation. C’est pourquoi, la profession doit réfléchir à revoir les missions et les postes. Car à notre niveau, nous sommes limités dans nos actions », observe Emmanuelle Cellario.

À Monaco, tous les métiers de la construction sont recherchés : de l’ouvrier non qualifié à l’ingénieur
5 – Métiers de la construction (Formation selon la spécialité)
C’est le seul métier qui a continué de progresser entre 2019 et 2020 avec notamment + 7 % d’offres d’emploi en pleine crise sanitaire. À Monaco, tous les métiers de la construction sont recherchés : de l’ouvrier non qualifié à l’ingénieur. « Les employeurs sont obligés d’élargir leur zone de recherche à l’ensemble des Alpes-Maritimes et même à l’Italie. Ils arrivent difficilement à trouver », explique Magali Imperti, directrice adjointe de la direction du travail. Aujourd’hui, pour cette main-d’œuvre, le service de l’emploi n’a pas de candidat à présenter, même si ce sont majoritairement les boîtes d’intérim qui procèdent au recrutement. « Tout est capté immédiatement. On assiste aussi à un problème de vocation sur les métiers techniques pour les jeunes », développe Emmanuelle Cellario.
6 – Métiers de la banque (Bac + 3 à Bac + 5)
C’était le secteur le moins impacté par le chômage renforcé et « qui s’est très bien adapté à la crise ». Dans les services de back office, de titres, de “compliance”, de gestion du risque et de déontologie, on recrute à fond. « Le but des banques est de maintenir Monaco comme une place bancaire propre en respectant la réglementation. Si on veut s’orienter vers ces métiers, on trouve facilement du travail à Monaco », annonce Magali Imperti. Un seul impératif de taille : parler au minimum l’anglais courant. Et si vous parlez d’autres langues, c’est encore mieux…
7 – Métiers de l’hôtellerie/restauration (Formation selon la spécialité)
La crise est passée par là et les vocations ont fondu comme neige au soleil. « Les gens ne veulent plus travailler dans ce secteur. Du coup, ils se réorientent. Il est actuellement très compliqué de trouver du personnel, surtout en cuisine. Ce qui est plus inhabituel, c’est que même la partie salle est impactée », admet la cheffe du service de l’emploi. Du côté de la direction du travail, on met pourtant en avant — certes un salaire fixe — mais surtout un très généreux mode de rémunération à la masse (pourboire) dans les établissements au minimum 4 étoiles. Ce dont la Principauté est bien pourvue et qui permet des salaires plus que confortables. Ce qui fait dire à Pascale Pallanca, directrice de la direction du travail, que « les salaires ne sont pas un frein ». Reste ce problème de vocation que la crise a largement accentué, créant des pénuries sans précédent.
8 – Aide-soignante, infirmière, médecin du travail
Cet état de fait n’est pas propre à Monaco. Il se constate dans de nombreux établissements de santé et va certainement s’empirer du fait de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale. « Pourtant, nous avons une école d’infirmières et d’aide-soignantes qui nous permet de capter de nouveaux personnels. Mais la concurrence entre établissements de la région fait rage », constate Pascale Pallanca. En charge aussi de la médecine du travail, la directrice en a profité pour lancer un appel à candidature envers des médecins du travail. « J’en aurais besoin a minima entre 3 à 5 dans les cinq années qui viennent », précise-t-elle.
Emploi à Monaco : Les métiers à éviter
1 – Métiers de la communication, du tourisme et de l’événementiel
Secteurs pleinement touchés par la crise, et qui se relève à peine en laissant souvent des traces, il ne faut donc pas compter sur des embauches à moyen-terme dans ces métiers. « À Monaco, nous avons beaucoup de moyennes sociétés qui externalisent ces missions. Nous avons trop de gens diplômés en communication globale mais pas assez de poste », détaille Emmanuelle Cellario. Son conseil : se former en communication digitale pour espérer tirer un petit peu son épingle du jeu. La problématique n’est pas la même en ce qui concerne les secteurs du tourisme et de l’événementiel. « En ce moment, c’est délicat mais ça va repartir. Aujourd’hui, la crise n’est pas finie, il faut que la machine se relance », estime Pascale Pallanca.
2 – Ostéopathie
« C’est bouché ! » Le cri du cœur d’Emmanuelle Cellario résume la situation. Depuis plusieurs années, le nombre d’ostéopathe sur Monaco ne cesse d’augmenter. La faute à des jeunes qui optent de plus en plus pour cette formation de 5 ans. Pour rappel, pour installer un cabinet d’ostéopathie à Monaco, il est nécessaire d’obtenir une autorisation gouvernementale. Celle-ci est accordée aux Monégasques uniquement. Dès 2019, le conseiller de gouvernement aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger, alertait sur ce trop-plein et incitait les jeunes à s’orienter vers d’autres métiers. Des propos qui résonnent plus que jamais aujourd’hui.
3 – Métiers de l’immobilier
« Les jeunes qui sortent des écoles n’arrivent pas à rentrer dans des agences. Tout simplement parce que sans portefeuille de clients, ils ne sont pas forcément intéressants aux yeux des employeurs », note Emmanuelle Cellario. En effet, avec pas moins de 150 agences immobilières à Monaco, on note peu d’embauches actuellement. Du coup, les candidats inscrits au service de l’emploi se font également plus rares.

4 – Métiers de l’industrie
C’était il y a encore trois ans des métiers qui recrutaient. Mais la lente mais inéluctable érosion du nombre d’industries installées à Monaco a mis un terme au recrutement. « Il n’y en a pas », explique tout simplement Emmanuelle Cellario.
5 – Métiers du yachting
Même situation pour le yachting qui a énormément pâti de la crise sanitaire. Bien que les ventes de yachts n’aient jamais cessé, elles ont ralenti considérablement. Conséquence, ce secteur qui recrutait à tour de bras ne recrute plus pour l’instant. Reste à voir si le milieu arrivera à retrouver son faste d’antan.
