Vaccinations, recherche, éducation : quelles priorités dans la lutte contre la pandémie de COVID-19 ? C’est sur ce thème éminemment d’actualité que le deuxième webinaire du Forum international des femmes pour les femmes (W4W) s’est tenu le mercredi 12 mai dernier.
Cette organisation basée en Principauté, a été créée par la journaliste Cinzia Sgambati-Colman. Plusieurs personnalités ont livré leur analyses sur les conséquences de cette période inédite de crise sanitaire.
« La grippe espagnole a mis plus d’un an pour s’étendre mondialement, le Covid-19 seulement un mois. »
Lors de ce webinar, Maria Rita Gismondo, directrice de microbiologie clinique et de virologie à l’hôpital Sacco à Milan a livré son analyse sur cette pandémie qui s’est abattue sur l’ensemble des pays comme un véritable tsunami et qui a produit des dommages irréversibles. « La leçon la plus importante, c’est d’avoir appris que la mondialisation est une accélération de tout, même des voies infectieuses, indique-t-elle. La grippe espagnole a pris plus d’un an pour s’étendre mondialement, le Covid-19 seulement un mois. »
Une grande impréparation des Etats
Cette crise sanitaire a également révélé la grande impréparation qui a régné au sein des pays et l’absence de plan de pandémie adéquat. « Il n’est pas établi que le comité du plan de pandémie, qui existait déjà, se soit réuni au cours des dernières années, rajoute-t-elle. Nous parlons de millions d’euros que nous aurions pu mieux dépenser. Il n’y aurait pas eu de course aux masques ou aux places en soins intensifs. Nous avons payé cela par la mort de dizaines de milliers de personnes, par la mort de plus de 350 médecins, alors que le personnel de santé, s’il avait été correctement formé à la gestion des patients hautement infectieux, aurait pu gérer l’urgence d’une manière différente. Nos proches se sont vus interdire de faire leurs derniers adieux et ont été empêchés de pratiquer des autopsies, ce qui nous aurait permis de mieux gérer les traitements. »

« Nous voulions imiter ce qui se faisait en Chine, mais nous l’avons mal fait »
Selon cette spécialiste, la mesure qui a eu le plus d’impact est ce qu’elle appelle le “ verrouillage“ des populations qui n’a pas été aussi poussé qu’en Chine. « Nous voulions imiter ce qui se faisait en Chine, mais nous l’avons mal fait, rajoute Maria Rita Gismondo. Le véritable verrouillage, avec des effets drastiques immédiats, n’a jamais été déclenché, mais on a seulement appliqué des restrictions à la circulation qui, dès qu’elles ont été desserrées, nous ont ramenés aux niveaux précédents. » Cette spécialiste rappelle également que les jeunes sont des victimes directes de cette pandémie avec des « centres de psychologie infantile remplis d’enfants souffrant d’automutilation et de dépression. Ce sont des dommages irréparables qui suivent la fermeture des écoles. N’étant pas en mesure d’organiser des mesures pour contenir la surpopulation, il a été décidé de les fermer, avec un dommage macroscopique dont les nouvelles générations paieront les conséquences ».
Vaccins : « Outre les brevets, ce qu’il faut avant tout, c’est une capacité de fabrication spécialisée accrue au niveau mondial. »

Alors que l’Inde, l’Afrique du Sud et une centaine de pays réclament la levée des brevets sur les vaccins contre le Covid-19, les États-Unis se sont dits favorables à cette levée des protections de propriété intellectuelle. Mais selon Ornella Barra, chief operating officer international chez Walgreens Boots Alliance, qui est également intervenue lors de ce webinar, cette libéralisation des vaccins n’est sans doute pas une mesure suffisante à elle seule pour augmenter la disponibilité des doses dans le monde. « Outre les brevets, ce qu’il faut avant tout, c’est une capacité de fabrication spécialisée accrue au niveau mondial », insiste-t-elle.
« Un vaccin en spray ou comprimé serait plus facile à distribuer à grande échelle, même dans les pays les plus pauvres. »
Ornella Barra a également rappelé que le Covid-19 va s’intégrer dans un processus similaire à celui de la grippe : « Chaque année, nous devons vacciner et chaque année, il y aura des variants. Chaque année, ceux qui produisent le vaccin contre la grippe le produisent d’une manière différente de l’année précédente et sur la base de variants du virus de la grippe du moment. Dire quels vaccins Covid d’aujourd’hui et quels variants ils couvrent est complexe. Pfizer s’est exprimée en affirmant une couverture de 95% des variants et, très important, la possibilité d’adapter le vaccin à l’évolution du virus. Dans la question des variants, il ne faut pas oublier l’Inde, dont le drame n’est pas tant la variante que la situation du pays. Nous travaillons tous pour l’aider et le soutenir, de la fourniture de médicaments à l’oxygène, etc. Pfizer et Moderna travaillent également sur le variant indien. De plus, Pfizer étudie un vaccin en spray et en comprimés, précisément parce qu’il est certain que la vaccination devra être poursuivie et peut-être plus fréquente et que l’on ne sait pas si elle durera 6 ou 9 mois. Un vaccin en spray ou comprimé serait donc plus facile à distribuer à grande échelle, même dans les pays les plus pauvres. »
Soeur Anna Monia Alfieri, juriste, économiste, gestionnaire d’écoles paroissiales en Italie.

« L’Italie a très peu investi dans les écoles, et nous en avons payé le prix avec la pandémie. »
« Le Covid-19 a eu un impact différent sur les systèmes de santé et les systèmes scolaires dans le monde. De nombreux autres pays ont décidé de garder leurs écoles ouvertes malgré le verrouillage général ; cela ne s’est pas produit en Italie, mais il est clair que d’autres pays ont été équipés différemment. En Italie, en effet, il n’y a aucune concurrence, aucun équilibre, entre les écoles publiques et privées. L’Italie a très peu investi dans les écoles, et nous en avons payé le prix avec la pandémie. Le covid s’est donc comporté comme un cygne noir. En ces heures, nous sommes engagés à trouver un moyen de relancer l’école italienne, pour que l’école revienne au centre à travers une synergie entre les écoles publiques, les écoles caritatives et les institutions, pour intervenir également sur les inégalités éducatives, qui finiraient par morceler le pays ».
